Adapter le territoire pour réparer le futur

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Nous vivons dans un monde à +1.5° de réchauffement planétaire. Sauf réveil collectif, la perspective d’atteindre le palier suivant de +2° est tristement probable. Nous pouvons et devons encore collectivement réagir pour éviter ce scénario (et un réchauffement de +3° !) : les actions de limitation des émissions de gaz à effet de serre doivent rester prioritaires. Néanmoins, étant donné l’inertie du climat, nos conditions de vie seront durablement impactées pour les décennies à venir. S’adapter, c’est faire face à cette nouvelle réalité pour éviter et limiter les risques et construire un territoire qui sera en phase avec les nouvelles réalités qui l’attendent. Adapter le territoire est aussi une opportunité pour améliorer nos cadres de vie dans le but de prendre soin du bien-être collectif.

Le réchauffement de la planète provoque des dérèglements climatiques tels que l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des canicules, l’absence de précipitations ou au contraire leurs augmentations et l’augmentation de la fréquence des tempêtes. Des exemples des conséquences des dérèglements climatiques s’accumulent : inondations en Belgique et en Allemagne en 2021, multiplication des canicules dans le sud de l’Europe en 2024, incendies dans le sud de l’Europe (Croatie et Grèce en ce mois de mai 2025), tempête Boris en Roumanie en 2024, dôme de chaleur au Canada en 2021 et mai 2025, vague de canicule dans le sud de l’Europe en juin 2025… Cette liste d’exemples n’est malheureusement pas exhaustive. Ces dérèglements climatiques génèrent des impacts sur les populations, les écosystèmes, les activités économiques, le bâti, les infrastructures et les réseaux. L’adaptation a pour finalité de faire face aux conséquences des dérèglements climatiques déjà visibles et à venir sur les territoires.

Adapter n’est pas abdiquer. C’est néanmoins accepter de regarder la situation telle qu’elle est et nous ajuster au climat réel ou prévu et à ses effets afin de modérer les dommages ou de tirer parti des opportunités bénéfiques (GIEC,2022). Il s’agit donc de mettre en œuvre dès aujourd’hui des solutions qui nous permettront de protéger les plus vulnérables et nos écosystèmes et d’adopter une gouvernance qui nous permettra de continuer à faire société tous ensemble. C’est également une opportunité : celle d’imaginer un territoire plus inclusif, plus harmonieux qui prenne soin dès aujourd’hui de la société de demain.

L’adaptation peut s’inspirer d’une démarche telle que la prospective qui vise à préparer le futur dès maintenant et organiser l’action collective aujourd’hui en pensant à demain. Celle-ci est guidée par cinq fondamentaux1 :

  • Voir loin : la prospective envisage le long terme, se tourne vers l’avenir et intègre les dynamiques du changement.
  • Voir large : la prospective est une pratique généralement collective et pluridisciplinaire qui prend en compte la pluralité des points de vue et croise les disciplines.
  • Analyser en profondeur : la prospective cherche à identifier les facteurs déterminants et décisifs pour l’avenir.
  • Prendre des risques : la prospective libère l’action en acceptant l’incertitude et en incluant une part de pari sur l’avenir. Elle permet aux participants d’échanger potentiellement sur des choses qui les opposent.
  • Penser à l’homme – à la femme, ndlr : derrière les décisions, il y a des humains. La prospective révèle, à ce titre, des hypothèses, des manières de voir différentes chez les participants2.

Pour un des théoriciens de cette « science du temps long », Bertrand de Jouvenel, l’avenir est un domaine de liberté, constitué d’un ensemble de possibilités et de choix, un domaine de pouvoir, qui résulte de nos décisions humaines et un domaine de volonté : « le futur est une raison motrice, un système d’idées et de valeurs en vertu duquel nous sommes capables de définir un objectif et de nous forger une vision souhaitable ou désirable »3.

Inspirée par la démarche prospective, notre réflexion sur les enjeux liés à l’adaptation face au réchauffement climatique sera scandée par quatre questions auxquelles la prospective essaie de répondre.

Que peut-il arriver demain ? Quelles sont les évolutions possibles ?

Dans le cadre des dérèglements climatiques, les connaissances scientifiques et les modélisations climatiques nous permettent de comprendre comment l’augmentation de la température planétaire va affecter le climat local et les aléas climatiques afférents. Il ne s’agit pas d’évolutions possibles mais très probables – et d’ailleurs déjà observables.

En Belgique, les dérèglements climatiques auront des effets sur les régimes de précipitations, la hausse des températures localement et les évènements extrêmes (vents, tempêtes). Dans son rapport L’adaptation aux changements climatiques en Wallonie : synthèse et points d’attention pour l’actualisation des connaissances (2022), la Plateforme wallonne pour le GIEC dresse les tendances (aléas) climatiques qui nous attendent d’ici 2100 :

  • Une augmentation de la température par rapport à aujourd’hui dans une fourchette variant entre +2,6 et +3,5°C.
  • Des vagues de chaleur beaucoup plus fréquentes et intenses. Nous devrions nous attendre en moyenne à passer de 4 jours de canicule par an actuellement à plus de 50 par an en 2100. L’impact de celles-ci sera encore plus important dans les grandes villes (en raison de l’effet des îlots de chaleur urbains).
  • Une évolution des précipitations et de l’évapotranspiration vers un bilan hydrique négatif pendant les mois d’été, ce qui crée un risque de pénurie d’eau et donc d’un risque accru de sécheresse.
  • Une augmentation de la saisonnalité des précipitations – baisse des précipitations estivales moyennes et augmentation des précipitations hivernales moyennes.
  • De fortes pluies plus fréquentes et/ou plus intenses en hiver.

Les impacts de ces tendances climatiques peuvent s’exprimer de manière violente – inondation, tempête, canicules – mais pas uniquement. Ils peuvent se faire plus progressifs, silencieux, moins visibles : érosion des sols, décalage des dates de récoltes, inconfort thermique relatif, augmentation de la prolifération de plantes invasives, dégradation de la qualité des eaux de surface, etc. Ces impacts apparaissent rarement de manière isolée et leur multiplication crée un effet de cascade aux répercutions systémiques.

Les effets et impacts des aléas climatiques sont de nature économique (perte de rendement agricole et impact sur la chaine de transformation alimentaire, diminution de la productivité, accidents de travail, impacts sur les infrastructures de transports et les bâtiments, …), sociale (maladies, décès), environnementale (migration d’espèces, diminution de la capacité de stockage de carbone des sols, …).

Que pouvons-nous faire ? Qu’est-ce qui est possible et souhaitable ?

Il est possible et souhaitable d’adapter notre société et nos territoires aux effets et impacts actuels et futurs des dérèglements climatiques. En parallèle des démarches d’adaptation, il est conseillé de maintenir et développer la résilience de son territoire, c’est-à-dire, la capacité des systèmes humains et naturels à maintenir ou retrouver leurs fonctions essentielles face aux chocs climatiques – ou autres :

  • Résister au choc sans subir de perturbation
  • Maintenir ses fonctions essentielles durant le choc
  • Rétablir rapidement les fonctions essentielles et de revenir à son état normal après le choc

Résilience et adaptation sont des démarches interdépendantes.

Mais adapter : qu’est-ce que ça veut dire ?

Pour éviter les coups de soleil, la meilleure stratégie est de ne pas s’exposer – à minima durant les heures les plus critiques, entre 11h et 16h. Une seconde approche sera de minimiser l’exposition : porter des vêtements couvrants, se mettre à l’ombre, etc. Si vraiment l’exposition est inéchapable, en plus des vêtements, vous pourrez optez pour une crème solaire efficace sur toutes les parties exposées, à renouveler toutes les deux heures pour réduire la fragilité de votre peau. En cas de coup de soleil, vous vous tartinerez de crème réparatrice et adopterez des vêtements amples qui ne compriment pas la peau en vue de favoriser sa cicatrisation. Le risque de coup de soleil dépend de l’ensoleillement, de la force des UV, de la durée d’exposition, etc. Le risque n’est pas constant, il est « prévisible » (en hiver le risque est quasi nul). La fragilité d’une peau exposée dépendra de sa quantité de mélanines, d’exposition répétée, etc. Elle est variable au cours d’une vie (les nourrissons sont plus à risque) et d’un individu à l’autre. Eviter les coups de soleil toute une vie devrait vous garantir une jolie peau et vous éviter un cancer, au passage.

Quel lien y-a-t-il entre le coup de soleil et l’aménagement du territoire ? La mise en pratique de stratégie d’adaptation : éviter les risques (ne pas sortir), limiter les risques (se couvrir, être à l’ombre), réduire la vulnérabilité (mettre de la crème solaire), réparer les dégâts (mettre de la crème anti-brulure). Ces démarches s’appliquent aussi bien pour les coups de soleil que pour les ilots de chaleur, en passant par les inondations ou encore les feux de forêt, les sécheresses et autres risques.

Si les milieux ou populations exposées présentent des vulnérabilités (fragilités), l’exposition à un aléa augmentera d’autant plus le risque. Un sol sans couvert végétal et pauvre en matière organique souffrira plus de la sécheresse qu’un sol couvert, riche en humus. Un quartier aéré, végétalisé, bâti avec des matériaux à albédo élevé (et qui donc emmagasine peu de chaleur) sera moins à risque de devenir un ilot de chaleur qu’un quartier sans ombrage et rempli de macadam. Les conséquences d’une vague de canicule sur l’organisme d’une personne en bonne santé ne seront pas les même que pour une personne souffrant de problèmes cardiaques.

Adapter le territoire, c’est procéder à une analyse de risque et adopter les stratégies nous permettant d’éviter les dégâts en agissant sur l’exposition et la vulnérabilité (fragilité).

L’exposition d’un milieu ou d’une population présentant un ou plusieurs facteur(s) de vulnérabilité face à un évènement climatique crée un risque.

Complémentairement à l’adaptation, il est essentiel de poursuivre et intensifier nos efforts pour réduire les causes du réchauffement du climat mondial de manière à réduire la fréquence et l’intensité des aléas climatiques.

Deux approches 

S’adapter pour faire face, c’est-à-dire par des actions « réactives » ou incrémentales qui relèvent de l’ajustement et permettent le maintien du système en place. Par exemple via l’arrosage, des solutions d’ombrages et l’usage de brumisateurs pour faire face aux vagues de chaleur. Si ces actions peuvent être nécessaire pour répondre aux urgences et lancer une dynamique de mobilisation, elles n’atteignent un niveau d’ambition suffisant pour garantir l’avenir.

S’adapter pour transformer, en modifiant le système, sa structure, en changeant d’échelle, en remaniant en profondeur le territoire, de façon structurelle, en faisant évoluer certaines activités, comme par exemple, repenser l’offre économique de stations de montagne face à la baisse de l’enneigement ou la création de zone d’immersion temporaire pour faire face aux inondations. Ces adaptations profondes nécessitent d’être pensées collectivement, de manière holistique et en dialogue avec les acteurs et parties prenantes de manière à minimiser les conflits.

Les différentes échelles d’action doivent être examinées. Si nous reprenons notre métaphore relative aux coups de soleil, il est évident que la stratégie d’évitement « ne pas sortir » n’est pas possible sans changement structurel. Une personne travaillant en extérieur ne peut pas décider seule de ne pas s’exposer aux rayonnements solaires (ou à une chaleur intense) sans négociation avec son employeur ou sans aménagement prévu grâce à sa commission paritaire (compensation pour jour chômé par exemple). Réduire son exposition (préférer l’ombre) ou sa fragilité (s’équiper de lunettes solaires et se tartiner de crème) peuvent également être difficilement mis en œuvre avec des moyens financiers réduits ou si les espaces publics sont dépourvus de végétalisation et autres solutions d’ombrage. Comme pour l’atténuation du changement climatique, chaque niveau de gouvernance doit être impliqué pour adopter des solutions systémiques.

L’enjeu est de s’inscrire dans une logique transformationnelle et transversale, qui soit porteuse de co-bénéfices.

Il est essentiel de ne pas favoriser des actions de mal-adaptation c’est-à-dire, des actions susceptibles d’entraîner une augmentation des émissions de gaz à effet de serre, une vulnérabilité accrue ou décalée au changement climatique, des résultats plus inéquitables ou une diminution du bien-être actuel ou futur. Un exemple de mal-adaptation est le recours à la climatisation pour faire face aux vagues de chaleur et canicules. La climatisation participe à l’augmentation des températures (rejet d’air chaud et/ou rejet de gaz à effet de serre lors de son utilisation) et augmente la consommation d’énergie (et donc les émissions de gaz à effet de serre).

Vulnérabilités environnementales et sociales 

La vulnérabilité des écosystèmes ou population diffère considérablement d’une région à l’autre et au sein d’une même région et les personnes et les systèmes les plus fragiles sont touchés de manière disproportionnée.  La vulnérabilité n’est pas une variable constante : elle évolue au fil du temps.

Des superpositions entre les enjeux sociaux et environnementaux sont souvent observées. A Bruxelles, des recherches ont montré que certains groupes sociaux, commme les groupes en situation de précarité socio-économiques ou les groupes vulnérables (seniors, bébés, personnes sans domicile fixe, personnes migrantes), sont davantage exposés aux risques environnementaux4. Il est dès lors indispensable d’aborder simultanément les vulnérabilités environnementales et sociales.

Infographie : les déterminants de la santé, c’est-à-dire les facteurs qui influencent l’état de santé d’une population et sur lesquels il est possible d’agir grâce à des stratégies d’intervention adaptées.

Adapter son territoire pour réduire les vulnérabilités sociales impliquera l’élaboration de politiques sociales, de santé et de développement durable conjointes, le développement d’actions favorables à la santé (environnement, mobilité, accès à l’alimentation, accessibilité aux services…). Répondre aux vulnérabilités sociales exige une approche décloisonnée et qui doit percoler dans chaque politique sectorielle, y compris en l’aménagement du territoire – en adoptant la démarche pour un urbanisme favorable à la santé (que nous abordons dans cet article « Ménager le territoire et prendre soin des habitants et habitantes »). Cette démarche vise à réduire l’exposition des populations à des facteurs de risque (pollution de l’air, bruit, stress thermique, isolement social, par exemples), tout en renforçant les facteurs de protection : accès à la nature, à l’activité physique, à la cohésion sociale. La force de cette démarche est l’approche holistique de l’aménagement du territoire qui ne se contente pas de traiter un symptôme (la chaleur) mais au contraire réinterroge l’ensemble de l’environnement urbain au regard du bien-être collectif.

Ademe, Le Booster de l’Urbanisme Favorable à la Santé, 2023

Que voulons-nous faire ? Quelles sont nos options ? Y a-t-il des incertitudes ? Quelles actions mettre en œuvre ?

Le changement climatique et ses dérèglements modifient notre cadre de vie. Les impacts des aléas climatiques vont fortement varier d’un territoire à l’autre, en fonction du type de milieu, de la population vulnérable ou exposée, des infrastructures présentes, etc. Adapter notre territoire a pour but la fois de limiter les conséquences économiques, sociales et environnementales et également de prendre soin du bien-être collectif d’aujourd’hui et de demain.

L’aménagement du territoire, à l’échelle communale, supra communale et régional, joue un rôle important dans l’adaptation aux effets des dérèglements climatiques. Quelles sont nos options ? Quelles sont celles qui permettent de limiter les incertitudes ? Adapter le territoire implique un changement de lunette de notre part : nous devons prendre en compte les risques probables pour éviter l’apparition de nouveaux risques, prévenir le renforcement des risques actuels et futurs et réparer l’existant. Ce changement de lunette doit également nous permettre d’améliorer le cadre de vie de chacun et chacune et de construire notre ménagement du territoire à partir des besoins et qualités du monde vivant et des personnes, pour prendre soin de notre société.

Appliquer le principe de précaution

Le premier réflexe de toute démarche d’adaptation est de cesser d’aggraver les risques :

  • Ne pas créer de nouveaux facteurs aggravants tels que l’imperméabilisation des sols ou leur appauvrissement en matière organique, par exemple
  • Ne pas créer de nouvelles expositions en autorisant des aménagements ou constructions dans des zones à risque (aléa inondation, par exemple)
  • Arrêter d’investir dans des infrastructures, des bâtiments ou des équipements qui ne seront pas prêts pour faire face aux conséquences du changement climatique

Limiter l’exposition et réduire les vulnérabilités

La formulation du 5ème objectif du SDT, « Réduire la vulnérabilité du territoire et de ses habitants aux risques naturels et technologiques et à l’exposition aux nuisances anthropiques » exprime très clairement la nécessité d’adapter le territoire face aux effets des dérèglements climatiques et de réduire l’exposition aux nuisances anthropiques telles que, par exemple, les pollutions sonores, lumineuses ou de l’air. Comment limiter et réduire l’exposition aux aléas et réduire la vulnérabilité des populations et milieux ?

Tout d’abord, en inscrivant l’adaptation aux effets et impacts des dérèglements climatiques dans les schémas de développement communaux et en intégrant ce point d’attention dans tous les objectifs, principes et modalités de mise en œuvre (dont les mesures guidant l’urbanisation).

Pour cela, il est nécessaire d’identifier les zones à risque sur son territoire et à l’échelle supra-communale et des bassins versants, grâce aux outils, données et cartographies déjà disponibles (sur WallonMap, Cigale, le site « Vulnérabilités de la Wallonie » de l’ICEDD – voir l’article « Comment réduire les vulnérabilités de la Wallonie ? » pour plus de détails) – ou qui le seront très prochainement disponibles sur le Portail Climat de l’AWAC.

Une fois ces zones identifiées, il faut croiser ces données avec :

  • Les affectations prévues aux plans de secteur afin de vérifier si celles-ci sont toujours pertinentes par rapport aux risques climatiques et si des mesures spécifiques (principes et modalités de mise en œuvre, mesures guidant l’urbanisation) doivent être envisagées afin de limiter et réduire l’exposition et la vulnérabilité – notamment en identifiant des zones à préserver (zone d’immersion, infrastructures vertes pour gérer les eaux de pluie, corridors d’évacuation). Une série de questions peuvent guider cette analyse (liste non exhaustive, inspirée par le référentiel Construire et aménager en zone inondable et les prises en compte des dangers naturels en Suisse) :
    • Questionner sa pertinence : l’affectation prévue fait-elle sens par rapport aux risques d’inondation ou de feux de forêts (par exemples) ? Des affectations alternatives sont-elles souhaitables ?Questionner sa localisation : est-ce que la mise en œuvre d’un projet sur cette zone augmenterait le risque d’inondation ou d’érosion des sols  ? Est-ce que l’implantation d’un projet sur ces zones pourrait affecter négativement les services écosystémiques de régulation rendus (infiltration des eaux, ilots de fraicheur, etc.) ?
    • Questionner les conditions de mise en œuvre d’un projet dans la zone : les matériaux choisis vont-ils renforcer l’effet d’ilot de chaleur ? Le projet, par sa forme ou son emprise, va-t-il permettre la circulation des eaux en cas d’inondation ? Des prescriptions peuvent-elles être édictées ?
  • La localisation des activités et population déjà exposées dans ces zones et de s’interroger sur les conséquences :
    • Pour les activités humaines en présence : quelles conséquences pour les activités agricoles, tertiaires, industrielles ? Quels seront les impacts en cas d’inondation ? Auront-elles des problèmes d’accès à l’eau en cas de sécheresse ?
    • Pour les réseaux de distribution d’eau, d’énergie, de transport, de collecte des déchets, continuent-ils à fonctionner en cas de canicule, de sécheresse ou d’inondation ? Faut-il implémenter des adaptations en termes d’organisation des services ou de maintenance ?
    • Pour l’accès aux services de soin et de santé en cas de vague de canicule ?
    • Pour la population âgée, isolée ou fragile présente sur le territoire et nécessitant un accompagnement spécifique lors des canicules ou en cas d’inondation.

Des relocalisations doivent-elles être envisagées (notamment pour les services de secours et de soin) ? Comment adapter le bâti existant pour faire face aux risques (sans tomber dans la mal-adaptation !) ?

L’approche suisse de développement territorial fondée sur le risque est inspirante pour guider une limitation de l’exposition et réduction de la vulnérabilité face aux risques naturels et climatiques.

A lire : Aménagement du territoire fondé sur les risques, Office fédéral de l’environnement (OFEV) et Office fédéral du développement territorial ARE, 2019 & Changement climatique et développement territorial, un outil de travail pour les aménagistes, Office fédéral du développement territorial ARE, 2013

Rétablir les cycles naturels de l’eau et du carbone

Nos activités humaines ont fortement modifié le cycle de l’eau et du carbone. Rétablir ces cycles est à la fois une mesure d’atténuation et d’adaptation : leurs perturbations entraînent des répercussions directes sur nos sols, les rendent vulnérables à la sécheresse, à l’érosion, au ruissellement, etc., sur nos réserves en eau (dans les sols, les nappes phréatiques) et leur qualité (filtration des polluants).  Il est donc vital de rétablir les cycles naturels de l’eau et du carbone : en favorisant l’infiltration des eaux de pluie « là où elle tombe », à l’image des territoire éponge et en rétablissant la bonne santé de nos sols.

Rétablir les cycles naturels de l’eau et du carbone est la meilleure stratégie de lutte contre les inondations, le ruissellement et la sécheresse (entre autres). Réparer ces cycles est un cercle vertueux : biodiversité, eau, alimentation, santé, climat : tout est lié ! comme le rappelle la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).

Comment rétablir le cycle de l’eau ?

Une gestion intégrée des eaux pluviales telle que développée en Région bruxelloise et recommandée par le référentiel Gestion durable des eaux pluviales doit être intégrée dans les SDC et appliquée pour chaque projet. Afin de favoriser l’infiltration des eaux de pluie, rappelons que la limitation de l’imperméabilisation des sols doit être favorisée partout où cette mesure est nécessaire et souhaitable. Les communes peuvent fixer des coefficients maximums d’imperméabilisation des sols (qui sont ajustables d’une zone à l’autre sur le territoire, en fonction du taux d’imperméabilisation déjà observé dans les centralités, ou bien en fonction de la proximité d’une zone d’aléa ou encore de la qualité particulière d’un sol) et identifier des espaces propices à des opérations de désimperméabilisation.

Comment rétablir le cycle du carbone ?

D’une part, en diminuant drastiquement nos émissions de carbone de manière à rétablir l’équilibre par rapport aux capacités d’absorption et de stockage de CO2 des océans, forêts, prairies, étangs, tourbières, sols… Les écosystèmes naturels représentent le plus grand potentiel d’élimination et de stockage du carbone – les préserver et les restaurer est donc fondamental. Préserver l’existant sera toujours plus facile et moins cher à mettre en œuvre que des opérations de restauration !

Le Gouvernement wallon actuel soutient d’ailleurs cette vision en ayant récemment réaffirmé le 5 juin 2025 sa volonté de soutenir les communes dans l’amélioration de la biodiversité du territoire :

« Que les communes contribuent aux objectifs ambitieux du Gouvernement wallon et participent à l’amélioration de la biodiversité sur l’ensemble du territoire wallon. Les ministres de la Nature et des Pouvoirs locaux rappelleront aux communes, provinces et autres acteurs publics locaux les leviers dont ils disposent pour contribuer activement à la restauration de la nature. Il s’agira notamment de valoriser les terrains à fort potentiel écologique, d’intégrer l’infrastructure verte dans les outils de planification communale, et d’adopter des pratiques d’aménagement du territoire favorables à la biodiversité. Différents outils régionaux sont à disposition des pouvoirs locaux pour les aider dans leurs démarches. »5

Rétablir la bonne santé des sols, freiner leur artificialisation et adopter des pratiques respectueuses des sols (maintien de couvert végétal, maintien de l’humus dans les sols, perméabilité des sols, diversité du couvert végétal, etc.) doit être favorisé partout où c’est déjà possible (espaces verts et végétalisés des communes, jardins privés, espaces verts des parcs d’activité économique, terres agricoles, …). Des coefficients de pleine terre sont également conseillé dans le SDT et seront à transposer dans les SDC. Outre les coefficients, penser à préserver ou restaurer une trame brune est aussi important : « L’idée de trame brune fait également référence aux besoins d’ancrage des végétaux et d’interaction entre les réseaux racinaires, facilitant les échanges entre eux, avec les filaments mycéliens, ou encore avec les organismes du sol. »6

Soutenir et préserver la biodiversité ne doit pas se limiter à la nature « extraordinaire ». En centralités ou ailleurs, il est précieux de préserver les espaces non bâtis, qu’ils soient naturels, forestiers ou agricoles, parcs ou friches qui nous rendent des services écosystémiques irremplaçables et de développer des infrastructures vertes grâce à des solutions basées sur la nature (jardins de pluie, noue d’infiltration, plantation de haies, …) de manière à créer des continuités entre ces espaces.

Opter pour des solutions « sans regret »

Autrement dit, opter pour des solutions qui maximisent les co-bénéfices sur la santé humaine, la biodiversité, etc, quel que soit le climat futur. Ces solutions doivent être flexibles et capables de s’adapter à la production de nouvelles connaissances. Elles doivent également être capables de répondre à plusieurs objectifs, en particulier sur le plan social. Elles ne doivent pas entrer en conflit avec des solutions d’atténuation. Choisir des solutions sans regret nous permet de faire face aux incertitudes.

Comment le ferons-nous ? Quelles réponses opérationnelles pouvons-nous mettre en œuvre ?

L’adaptation passe par la combinaison de plusieurs solutions, dans une optique systémique et multisectorielle :

  • Celles fondées sur la nature et les écosystèmes : protection et restauration des tourbières, renaturation des berges face au risque de crues, végétalisation des villes…
  • Des infrastructures : digues et protection d’infrastructures sensibles faces aux inondations, isolation des bâtiments contre la chaleur…
  • Des changements de pratiques : agroforesterie, diversification agricole, pêche écologique et adaptative, modification des horaires de travail…
  • La prévention des crises : systèmes de vigilance, plans (canicule, inondation, sécheresse…), renforcement des systèmes de santé
  • Des politiques de lutte contre les inégalités, la pauvreté et d’autres formes d’exclusion, pour protéger les plus vulnérables des chocs climatiques7

Relativement à l’aménagement du territoire, le schéma de développement du territoire (SDT) recommande à minima ces deux mesures de gestion et de programmation :

  • SA5.M6 Sauf lorsqu’ils portent uniquement sur le thème de l’optimisation spatiale, dans les schémas de développement communaux (SDC) et pluri communaux (SDP) : encadrer les constructions et les aménagements en zone inondable et prévoir des mesures en vue de gérer les eaux de pluie de manière durable.
  • SA5.M7 Dans les espaces fortement impactés par les conséquences des changements climatiques, en particulier ceux soumis aux risques d’inondation et d’ilots de chaleur, tenir compte des ressources et des besoins du territoire (pluri)communal en termes de services écosystémiques de régulation.

Autres risques aussi à prendre en compte : le retrait-gonflement des argiles, les feux de forêts, les sécheresses. Dans l’article « S’adapter face aux vagues de chaleur et canicules », nous aborderons les solutions à mettre en place pour favoriser le confort thermique et éviter les surchauffes urbaines. La prise en compte du risque d’inondation et la gestion durable des eaux de pluie a été abordée dans cet article, précédemment publié : « Comment réduire les vulnérabilités de la Wallonie ? ». Un webinaire consacré au référentiel « Construire et aménager en zone inondable » est disponible sur la chaine YouTube du SPW ARNE.

Quelles solutions opérationnelles ?

Des solutions opérationnelles commencent à être mise en œuvre en Belgique, en France, en Suisse et ailleurs. En France, de nombreux référentiels de bonnes pratiques sont mis à disposition des collectivités par l’Ademe et le Cerema. En Wallonie, le Portail Climat de l’Awac devrait répertorier des mesures d’adaptation adéquates. Les pages du site environnement.wallonie.be consacrées aux risques climatiques sont très détaillées concernant le risque d’inondation et de sécheresse. Le site « les Wallons s’adaptent » liste des solutions mises en œuvre sur le territoire. Un site français similaire est adaptetaville.fr : les actions répertoriées sont bien documentées et l’onglet « ressources » est bien fourni.

Quelles que soient les solutions, leur élaboration devra mobiliser des expertises professionnelles pluridisciplinaires (aménagement, santé, habitat, biodiversité, médiation, …) tout en veillant à prendre en compte l’expertise d’usage des habitant.e. s concerné.e.s, grâce à des diagnostics situés, et le développement de solutions adaptées qui tiennent compte de l’utilisateur. Il sera essentiel de mobiliser les services communaux, les élus et la population pour créer une vision fédératrice. Le travail de sensibilisation à la nécessité d’adapter nos sociétés et territoires est crucial et sans cesse à renouveler. Aux différents niveaux de gouvernance, il est urgent de dédier du temps et des moyens humains pour animer et piloter des démarches d’adaptation transversales. Il est également ultra nécessaire de dégager des lignes budgétaires pour financer les actions concrètes d’adaptation et le cas échéant, la gestion des crises.

L’adaptation aux effets des dérèglements climatiques ne concerne pas que l’aménagement du territoire, même si ce levier d’action est fondamental. Certes, il faut adapter nos aménagements urbanistiques et la conception de nos bâtiments mais, au-delà de il s’agit de comprendre les effets et les impacts en cascade des dérèglements climatiques sur l’organisation de la collectivité et sur le territoire.

S’adapter est également une question de gouvernance : comment partager les ressources quand elles viendront à manquer ? Comment adapter équitablement notre société sans laisser personne de côté ? Ces questions nécessitent une attention soutenue et des approches adéquates et transversales.

Bibliographie (hors références citées en cours d’article ou en note de fin de document) :  

Enjeux du changement climatique, entre atténuation et adaptation, opérationnalisation conceptuelle de l’objectif climatique du Gouvernement wallon, Haut Conseil Stratégique, 2022  

Comment s’adapter au changement climatique ? Bonnes pratiques et recommandations aux élus locaux, l’Institut Paris Région, juin 2022  

Dolques G, Dépoues V, Nicol M, Adaptation : ce que peuvent (et doivent) faire les collectivités, Point climat n°74, l4CE, janvier 2023  

Adaptation au changement climatique, 12 fiches pour agir dans les collectivités locales, Ademe, mai 2012  

Elaborer et mettre en œuvre une stratégie ou un plan d’action d’adaptation dans un territoire, Ademe, février 2012  

Les élus territoriaux face au défi climatique, 8 clés pour adapter son territoire, Cerema  

Centre de ressource pour l’adaptation au changement climatique, Ministère de la Transition écologique et de la cohérence des territoires, France      

Alexandre Magnan, Éviter la maladaptation au changement climatique, Policy Brief, N°08/13 JUILLET 2013, IDDRI – SciencesPo    

Virey, E., & Coskun, T., « Les infrastructures vertes comme outils d’adaptation au changement climatique et de reconquête de la biodiversité », dans Immobilier durable. De la ville d’aujourd’hui à la cité de demain (p. 112-125). Mis en ligne le 01 septembre 2021, Cahiers ESPI2R, consulté le 24 juin 2025. URL : https://www.cahiers-espi2r.fr/203  

Crédit image d’illustration :

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  1. Hiba Debouk, Réparer le futur, la prospective au service des territoires, Arep éditions, avril 2024 ↩︎
  2. Hiba Debouk, Réparer le futur, la prospective au service des territoires, Arep éditions, avril 2024 ↩︎
  3. Hiba Debouk, Réparer le futur, la prospective au service des territoires, Arep éditions, avril 2024 ↩︎
  4. De Muynck, S., Ragot, A. ,Creteur, L., Etat des lieux des risques et vulnérabilités liés au changement climatique de la commune de Saint-Gilles sous l’angle des inégalités environnementales, 2023 , 10.13140/RG.2.2.25826.3040. & Impact de l’environnement sur la santé et vulnérabilité, environnement.brussels, mis à jour en janvier 2024, dernière consultation juin 2025. ↩︎
  5. Communiqué de presse, Gouvernement Nature et environnement, 5 juin 2025 ↩︎
  6. Deboeuf De Los Rios, G., Barra, M., Grandin., G., Renaturer les villes. Méthode, exemples et préconisations, ARB îdF, L’Institut Paris Region, 2022, p.49 ↩︎
  7. Décryptage du changement climatique, Agence Parisienne du Climat ↩︎