Les industries les plus conservatrices vent debout contre l’ETS ?
Les sommets sur la compétitivité se succèdent et une partie du monde industriel, comme certaines industries chimiques, semble vouloir la peau des politiques climatiques européennes. Ces industries les plus conservatrices ont surtout dans le collimateur le marché du carbone ETS.

Soutenues, récemment encore, par notre non moins conservateur Premier ministre De Wever…
C’est quoi l’ETS ? Le Marché du carbone ETS est le principal outil de politique climatique européen pour l’Industrie, la production d’électricité et l’aviation. Il est censé faire payer aux industries un ‘’prix du carbone’’ et dégager ainsi des moyens financiers pour investir dans des processus industriels décarbonés… Vous voulez en savoir plus sur son fonctionnement, le SPF climat vous explique tout ici !
Des crédits carbone… Donnés gratuitement …
Pourtant, le marché du carbone ETS est toujours davantage une source de revenus pour l’industrie qu’un coût ?

C’est que, pour des raisons de compétitivité, certains secteurs les plus soumis à la concurrence internationale, reçoivent, depuis le début, des crédits carbone gratuits (appelé EUA dans le jargon européen). Et le hic, c’est qu’ils reçoivent plus de crédits gratuits (barre bleue dans le graphe ci-dessus) qu’ils n’en annulent (barre jaune) ! L’industrie dans son ensemble a ainsi stocké l’équivalent d’un milliard € de crédits EUA depuis la création du mécanisme il y a 20 ans… Rien que depuis 2021, l’industrie européenne a encor reçu 155 milliards € de crédits carbone gratuits ! Quoiqu’en disent certains politiques, il s’agit d’un subside caché à l’industrie …
En savoir plus : le rapport de Greenpeace Belgique sur les subventions à l’industrie ‘’Payés pour polluer’’ de 2024
Est-ce que ça veut dire que ce mécanisme ne fonctionne pas ? Pas si vite… Tout cela est censé évoluer. Et le marché carbone est censé devenir ce pourquoi il a été créé : faire payer les industries polluantes.
Explication des deux tableaux ci-dessus : A gauche, le prix officiel des crédits ETS qui a augmenté à partir de 2021 pour atteindre aujourd’hui 70€/tonne de CO2, le prix que les industries sont censées payer pour émettre du CO2. C’est ce prix que les lobbys industriels conservateurs dénoncent à longueur de sommets… Sauf qu’en pratique, vu que les industries reçoivent chaque année presqu’autant de crédits à titre gratuit, au final, le ‘’vrai prix du carbone’’ (Effective carbon price dans la dernière colonne du tableau de droite) est presque nul, voire négatif en 2023.
Maintenir le cap de l’ETS
Détricoter l’ETS aujourd’hui serait une erreur stratégique pour l’Europe.
Le mécanisme entre enfin “dans le dur’’ et devrait imposer un vrai signal prix sur le carbone en :
- accélérant la trajectoire de décarbonation et
- diminuant progressivement le nombre de crédits carbone reçu gratuitement.

C’était le plan annoncé aux industries à la création du mécanisme en 2005 ! ‘’On vous laisse le temps de vous préparer et d’investir dans la décarbonation. Mais à partir de 2025, les pollueurs devront commencer à payer !’’. C’était le message clair envoyé par les autorités européennes !
Ce message a été reçu 5 sur 5 par certains secteurs industriels !
Dans le secteur de la production d’électricité, qui est un des rares secteurs à ne PAS recevoir de crédits carbone gratuits, la décarbonation a été radicale…
Dans les autres secteurs industriels, on constate une forte disparité : certains ont entamé leur transformation et commencé à investir massivement dans la décarbonation et d’autres n’ont pas transformé l’essai… Comme le secteur de la chimie …

Affaiblir le marché du carbone aujourd’hui serait pénaliser ceux qui ont anticipé et investi, et récompenser ceux qui n’ont pas joué le jeu. C’est inacceptable.
Les militants d’Extinction Rébellion ont eu raison de bloquer le bureau du lobby européen de la Chimie, qui joue vraiment un rôle nauséabond pour l’avenir de l’Europe.
D’autant que, comme on le voit dans le graphe ci-dessous, les projets d’investissement sont sur la table… notamment dans la chimie. Mais ils ne verront le jour que si ‘’produire décarboné est moins cher que produire de manière fossile !!!’’ C’est tout l’objet du marché du carbone ETS… Soyons donc bien clairs : ce secteur, à la traine, ne se décarbonera qu’à la condition du maintien de l’ETS.
Si vous voulez en savoir plus sur le sujet, lisez les demandes du mouvement environnemental adressées au Conseil européen par notre plateforme européenne CAN Europe en février 2026 (In English)
Et en attendant, pensez, agissez. On entre dans la lutte ! Affaiblir l’ETS est clairement à l’agenda du Conseil européen de ce 19 mars…
Merci à Domien Vangenechten de E3G dont l’exposé a largement structuré cet article 😊.
Crédit image illustration : Adobe Stock
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