Climat : que fait le Gouvernement wallon en 2025 ?

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Vu la trajectoire des émissions en Wallonie, seules des mesures politiques fortes et immédiates peuvent redresser la barre (voir ici pour s’en convaincre). La Wallonie dispose déjà d’un Plan Air-Climat-Énergie (PACE 2030) approuvé par le précédent gouvernement. Nous vous en avions abondamment parlé dans cette racine. Nous soulignions à quel point il péchait déjà par un manque de précision et de chiffrage.

Pour dynamiser son application, la Ministre de l’Énergie, du Plan Air-Climat, du Logement et des Aéroports, madame Cécile Neven, s’était engagée à mettre ses collègues autour de la table pour fournir une feuille de route 2025 “pour rentrer dans l’implémentation”. On attendait donc avec impatience un document chiffré et concret, qui aurait pu réellement nous mettre sur les rails.

Ce document a récemment été approuvé par le gouvernement wallon. Le document n’est pas public mais a été communiqué à Canopea par le cabinet de la Ministre. 

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il apporte peu de clarté. Bien que le communiqué assure que les 100 mesures prioritaires qui ont été sélectionnées par les ministres aient été choisies sur base d’une “méthodologie proposée par l’Agence wallonne de l’Air et du Climat (AWAC), autour de critères d’impact climatique, d’efficacité économique, de faisabilité technique ou encore d’acceptabilité sociale”, le document reste une succession de propositions très larges, non chiffrées et non datées.

En outre, il apporte peu d’informations complémentaires à celles du Plan Climat sur la manière dont le gouvernement compte effectivement les mettre en œuvre. Notons que nous n’avons pas pu avoir accès à la méthodologie, ce qui aurait amélioré la transparence de l’exercice et nous aurait aidés à comprendre sur quelles bases les ministres ont sélectionné les axes de travail prioritaires.

Notons également que la communication de la ministre rassure peu sur l’atteinte finale de l’objectif : les 100 mesures proposées doivent être “initiées en 2025” (et non mises en œuvre), et la plupart de ces mesures nécessiteront du temps pour produire leurs effets.

Les mesures essentielles insuffisamment présentes

En mars 2025, pour appuyer l’action de priorisation de la ministre, Canopea avait listé 6 mesures de base répondant aux critères d’efficacité, de coût et d’acceptation sociale souhaités par le nouveau Gouvernement.

Comme le tableau de synthèse ci-dessous le montre, nos propositions ont été “moyennement” entendues. Au-delà d’une liste, c’est bien de la manière d’implémenter ces mesures dont dépendra le résultat !

Mesure prioritaire Canopea (mars 25)Commentaire
Rendre contraignante la rénovation des logements louésLa mesure 381 du PACE relative aux obligations de rénovation est bien citée dans la feuille de route, mais rien n’est décrit pour expliquer comment celles-ci vont se matérialiser (pour qui) et à quelles échéances. 
Accélérer l’installation de plus de réseaux de chaleur, la rénovation des logements publics et la création d’infrastructures de mobilité activeEn ce qui concerne les réseaux de chaleur, la mesure 281 n’est malheureusement pas reprise comme prioritaire (« Mettre en œuvre le développement rapide de réseaux de chaleur »). Ces réseaux présentent pourtant de grands potentiels de décarbonation[1]. Peut-être est-elle considérée comme déjà mise en oeuvre car des appels à projets ont déjà permis de lancer la construction de plusieurs réseaux importants? La Wallonie est à la traine dans ce domaine, nous ne pouvons donc pas nous en contenter (même si on peut se réjouir de ce qui a été fait). La rénovation des logements publics (mesure 251) est reprise et nous nous en réjouissons : « Formuler et mettre en œuvre un plan de rénovation des logements publics pour atteindre le label A décarboné, et mettre en place des mécanismes d’aide à l’investissement spécifiques pour les logements sociaux, en lien avec la performance énergétique ». Création d’infrastructures de mobilité active : Cette volonté est présente dans la priorisation, même si la mesure 506 (« Sécuriser le réseau et le stationnement : Définir les réseaux cyclables utilitaires et récréatifs, améliorer la qualité des infrastructures cyclables et de stationnement, mettre en place les outils financiers permettant les investissements nécessaires, rendre obligatoire la construction d’un stationnement curisé pour vélo pour tout nouvel immeuble d’habitations ou de bureau.») n’apparait pas. 
Réduire la vitesse sur les routesLa mesure 552 est reprise. Elle se focalise sur les zones apaisées en ville, mesure très positive en matière de sécurité routière, mais cette mesure laisse ouvertes de nombreuses portes de sortie pour ne pas diminuer la vitesse maximale autorisée dans les faits. 
Réformer la Taxe de Mise en Circulation pour favoriser les véhicules légers électriquesLa réforme proposée sous la précédente législature (date d’entrée en vigueur: 1er juillet 2025) a déjà été modifiée: les véhicules électriques seront encore plus favorisés quelle que soit leur masse – à l’exception des plus lourds et plus puissants. 
Rendre la pompe à chaleur plus intéressante financièrement que les chaudières fossilesLa mesure 284 (“Maintenir et adapter le régime de primes spécialement orienté vers les consommateurs résidentiels pour le déploiement d’installations de chaleur renouvelable de petite puissance non actuellement couvertes, notamment les PAC [air/air] performantes non réversibles, et le forage géothermique (systèmes fermés)”) est reprise, mais il y a du travail : les primes pour les pompes à chaleur ont été très fortement réduites lors de la réforme des primes de début d’année. Il est indispensable, en parallèle, d’également travailler sur le rapport du prix de l’électricité et du gaz/mazout. 
Interdire la publicité de produits nuisibles au climat et à la cohésion socialeAucune mesure à ce sujet, pourtant d’importance, n’est présente dans le PACE, et aucune n’a été ajoutée dans la feuille de route.


  Une analyse sectorielle de la feuille de route climat

Mobilité

Pour réduire les émissions de GES associées à la mobilité, il convient de suivre deux principes :

  • Le principe ASI (pour Avoid-Shift-Improve) qui porte sur les leviers d’action. Ce principe indique qu’il est généralement plus efficace de mettre en place des mesures liées à la demande (Avoid) que des mesures liées au report modal (Shift), et des mesures de report modal que des mesures d’amélioration, ce qui inclue les mesures d’efficacité énergétique (Improve) ;
  • Le principe STOP (Stapper-Trapper-Openbaar vervoer-Personenwagen) qui porte sur les modes de transport. Ce dernier priorise ces modes en fonction des émissions de GES qui leur sont associées : il privilégie donc les modes actifs (marche et vélo) aux transports en commun, et les transports en commun aux véhicules personnels. Ce principe a été introduit dans la législation wallonne par le décret relatif à la politique cyclable du 24 novembre 2022

Dans la feuille de route du PACE, l’ordre des mesures proposées est totalement inverse à ces deux principes… Il faut donc espérer que cet ordre n’est pas indicatif des priorités !

De manière générale, les mesures proposées sont très loin d’être suffisantes.

Du côté des éléments positifs, soulignons tout de même le retour des bandes réservées au covoiturage. Cependant, sans incitant ni système de vérification, la mesure reste désespérément incomplète.

On peut également accueillir positivement la volonté de développer des aménagements sécurisés pour les piétons et les cyclistes, qui peuvent inciter de nombreuses personnes à utiliser davantage les modes actifs. Toutefois, pérenniser ces comportements nécessite également d’investir dans le développement de services annexes (comme la réparation de vélo) et la formation.

De même, instaurer une journée annuelle sans voiture est une mesure symbolique intéressante, mais qui s’apparente, vu l’enjeu, plus à un emplâtre sur une jambe de bois.

Du côté plus négatif, retenons que les mesures liées à l’intégration des services de transport publics n’ont pas été retenues par la priorisation. Une mesure pour « favoriser » la réduction de la vitesse maximale autorisée est conservée, mais sans un retournement de la norme (imposer moins, et autoriser des exceptions), la mesure reste plus symbolique qu’efficace.

Énergie

C’était annoncé dans la Déclaration de Politique Régionale, le cabinet va travailler à la création d’une stratégie inter-vectorielle (qui vise à objectiver et chiffrer la politique énergétique wallonne). Connecter les différents vecteurs énergétiques plutôt que les considérer séparément est un objectif louable. Mais le document laisse penser que l’entièreté de la stratégie énergétique de la Région, ou presque, est mise sur pause le temps de rédiger cette nouvelle stratégie. Le temps presse, ce n’est pas dans 3 ans que nous aurons besoin de mesures concrètes, c’est maintenant ! Par ailleurs, une précision de ce qui est considéré sous l’appellation « énergie renouvelable » serait souhaitable, pour ne pas ouvrir la porte à des dérives (comme encourager l’utilisation des biocarburants dans le chauffage par exemple).

Un point positif néanmoins est la volonté d’avancer sur les thématiques de la flexibilité et du partage d’énergie.

Chauffage/rénovation

Ici aussi, bien peu de concret et d’action rapide. En résumé : « On attend la réforme globale de l’accompagnement à la rénovation énergétique », prévue pour octobre 2026. Encore un an et demi de pause, alors que la rénovation stagne et que la vente de pompes à chaleur s’est effondrée en 2024 ? D’un autre côté, des mesures sont citées, mais visiblement sans volonté de les implémenter. La mesure liée à l’interdiction d’installer de nouvelles chaudières au mazout est par exemple citée, suivi d’un sobre « Il faut ainsi éviter que des impositions trop soudaines et brutales aient un impact disproportionné sur le pouvoir d’achat et le confort desdits ménages. Partant, la mise en œuvre des objectifs susvisés du PACE sera repensée, compensée et présentée au Gouvernement ». Nous qui pensions que cette feuille de route allait enfin éclaircir la situation, ce n’est visiblement pas pour tout de suite ! Ici également, « dispositifs renouvelables » n’est pas défini, ouvrant potentiellement la porte à des options qui ne peuvent pas être mises à l’échelle sous peine de sérieux risques environnementaux (biogaz, biocarburants,…).

Notons tout de même le grand retour en grâce des obligations de rénovation. Nous attendons avec impatience de connaitre le traitement qui leur sera réservé (obligations pour qui, à quelles échéances, etc.).

Aménagement du territoire/stop béton

La principale mesure positive reprise dans la feuille de route est “Encourager les villes à fixer des objectifs de densité dans leur schéma de développement communal” (mesure 30). Mais les schémas de développement communaux mis en place dans le cadre du schéma de développement territorial doivent intégrer bien d’autres leviers que ces objectifs de densité. Nous encourageons donc le Gouvernement à appuyer des SDC qui, de manière globale, empêchent d’accentuer l’éparpillement urbain.

Qualité de l’air

Une dimension fondamentale du PACE (son « A ») est l’enjeu de la réduction des polluants atmosphériques et l’amélioration de la qualité de l’air. Cette dimension semble être passée à la trappe pour les différents cabinets ! La mesure liée l’interdiction d’installation de nouveaux feux ouverts (un non-sens sanitaire et environnemental) n’est pas exemple pas reprise.

Ça n’avance pas !

Sans un sursaut politique fort, la Wallonie ne sera pas en mesure d’atteindre ses objectifs climatiques. Et, plus grave, la trajectoire d’émissions de la Wallonie “hors industrie” s’éloigne d’une trajectoire de décarbonation vitale pour l’avenir. Or, la nouvelle feuille de route “climat” de la Wallonie l’éloigne de ses objectifs climatiques. Nous attendons de nos décideurs des mesures fortes, mises en œuvre rapidement avec une vision de long terme.


[1]  Voir ici par exemple : https://www.canopea.be/les-reseaux-de-chaleur-quattend-donc-la-wallonie/

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