Les impacts sanitaires du chauffage au bois sont de plus en plus étudiés. Bien que l’augmentation de certaines pathologies associées à ce mode de chauffage soit déjà bien documentée (ex : bronchopneumopathie chronique obstructive, infection des voies respiratoires, faible poids de naissances, cancer du poumon), une nouvelle étude française (ANSES) vient préciser cet enjeu et suggérer des pistes d’actions à déployer au niveau politique et individuel pour limiter les externalités sanitaires de ce mode de chauffage.
Mise en contexte
Dans de précédentes analyses, nous avions déjà pu dresser l’état des lieux de la situation du chauffage au bois en Wallonie en abordant quelques pistes de solution multiniveaux. À toutes fins utiles, nous remettons les liens vers ces différentes productions en note de bas de page1.
Dans le présent article, nous allons nous pencher sur le cas de la France, car leur Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) vient de publier un rapport ravivant, telle une buche dans le feu, le débat ardent des enjeux énergétiques et sanitaires liés à l’utilisation du chauffage au bois.
En France, 7,5 millions de personnes disposent d’une installation de chauffage au bois. Il s’agit ici des modes de chauffage au bois utilisés par les ménages (maisons ou immeubles collectifs) et impliquant des appareils de combustion indépendants (cheminée, insert, poêle ou chaudière à bois (dont pellets)).
Dans son dernier rapport2, l’ANSES rappelle et précise les impacts sanitaires potentiellement associés à ces modes de chauffage biomasse, responsables en période hivernale de l’essentiel des concentrations de particules organiques3 (HAP, COV, Aldéhydes, …), de carbone suie (black carbone) et de particules fines retrouvées dans l’air ambiant. Ce mode de chauffage constitue également un enjeu pour la qualité de l’air respiré en intérieur, au même titre que d’autres sources d’émissions, comme le tabac, les bougies ou encore l’encens, qui peuvent générer des niveaux de pollution équivalents, voire supérieurs.
Leurs effets potentiels tant sur la santé respiratoire (asthme, bronchopneumopathie chronique obstructive, cancer), qu’ORL (nez, sinus, gorge, etc.), ainsi que cardiovasculaire (infarctus du myocarde, insuffisance cardiaque, maladie cardiaque ischémique, etc.) y sont détaillés. Certaines populations sont plus vulnérables, telles que les personnes atteintes de maladies cardiaques ou respiratoires, les enfants et les personnes âgées de 65 ans et plus. Nous verrons plus tard dans quels cas de figure l’utilisation du chauffage au bois augmente significativement ou non le risque de déclencher certaines de ces pathologies.
Impacts sur la pollution de l’air extérieur
L’ANSES indique que si le chauffage au bois domestique contribue faiblement aux émissions anthropiques de NO2 et de particules ultrafines4, il contribue en revanche fortement aux émissions de particules fines (masses des PM10 et PM2,5), au carbone suie (BC) et aux particules organiques (HAP, COV, etc.).
La cellulose, lignine, tannin, etc., contenus dans le bois de chauffage produisent différents composés lors de la combustion. Parmi eux, on retrouve des résidus solides (composés charbonneux et cendres), du goudron ainsi que différents composés gazeux, tels que des composés organiques volatils (COV), des particules fines (PM2,5), le carbone suie (BC), du monoxyde de carbone (CO), des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP)5, du benzène (C6H6) ou des oxydes d’azote (NOx).
Les niveaux d’émissions et les concentrations de polluants dépendent du type d’appareil utilisé, des conditions d’utilisation ou encore des caractéristiques du combustible. Les installations de chauffage peuvent être comparées entre elles sur base des émissions de polluants pour une même quantité de combustible sec brûlé ou pour une même quantité d’énergie entrante. Les émissions peuvent être mesurées en sortie de cheminée, tant pour comparer les émissions des différents appareils que pour étudier les mécanismes de formation des polluants ainsi que les facteurs les influençant. En couplant ces informations au parc d’équipements de chauffage présent sur un territoire et aux consommations de bois, les émissions régionales et nationales du chauffage peuvent être calculées.
Globalement, les foyers ouverts et autres appareils à bûches anciens sont les plus émissifs en polluants. Le graphique interactif repris ci-dessous6 vous permet de sélectionner un polluant et de comparer les facteurs d’émissions (pour une même quantité d’énergie consommée (1 MJ (mégajoule) = 0,28 kWh).
La variété de ces composés émis est notamment influencée par la température de pyrolyse7 et par la température de flamme (correspondant à l’« allure » du fonctionnement de l’appareil ou à la phase de combustion).
Comme le signale l’ANSES, « les appareils de combustion sont conçus pour fonctionner de manière optimale sur une certaine plage de puissance. En dehors de cette plage, que ce soit à allure réduite ou maximale, les émissions de polluants augmentent. ». L’agence indique que la combustion lente est courante au sein des ménages afin de prolonger la période de chauffe lorsque le besoin en chaleur diminue, ou en raison d’un surdimensionnement a priori fréquent des appareils.
Parmi les paramètres ralentissant / accélérant la combustion, augmentant ainsi les émissions de polluant, figurent notamment :
- Densité du bois : plus le bois est dense, plus la combustion sera lente.
- Dimension du combustible : plus la section / diamètre du bois bûche est importante, plus la combustion sera lente.
- Présence d’écorce : la présence d’écorce peut ralentir la combustion.
- Humidité du combustible : plus le bois est humide, plus la combustion sera lente. À l’inverse, un bois trop sec aura tendance à se comburer trop rapidement. Un taux d’humidité optimal se situe entre 12% et 20 %. Ce paramètre peut être facilement mesuré grâce aux humidimètres vendus dans le commerce pour quelques dizaines d’euros. Avant d’être utilisé comme combustible, le bois doit idéalement avoir séché durant 18 mois minimum (certaines essences, telles que le chêne, nécessitent 24 mois).
- Tirage : si le tirage est trop faible, la combustion sera lente. À l’inverse, un tirage trop élevé n’est pas conseillé, car la combustion sera trop rapide. Le tirage correspond à une différence de pression (dépression) assurant la circulation de l’air dans la chambre de combustion et l’extraction des produits de combustion par la cheminée. Il dépend de la température/densité des fumées, de la température/densité de l’air extérieur, de la hauteur/diamètre des conduits, du vent, de la qualité du combustible, etc.
- Type d’essence : un combustible résineux aura tendance à comburer plus rapidement qu’un feuillu. Certaines essences, telles que le chêne, sont spécifiquement associées à des facteurs d’émission beaucoup plus élevés pour plusieurs polluants.
C’est donc en jouant sur l’ensemble de ces paramètres qu’il est possible d’obtenir une combustion ni trop lente, ni trop vive.
Au-delà de l’allure de combustion, certains comportements sont à proscrire, tels que :
- Introduction de déchets dans le foyer (ex : bois traité, déchets contenant du plastique) : résulte dans l’émission de polluants, notamment des métaux lourds, des dioxines et des furanes
- Introduction d’une quantité de combustibles trop faible ou trop élevée de combustible
- L’allumage par le bas. Il est plutôt conseillé d’allumer son feu par le haut (voir vidéo de la « Maitrise du feu ») pour assurer une montée en température plus régulière et ainsi réduire drastiquement les émissions de polluants dès le début du feu.
À ce sujet, l’ANSES salue la facilité que constituent les poêles à granulés (pellets), « régulant automatiquement la quantité de combustible et le débit d’air entrant dans la chambre en ajustant la fréquence ou la vitesse de rotation de la vis d’alimentation, ainsi que le débit d’air extrait par le ventilateur ». Certains appareils à bûches récents atténuent également le rôle de l’utilisateur via la régulation (automatique ou manuelle) de l’apport en air comburant et l’intégration de dispositifs de contrôle de la combustion assurant un ratio air / combustible optimal.
L’acquisition d’une installation répondant aux dernières normes européennes ou disposant d’un label permet également de mettre de côté des modèles potentiellement plus polluants8. Parmi l’ensemble des polluants cités précédemment, seuls le CO, les NOx, les COVT9 et les particules solides sont actuellement couverts par les réglementations et labels en vigueur pour les appareils de chauffage domestique.
L’agence française rappelle également que la contribution du chauffage au bois sur la pollution de l’air ambiant varie selon d’autres paramètres plus généraux tels que :
- Les territoires : elle est plus importante là où la dispersion des polluants est limitée par la topographie et les phénomènes d’inversion de température et dans les agglomérations avec une forte densité de population (comme en Île-de-France, notamment à Paris) où le chauffage au bois d’appoint et d’agrément occupe une place prépondérante dans la pollution de l’air extérieur. L’ANSES ajoute qu’« un impact plus élevé du chauffage au bois est observé dans certaines communes en zone résidentielle, pavillonnaire ou rurale, généralement lorsque ces zones sont fortement utilisatrices de bois pour se chauffer ou sous l’influence de zones proches, consommatrices de bois. Ainsi, le chauffage au bois constitue une pollution locale, mais peut également impacter les zones voisines, y compris à l’échelle des régions. »
- La saison : « Des niveaux de contribution très élevés peuvent être atteints en période hivernale et particulièrement lors d’épisodes de pollution où les températures sont plus faibles et le recours au chauffage supposé plus important. Ces contributions et épisodes de pollution peuvent être amplifiés par des conditions atmosphériques qui favorisent la stagnation des polluants. »
- Le moment de la journée : « des concentrations maximales de particules ou de carbone suie peuvent être retrouvées le soir et la nuit, liées au fonctionnement des équipements. Dans certains cas, un second pic plus faible est également observé le matin. »
Pollution de l’air intérieur des logements
La revue de la littérature menée par l’ANSES, compilant 43 études, confirme bien des tendances à l’augmentation des concentrations de polluants dans l’air intérieur des logements en lien avec le fonctionnement des appareils de chauffage au bois. Afin d’étayer cette revue de littérature, une étude externe10 a permis d’étudier l’impact de l’utilisation d’un appareil de chauffage au bois sur la concentration des polluants dans l’air des logements français. Cette étude s’est focalisée sur 259 maisons individuelles11, enquêtées pendant 1 semaine en période de chauffe.
De l’ensemble de ces études, il ressort que« des augmentations de concentrations sont ainsi régulièrement constatées pour les particules carbonées12 (HAP, BC,…), les particules fines (PM) (aussi bien en masse qu’en nombre), pour l’ensemble des fractions granulométriques, en particulier les fractions avec des diamètres aérodynamiques inférieurs au micron (PM1 et en dessous). ». Le chauffage au bois contribue également aux concentrations en HAP13 dans les logements, à la fois dans l’air intérieur et les poussières intérieures.
Dans le cas des particules fines et des HAP, d »’autres facteurs extérieurs ou intérieurs peuvent influer sur la génération de particules fines, comme la combustion de bougies, d’encens, la cuisson d’aliment ou le tabagisme ».
Concernant les COV, certaines études montrent que le chauffage au bois peut en engendrer, mais « la présence des occupants, l’utilisation de désodorisants ou de produits ménagers peuvent également contribuer fortement aux concentrations en particules ou COV dans les logements. »
L’ANSES rappelle également que « les caractéristiques des logements (volumes de pièce, perméabilité à l’air du bâti), les conditions de ventilation, les pratiques d’aération par les habitants ou la densité d’occupation sont des paramètres peu documentés alors qu’ils ont une influence majeure sur les concentrations en polluants de l’air intérieur. L’ensemble de ces facteurs rend délicate l’identification spécifique de la contribution du chauffage au bois. ».
Tous polluants confondus, force est de constater que nous n’avons pas prise à 100% sur la qualité de l’air dans notre intérieur. En effet, « plusieurs études concluent également à un transfert des polluants depuis l’extérieur du logement ».
Gardons tout de même à l’esprit certains facteurs pouvant influencer l’impact du chauffage au bois sur la qualité de l’air intérieur ;
- L’âge de l’installation : les appareils de chauffage au bois plus récents et performants dégradent moins la qualité de l’air intérieur comparés à des équipements anciens et peu performants
- Phase de fonctionnement : certaines phases de fonctionnement peuvent engendrer des pics de particules, particulièrement les phases d’allumage et les rechargements en bois.
- Retrait des cendres : source potentiellement importante de pollution, pouvant être évitée lorsque le décendrage est réalisé dans de bonnes conditions (aspiration avec un équipement doté d’un filtre à haute efficacité, entre autres)
- Aération : une bonne aération ou une bonne ventilation de la pièce où est situé l’appareil de chauffage au bois permet de réduire l’impact du chauffage au bois sur les concentrations mesurées en polluants. Ne pas négliger l’importance d’aérer son logement, même en hiver.
- Lieu de stockage du bois : une bonne aération ou une bonne ventilation du lieu de stockage du bois, conduisent à réduire l’impact du chauffage au bois sur les concentrations mesurées en polluants tout en assurant, pour le stockage, que le bois conserve de bonnes caractéristiques pour être brûlé (par exemple ni trop sec, ni trop humide).
- La technique d’allumage : préférer l’allumage dit « par le haut » ou allumage « inversé »(cfr. chapitre précédent)
- La qualité du bois (cfr. chapitre précédent)
- Gestion de l’ouverture : Pour les foyers fermés, il faut éviter d’ouvrir la porte d’un coup sec, ce qui favorise le refoulement de fumées et de particules fines dans la pièce. Il est recommandé de l’ouvrir en deux temps (aération et puis porte).
Effets sur la santé
Comme vous l’aurez compris à la lecture des chapitres précédents, aucun mécanisme de combustion n’est parfait, il demeure toujours une part plus ou moins importante de substances chimiques lors d’une combustion incomplète. Le chauffage au bois n’échappe pas à la règle et se voit donc régulièrement accompagné d’une multitude de substances chimiques organiques. La fumée, visible ou non, véhicule ainsi ces molécules dans l’air que nous respirons, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Parmi les substances à risque pour notre santé et présentes dans ces fumées, nous retrouvons ainsi :
- Les particules fines (PM10, PM2.5), et ultrafines (UFP)
- Le monoxyde de carbone (CO)
- Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP)
- Benzène
- Toluène
- Hydrocarbures insaturés (ex : 1,3 butadiène) et saturés (ex : n-hexane)
- Aldéhydes (ex : formaldéhyde)
- Alcools organiques et acides (ex : acide acétique)
- Quinones
- Phénols
- Dioxyde d’azote (NO2)
- Dioxyde de soufre (SO2)
Les conclusions de l’ANSES mentionnent que « les données épidémiologiques et toxicologiques indiquent qu’il est raisonnable de conclure que l’exposition à la fumée de bois est susceptible de provoquer divers effets néfastes sur la santé, et plus particulièrement sur la santé cardio-respiratoire ». Parmi ces effets, on retrouve notamment :
- L’inhalation à court terme de fumées de bois altère les mécanismes de défense immunitaire de l’arbre respiratoire, fonction importante dans la résistance aux infections pulmonaires.
- L’induction, au niveau pulmonaire, d’un stress oxydant14, d’une réponse inflammatoire, d’une altération modérée de la fonction respiratoire et d’une aggravation de l’hyperréactivité bronchique non spécifique.
- Des effets symptomatiques, tels que des nausées, des étourdissements, des maux de tête, de l’irritation des yeux, du nez ou de la gorge.
- Des pathologies cardio-respiratoires.
- Les associations entre l’exposition à la fumée de bois et certaines pathologies les plus avérées concernent :
- Les pathologies respiratoires, comme l’asthme, la BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive)15 et leur exacerbation
- Les cancers broncho-pulmonaires
Le niveau de vulnérabilité dépend fortement d’un individu à l’autre. Ainsi, les enfants, les personnes âgées et les personnes ayant des pathologies cardiaques ou pulmonaires sont particulièrement vulnérables l’exposition à la fumée de bois.
Bien que la majorité des études montre des effets sanitaires après exposition aux fumées de bois en lien avec les particules, certaines études pointent plus spécifiquement le caractère mutagène16 des HAP présents dans la fumée de bois. « Selon le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), le niveau de preuve concernant le caractère carcinogène chez l’Homme est « limité » pour les émissions de combustion de bois, et « suffisant » pour les extraits de fumées de bois (études d’expérimentation animale) (CIRC, 2010). »
Les experts mandatés par l’Anses ont également réalisé une revue systématique de la littérature concernant les événements sanitaires associés à la pollution de l’air issue du chauffage au bois. Cet examen minutieux des productions scientifiques permet d’évaluer l’existence (ou absence) plus ou moins avérée d’une association (lien de causalité) entre l’exposition à la pollution de l’air – résultant de la combustion de biomasse dans des appareils de chauffage au bois résidentiel – et la santé.
Sur base de l’ensemble des études examinées, les experts sont en mesure d’attribuer un niveau de confiance (proportionnel au lien de causalité potentiel) à chaque type d’impact sanitaire étudié. Le résumé des conclusions est repris dans le tableau suivant.
| Type d’exposition | Effet (Cotation du niveau de confiance de l’effet) | Impacts sanitaires concernés |
| Air en chambre d’exposition contrôlée | ||
| Exposition court terme | Modéré | Impacts santé ORL chez l’adulte (symptômes type irritation des muqueuses (nez, gorge, yeux)) |
| Pollution de l’air extérieur liée au chauffage au bois | ||
| Exposition court terme | Fort | Impacts santé respiratoire et cardiovasculaire de l’adulte et de la personne âgée (plus de 65 ans). (hospitalisations de causes respiratoires, l’inflammation des voies aériennes, les hospitalisations de causes cardiovasculaires et la mortalité de causes cardiovasculaires) |
| Modéré | Impacts mortalité toutes causes non accidentelles chez l’adulte ou en population générale. | |
| Exposition long terme | Modéré | Impacts santé respiratoire chez l’adulte et de la population générale (hospitalisations pour BPCO) |
| Modéré | Impact santé ORL (Oto-rhino-laryngologie) chez l’enfant (< 2ans) (visite chez le médecin pour cause d’otite moyenne) | |
| Pollution de l’air intérieur liée au chauffage au bois | ||
| Exposition long terme | Forte | Impact santé respiratoire chez l’adulte (Broncho-Pneumopathie Chronique Obstructive (BPCO) / Altération de la fonction respiratoire chez des asthmatiques) |
| Modéré | Cancer du poumon | |
| Exposition court terme | Modéré | Impact santé ORL chez l’adulte (mal de gorge) |
Et le climat dans tout ça ?
Dans un excellent article de synthèse paru au mois de février, le média français BonPote17 revient sur les enjeux écologiques à prendre en considération lorsqu’on tente de comparer entre eux les différents modes de chauffage. Revenons sur quelques idées clés relayées dans ce document.
Concernant les émissions de CO2, l’article rappelle la convention utilisée par le GIEC, selon laquelle “la combustion du bois [est] considérée comme neutre en carbone, car un arbre accumule, tout au long de sa vie, la même quantité de dioxyde de carbone que celle libérée lors de la combustion de son bois”. Cette convention permet ainsi d’évaluer le potentiel « puits de carbone » d’une forêt en soustrayant les prélèvements à l’accroissement naturel de celle-ci.
En suivant cette logique, le CO2 libéré lors de la combustion du bois n’est pas pris en considération lorsqu’on évalue les émissions du chauffage bois, seules les émissions liées aux phases « amont » sont prises en compte, telles que l’exploitation forestière, le transport, le séchage et le broyage éventuels, etc. En procédant de la sorte, les facteurs d’émissions (CO2 équivalent) sont bien meilleurs pour le chauffage au bois que pour le gaz, le mazout (fioul) ou le charbon.

L’Ademe et le Citepa18 estiment quant à eux que cette convention ne prend pas en considération le décalage temporel – parfois de plusieurs décennies – entre l’émission immédiate de CO₂ (quand on brûle le bois) et sa réabsorption par les forêts (dont le stockage (puits) de carbone est important lors de la croissance des arbres). Selon le GIEC, le facteur d’émission total du bois – prenant en compte la combustion et les phases amont – approche une valeur comparable au gaz fossile (pour les centrales les plus performantes). Pour s’en convaincre, le graphique ci-dessous permet de comparer les émissions de CO2 (ainsi que d’autres polluants) pour différentes installations énergétiques domestiques.
Néanmoins, cette manière d’aborder de la même manière des émissions de CO2 « fossile » et de CO2 « biomasse » est également critiquable, étant donné l’énorme différence quant à l’échelle de temps nécessaire au renouvellement des différentes ressources : des millions d’années pour les énergies fossiles vs. quelques décennies pour le bois !
Ce qui est certain, c’est que la santé de nos forêts ainsi que leurs modes de gestion influencent grandement leur potentiel de stockage de carbone. Or, la vitalité de nos forêts, essentielle pour leur capacité d’absorption du CO2, est menacée par des sécheresses à répétition, des incendies et des phénomènes de dépérissement. Le rapport du SPW dédié à la santé des forêts pointe ainsi du doigt « des tendances préoccupantes en matière de dépérissement, désormais bien installées en Wallonie »19. Selon les experts, « l’année 2025 a vu se multiplier, sur de nombreuses essences, l’apparition de suintements, de nécroses et de taches noires, symptômes inquiétants d’un affaiblissement généralisé. Ces manifestations, encore en cours de caractérisation, pourraient refléter la difficulté croissante des arbres à s’adapter à des alternances météorologiques de plus en plus marquées. »
Au-delà de sa provenance, la dimension plus ou moins « écologique » du combustible bois dépend fortement des pratiques sylvicoles en amont. Le bois (ou pellets) provient-il des déchets des travaux forestiers ? Des déchets de scieries ? De l’entretien de vergers ou de haies ? De coupes réalisées en forêt ? Dans ce dernier cas, le bois provient-il de coupes de futaies, de taillis20, d’éclaircies21, de coupes rases (mises à blanc), de résidus de bois22 ?
Dans un récent rapport23, plusieurs scientifiques belges examinent le potentiel des différents puits de carbone en Belgique. Si les forêts constituent actuellement le plus grand puits de carbone naturel de Belgique, leur pouvoir de stockage futur dépendra fortement des stratégies d’extension et de gestion adoptées.
Nos forêts sont actuellement en mesure de séquestrer entre 1,59 et 2,12 Mt éq. CO₂/an (base 2023-2025). Cela ne représente donc qu’environ 2% de nos émissions nationales (97,4 Mt éq. CO₂/an)24. Pour atteindre le scénario permettant d’augmenter significativement (+27% à +35%) l’absorption de carbone par nos milieux naturels, les chercheurs mentionnent comme leviers principaux l’arrêt de la déforestation et un boisement massif (afforestation)de 80 000 ha (d’ici 2050). Le passage de pratiques intensives à une gestion privilégiant les mélanges d’essences, les structures d’âges variés et la régénération naturelle est également jugé essentiel pour maximiser le stockage de carbone à long terme.
À défaut de vous tourner vers des installations peu émissives (tant pour le climat que pour l’air ambiant), telles que les pompes à chaleur, nous vous recommandons de remplacer vos vieux poêles et chaudières à bois par des modèles plus récents et performants. Comme nous l’avons vu dans cet article, les effets sanitaires observés semblent majoritairement attribuables aux équipements anciens de chauffage au bois et plus généralement aux appareils à bûches lorsqu’ils sont utilisés en régime de combustion lente (fonctionnement en allure réduite).
Recommandations
Voici quelques ressources utiles, à destination des utilisateurs de chauffage au bois, pour que ce dernier soit plus cosy que risky :
- ADEME (2025) – Boîte à outils en ligne « Se chauffer au bois : les bons gestes pour moins consommer et moins polluer »
- ADEME (2024) – Guide « Comment bien se chauffer au bois ? »
- ADEME (2022) – Guide « Adopter le chauffage au bois »
- Ministère de la santé et de la prévention (2023) – Guide « Se protéger des intoxications au monoxyde de carbone »
- ANSES (2025) – Communication – « Intoxications au monoxyde de carbone. Adopter les bons gestes peut sauver des vies »
- Sans oublier la compilation de bonnes pratiques, Made in Wallonia, mise en avant dans la campagne de sensibilisation « La Maîtrise du Feu ». Vous y trouverez de nombreuses informations utiles pour choisir du bois de qualité, stocker ce dernier dans des conditions optimales, adopter les bonnes pratiques à l’allumage, etc.
Crédit image illustration : Adobe Stock
Aidez-nous à protéger l’environnement,
faites un don !
- Canopea, “Les Wallons, de mauvais poêles ? », 31/01/2024 – Canopea, « Zones basses émissions et santé – De la mobilité au chauffage », 08/04/2025 – Canopea, « Se chauffer au bois, sans se cramer la santé ? C’est possible ! », 18/12/2025 ↩︎
- « Chauffage domestique au bois, pollution de l’air et effets sur la santé », Avis de l’ANSES, rapport d’expertise collective, Février 2026 – Résumé sur leur site ↩︎
- Mélange complexe de composés chimiques riches en carbone présents dans la fumée, parmi lesquels on retrouve : les Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques (HAP) (tels que le Benzo[a]pyrène, Benzo[b]fluoranthène, etc), les Composés Organiques Volatils (COV) (tels que le Benzène, le Toluène, le Phénol, …), les composés organo-oxygénés tels que les aldéhydes (Formaldéhyde, Acétaldéhyde, …) ↩︎
- Nombre de particules de diamètre inférieur à 100 nm ↩︎
- Certaines familles chimiques, telles que les COV et les HAP, incluent de nombreux composés, mais seuls quelques-uns de ces composés d’intérêt sont inclus dans les études. ↩︎
- Construit par Canopea à partir des données de l’ANSES, découlant elles-mêmes d’une revue de littérature ainsi que de deux études externes financées par l’agence en vue de déterminer d’une part les émissions atmosphériques des appareils de chauffage au bois domestiques [2025, Ineris, « Emissions atmosphériques des appareils de chauffage au bois domestique à partir des données nationales et internationales probantes et émergentes», aussi appelée « étude Wood-AAQ-1 »]et d’autre part leurs impacts sur la qualité de l’air extérieur [2025, AIRPARIF et CEREA, « Impact du chauffage au bois domestique sur la qualité de l’air extérieur – Cas d’étude sur l’Ile-de-France et la France », aussi appelée étude « Wood-AAQ-2 »]. ↩︎
- Décomposition chimique obtenue par chauffage (Larousse) ↩︎
- Ce sujet est abordé dans une analyse précédente : Canopea, « Se chauffer au bois, sans se cramer la santé ? C’est possible ! », 18/12/2025 ↩︎
- Composés organiques volatils totaux ↩︎
- 2024, CSTB, « Caractérisation de la qualité de l’air intérieur dans les logements français équipés de chauffage au bois à partir des données de la campagne nationale logements 2» aussi appelée étude « Wood-IAQ » ↩︎
- NB : les logements où les occupants ont fumé, brûlé des bougies, de l’encens et/ou utilisé un appareil de chauffage d’appoint à combustion non raccordé, de type poêle à gaz ou à pétrole ont été exclus de l’enquête. ↩︎
- Y compris le carbone organique (OC) ou le carbone élémentaire (EC) / carbone suie (BC)) ↩︎
- Somme des 15 HAP recherchés dans la CNL2 (campagne nationale logement) : acénaphtène, acénaphtylène, anthracène, benzo[a]anthracène, benzo[a]pyrène, benzo[b]fluoranthène, benzo[g,h,i]perylène, benzo[k]fluoranthène, chrysène, dibenzo[a,h]anthracène, fluoranthène, fluorène, indéno[1,2,3-cd]pyrène, phénanthrène et pyrène. ↩︎
- « L’activité oxydante des particules issues de la combustion de biomasse est soulignée par plusieurs études tout comme son caractère saisonnier qui suit des tendances similaires à celles décrites pour les polluants ; les zones plus fortement impactées par la combustion de la biomasse présentant des potentiels oxydants des particules plus importants. » « Selon certaines études, le stress oxydant et la génération d’espèces réactives de l’oxygène, ainsi que la présence de composés génotoxiques (HAP) et métalliques/métalloïdes adsorbés sur les particules, favorisent les dommages à l’ADN » ↩︎
- L’avis de l’Anses rappelle que différentes études montrent que la fumée de bois serait le facteur de risque le plus important dans le développement de la BPCO. L’Anses rappelle également que si le tabagisme est également un facteur de risque pour cette pathologie, 25 à 45 % des patients atteints de BPCO sont non-fumeurs. ↩︎
- « Agent susceptible de provoquer des mutations de l’ADN (étape initiale de la cancérogenèse) à condition que cette mutation porte sur des gènes impliqués dans le processus de cancérogenèse. Les agents dits cancérogènes directs sont également mutagènes. » (Actu-Environnement) ↩︎
- BonPote, « Se chauffer au bois est-il écolo ? », publié le 04/02/2026 ↩︎
- Citepa : Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique ↩︎
- SPW, L’Environnement en Wallonie, « Etat de la santé des forêts wallonnes – données 2025 », p.2 ↩︎
- Provenant de peuplements d’arbres de petit diamètre coupés régulièrement au niveau de la souche ↩︎
- Réalisées dans le cadre d’exploitations forestières pour le bois d’œuvre ↩︎
- Chutes de bois, écorces, sciure, entretien d’espaces verts… ↩︎
- SYTRA, Vito, Gembloux Agro-Bio Tech (ULiège) « Natural carbon sinks in Belgium by 2050 and beyond Definition of scenarios and assessment of potential», février 2026 ↩︎
- Climat.be, Historique des émissions de gaz à effet de serre, consulté le 28/04/2026 ↩︎
Faites un don

