2026, année cruciale pour la Nature !

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Entre réseau écologique wallon et règlement européen sur la restauration de la Nature

En cette année 2026, plusieurs enjeux majeurs en matière de nature/biodiversité seront à l’ordre du jour en Wallonie, mais également dans toute l’Europe.

Cartographie du réseau écologique

Premièrement, nous devrions assister à la finalisation de la cartographie du réseau écologique.

Cet outil est attendu pour répondre à « plusieurs enjeux prioritaires et urgents et ainsi améliorer la coexistence et les synergies entre les activités humaines et les espaces naturels avec une attention particulière pour la biodiversité » selon le Gouvernement wallon.

En 2024, dans sa Déclaration de politique régionale (DPR), le Gouvernement s’engageait à finaliser la cartographie du réseau écologique « afin de poser ses décisions sur des bases scientifiques solides ». Cette cartographie « sera indicative, évolutive et publique et constituera un outil d’aide à la décision pour d’autres compétences du Gouvernement (énergie, agriculture, etc.) ».

La DPR indique également la volonté de mettre sous statut de protection stricte 5% du territoire régional : cette cartographie permettra, entre autres, de prioriser les zones les plus adéquates.

Mais ce réseau est également attendu par de nombreux autres acteurs comme les promoteurs et autres porteurs de projets très intéressés par cette cartographie qui leur permettra d’être informés, bien en amont du dépôt de permis, des enjeux biologiques présents sur un terrain donné, de la nécessité de réaliser des études complémentaires et ainsi d’éviter tout blocage de dernière minute.

Cet outil est primordial pour piloter et prévoir les futurs projets et politiques d’aménagement du territoire, un outil d’aide à la décision à long terme qui manque toujours à la Wallonie actuellement.

Par exemple ,pour les Communes qui sont en cours de révision de leur schéma de développement communal (SDC, le réseau écologique leur permettra d’ajuster au mieux les politiques locales d’aménagement du territoire afin de contribuer aux objectifs nationaux de restauration de la biodiversité.

Plan national de restauration de la Nature

Objectifs nationaux de restauration de la Nature qui devront, également cette année, en septembre, être développés dans un Plan national de restauration de la Nature qui reprendra les 3 plans régionaux en plus du plan fédéral sur la mer du Nord.

Effectivement, en juin 2024, l’Europe a adopté le tout premier Règlement sur la restauration de la Nature qui vise à mettre en place des mesures en vue de restaurer au moins 20% des zones terrestres et marines d’ici 2030 et l’ensemble des écosystèmes ayant besoin d’être restaurés d’ici 2050.

Un règlement européen est un acte juridique très puissant, les Etats membres doivent le respecter intégralement et directement sans transposition nationale. Et on peut dire que ce règlement impose des objectifs forts de manière générale, mais également plus spécifiques pour chaque type d’écosystèmes.

Pour les écosystèmes agricoles, la Belgique doit s’engager à inverser le déclin des populations d’oiseaux des plaines et des pollinisateurs avant 2030 et assurer leur augmentation par la suite. Les Etats membre doivent également démontrer une tendance à la hausse du stock de carbone dans les sols et la part de terres agricoles présentant des éléments paysagers à haute diversité jusqu’à ce qu’un niveau satisfaisant soit atteint.

Pour les écosystèmes forestiers, en plus de l’objectif général de planter plus de 3 milliards d’arbres supplémentaires d’ici 2030 en Europe, la Belgique doit démontrer une tendance à la hausse de l’indice des oiseaux communs forestiers, de la quantité de bois mort au sol et sur pied, de la diversité des structures forestières (irrégularisation des peuplements) et de la diversité des essences d’arbres, du stock de carbone dans le sol et de la part des forêts où prédominent les essences d’arbres indigènes jusqu’à ce qu’un niveau satisfaisant soit atteint.

Pour les écosystèmes urbains, deux obligations sont prévues par le règlement : (1) veiller à ce que, d’ici 2030, il n’y ait pas de perte nette par rapport à 2024 de la surface des espaces verts urbains et du couvert arboré urbain. Et (2) obtenir une tendance à l’augmentation de la surface des espaces verts et du couvert arboré urbain jusqu’à ce qu’un niveau satisfaisant soit atteint.

Concernant la restauration de la connectivité naturelle des cours d’eau et des fonctions naturelles des plaines inondables adjacentes, le règlement impose un objectif général de restaurer au moins 25.000 km de cours d’eau à courant libre sur le territoire de l’UE. Pour y arriver, tous les Etats membres doivent réaliser un inventaire des obstacles et supprimer ceux qui doivent l’être pour participer à l’objectif général, mais ont également l’obligation d’améliorer les fonctions naturelles des plaines inondables adjacentes.

Reste encore à définir les mesures pour y parvenir, les niveaux satisfaisants à atteindre, les périmètres d’écosystèmes urbains et la part de la Belgique dans les objectifs généraux, ce qui n’est pas une mince affaire… en plus des états des lieux initiaux, cartographies nécessaires, etc.

Un nouveau diagnostic de l’état de conservation des habitats et des indicateurs de biodiversité devrait bientôt être présentés par la Wallonie, les derniers chiffres disponibles sont majoritairement très mauvais mais datent déjà de plusieurs années.

Les enjeux sont donc majeurs pour notre région, le plan wallon de restauration de la Nature (PNR) doit être à la hauteur, ce règlement est une opportunité pour tous les acteurs de la société. Pour qu’il soit une réussite, il faut, et c’est une exigence inscrite dans le règlement, qu’il soit fondé sur les meilleures connaissances disponibles et sur les données scientifiques les plus récentes (art. 4 paragraphe 8), mais également que les parties prenantes disposent d’opportunités précoces et effectives pour participer à sa préparation et impose à la Belgique de s’assurer que l’élaboration du PNR soit ouverte, transparente et inclusive (Article 14 paragraphe 20).

Pour que ce PNR soit correctement mis en œuvre, il faut que toutes les parties prenantes se l’approprient et comprennent les mesures et objectifs afin d’éviter « un Natura 2000 bis » qui n’atteindra jamais ses objectifs par manque de responsabilisation des acteurs. Les propriétaires terriens, agriculteurs et forestiers comprendront alors l’opportunité que ce règlement européen représente et les associations environnementales seront toujours disponibles pour les accompagner en ce sens.

Car s’il s’agit d’un défi, c’est surtout une véritable opportunité, une responsabilité collective face à l’urgence de restaurer nos écosystèmes. Restaurer la nature doit être une condition du développement territorial plutôt qu’être vu comme une contrainte.

Crédit image illustration : Adobe Stock

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