Mercredi 11 février se tiendra, à Anvers, sous l’égide du Premier ministre De Wever, un Sommet de l’industrie et de la compétitivité. Cet événement serait un »warm up » avant le Conseil EU informel du lendemain, au château de Alden Biesen dans le Limbourg. Le Premier ministre espère que son Sommet des industriels accouchera de “10 commandements’’ adressés à la Commission.
C’est ce qu’il a annoncé lors de l’évènement de nouvelle année de l’Echo le 29 janvier dernier.
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De Wever relègue la durabilité au second plan
Du point de vue du Premier ministre, la durabilité »devrait éventuellement découler‘’ de la compétitivité ou de la productivité. Elle est ainsi réduite à un éventuel avantage collatéral.
Il s’agit là de l’inversion pure et simple de la logique qui prévalait dans le Green deal européen développé sous la Commission Von Der Leyen I.
Ce faisant, De Wever entend »réorienter les priorités de la Commission » qui, à ses yeux, n’iraient pas assez loin pour soutenir l’industrie. Alors que ce sont plus de 10 lois Omnibus qui ont été portées par la Commission, chacune contribuant à la déréglementation et au détricotage en règle du cadre de protection de la santé et de l’environnement établi pendant plus de 20 ans en Europe. Tout ça en à peine 1 an !
Une erreur stratégique pour notre prospérité
La vision de Bart de Wever est une erreur stratégique majeure pour l’avenir de notre industrie et pour notre prospérité à toutes et tous.
Le Bureau fédéral du plan estimait ainsi que ‘’ La perte de PIB d’ici 2050 se situerait autour de 5% pour un scénario, hélas crédible aujourd’hui, de réchauffement de 3°C à la fin du siècle. Et le Bureau du plan d’ajouter : “ les chiffres avancés ici sont plutôt des limites basses des impacts potentiels, car l’étude n’intègre pas (…) les conséquences sociales et géopolitiques du changement climatique”.
La création de valeur repose sur la disponibilité du capital naturel et du capital humain, S’ils s’érodent, comme l’a aussi montré le Bureau du Plan, la création de valeur s’essouffle. La durabilité précède la productivité, et non l’inverse.
L’attitude de De Wever, en niant la réalité du dérèglement climatique – nous condamne tous et toutes.
L’Europe a intérêt à agir … Même seule
Si, l’Europe peut agir, même seule.
Déjà, seuls, on ne l’est pas., l’Europe est loin d’être la plus active sur le front climatique. D’autres pays comme la Chine ou des états comme la Californie, sont au moins aussi avancés que l’Europe dans les ambitions et dans la réalité sur la décarbonation.
Ensuite, l’Europe demeure un marché suffisamment grand pour orienter les choix industriels hors de ses frontières. À condition de réguler clairement ce marché, pour corriger ces déficiences, aussi pour les produits importés…
L’Europe ne peut pas gagner une bataille de la compétitivité qui repose sur l’importation massive d’énergies fossiles et de matières premières dont elle ne dispose pas. Plus que jamais, les tensions géopolitiques doivent nous faire accélérer dans une voie : développer l’industrie la plus sobre énergétiquement et la plus circulaire possible.
Enfin, dans le monde à 3 degrés vers lequel nous nous dirigeons, la région la plus prospère sera celle qui aura développé une industrie centrée sur les secteurs clés de la durabilité.
Nos 10 commandements pour la Commission Européenne
Aussi, les écopreneurs et la fédération environnementale proposent leurs ‘’10 commandements’’ pour un futur industriel prospère.
Commandements qui constitueraient le socle d’un nouveau Green Deal européen garant de notre prospérité aujourd’hui et demain.
1. Des réglementations environnementales et sociales efficaces sont la meilleure garantie de soutenir à la fois les early movers industriels européens et la santé des européens. Quelques omnibus de simplification administrative seraient peut-être justifiés… Pas les 10 actuellement sur la table de la Commission EU. Ils conduisent à laisser le marché opérer de façon déficiente, sans prendre en compte la durabilité.
2. Une politique pro-active de maitrise de la demande d’énergie. L’accès au réseau électrique est saturé, en tout cas à court terme. Se pose alors la question de savoir si nous voulons électrifier et redévelopper notre industrie ou produire des vidéos de chats générées par IA et ses data centers.
3. Un cadre bien plus strict pour favoriser la circularité à tous les échelons, de l’usine à l’assiette. Nos ressources en Europe sont dans nos poubelles ! Mais nous devons mettre le turbo via l’activation de l’outil réglementaire, d’une fiscalité pro- environnementale et de la responsabilité des producteurs
4. Des électrons durables disponibles, cela passe par une politique publique d’investissements massifs, un cadre réglementaire clarifié pour les infrastructures et une vraie politique EU de l’énergie.
5. Une politique des produits bien plus restrictive sur les produits nocifs pour le futur. À l’inverse, des marchés publics pour des produits industriels durables sont un préalable indispensable….
6. Un soutien public centré et conditionné sur les secteurs porteurs d’avenir, sur les industries qui investissent dans l’excellence énergétique et circulaire ainsi que les initiatives de développement industriel innovantes y compris en matière de Recherche & Développement.
7. Garantir un prix du carbone dissuasif via le maintien de trajectoire ETS en ligne avec la décarbonation. Dépolluer doit être moins cher que polluer… Les appels à un affaiblissement de l’ETS gèleraient les décisions d’investissement, pénaliseraient les early movers et enfermeraient l’Europe dans une économie fossile au pire moment.
8. Des règles plus restrictives sur la publicité commerciale pour les produits nocifs pour la santé et pour les générations futures. Plus largement, ne pas abandonner l’information aux citoyens et aux consommateurs aux GAFAM américains ou chinois, voire à quelques grands magnats internationaux de la presse.
9. Une politique commerciale qui promeut l’instauration au niveau international de standards sociaux et environnementaux, veillant à rendre les produits et services durables accessibles au juste prix. Et ferme la porte aux acteurs et aux produits qui ne jouent pas le jeu.
10. La gouvernance de notre politique industrielle doit se concevoir avec toutes les industries (pas uniquement les industries »historiques » ce qui est la garantie du statu quo) et aussi avec la société civile : les citoyens, les travailleurs, les PMEs, les scientifiques. Une garantie nécessaire pour l’acceptation de tout projet de réindustrialisation.
Crédit image illustration : Adobe Stock
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