Le 26 septembre dernier, a eu lieu la journée d’étude « L’Alimentation durable, un levier indispensable pour une démarche de santé ? », une organisation de la Maison de l’Alimentation Durable (MAD) en Province de Namur, le CLPS Namur, la Ville de Namur et Canopea. Celle-ci a rassemblé près de 150 participants issus de milieux variés — soignants, acteurs santé de secondes lignes, acteurs associatifs, chercheurs, étudiants et élus.
Avec un triple objectif : 1) mieux comprendre les liens entre alimentation, santé et environnement dans une approche systémique One Health, 2) inspirer par des initiatives concrètes et 3) favoriser le dialogue intersectoriel dans une approche « one health ». Mise en bouche pour éveiller votre curiosité.
Retrouve le compte-rendu complet de la journée ici et découvrez quelques photos et moments forts de l’événement en bas de l’article ou en cliquant ici. Vous pouvez également trouver le Powerpoint présenté lors de la journée ici.
Vidéo d’atmosphère de la journée du 26 septembre. « L’Alimentation durable, un levier indispensable pour une démarche de santé ?
Partie 1 — Liens alimentation, santé, environnement & One Health
Stéphanie Scailquin, échevine de la transition écologique à Namur, a ouvert la journée en rappelant que les politiques locales peuvent transformer concrètement nos systèmes alimentaires.
Nicolas Berger (Sciensano) a dressé un état des lieux préoccupant : depuis vingt ans, les habitudes alimentaires des Belges évoluent très peu depuis 20 ans. Moins de 10 % atteignent les recommandations du Conseil supérieur de la santé ; les excès de viande rouge, de charcuterie, de boissons sucrées et d’alcool restent omniprésents. Ces déséquilibres ont des impacts considérables sur la santé, mais aussi sur l’environnement : la viande rouge, à elle seule, représente 56 % des émissions alimentaires de gaz à effet de serre. Respecter les recommandations nutritionnelles permettrait pourtant de réduire simultanément les risques de maladie et l’empreinte écologique — un double bénéfice santé-planète. Mais pourquoi change-t-on si peu ? La réponse se trouve dans nos environnements alimentaires : marketing omniprésent, concentration de fast-foods près des écoles et coût perçu d’une alimentation saine. Sciensano plaide donc pour des politiques wallonnes ambitieuses qui soutiennent les filières durables, garantissent une rémunération équitable, renforcent infrastructures et logistique, et limitent l’offre malsaine autour des lieux de vie.
Sarah De Munck et Stéphanie Richard (SSMG) ont prolongé ce diagnostic en illustrant les liens invisibles entre nos choix alimentaires, la santé et la planète, à travers deux cas emblématiques : la viande et le sucre.. La consommation excessive de viande, particulièrement transformée, accroît les risques de cancer et de maladies métaboliques, mais l’enjeu n’est pas d’éliminer l’élevage. Ainsi les prairies wallonnes (50 % des surfaces agricoles) offrent des services écologiques majeurs (biodiversité, stockage carbone) et produisent une viande de meilleure qualité nutritionnelle. L’objectif est donc de « manger moins, mais mieux », en soutenant des filières herbagères et agroécologiques. Le sucre, omniprésent et souvent caché, nourrit l’épidémie d’obésité et la dépendance aux produits ultra-transformés ; sa production intensive pèse aussi sur la biodiversité. Une politique agricole et de santé coordonnée permettrait des co-bénéfices importants.
Nicolas Antoine-Moussiaux (ULiège) a mis ces constats en perspective par le prisme One Health : les santés humaine, animale et environnementale sont interdépendantes. L’approche One Health n’est pas seulement conceptuelle : elle suppose une gouvernance transdisciplinaire et territoriale où agriculteurs, soignants, décideurs politiques, chercheurs, citoyens etc. cogèrent des décisions. Opérationnaliser cette vision suppose l’équité entre les secteurs, la parité sociopolitique et multiculturelle, la reconnaissance de la valeur de tous êtres vivants, une responsabilité vis-à-vis des l’écosystème global et des générations futures, toutes formes de connaissances modernes et traditionnelles.
Partie 2 — Projets concrets et inspirants
La deuxième moitié de la matinée a montré que cette ambition se traduit déjà en initiatives concrètes. Le Dr Benjamin Michel (PSMG) a rappelé que parler d’alimentation en consultation est possible et pertinent : partir de l’assiette du patient, employer un langage simple, reconnaître les déterminants sociaux et utiliser des outils visuels (pyramide, épi, assiette idéale) permettent d’intégrer durablement la prévention nutritionnelle dans la pratique clinique. Des aides financières (remboursement de suivi diététique pour les jeunes depuis 2023, soutiens mutuels) facilitent l’accès aux soins nutritionnels. Ainsi, l’action clinique rejoint l’action publique et environnementale : One Health à l’échelle du soin.
Jonathan Peuch (FIAN) a présenté la Sécurité sociale de l’alimentation (SSA), proposition structurante pour rendre effectif le droit à l’alimentation. La SSA repose sur trois piliers : solidarité financée proportionnellement aux revenus ; redistribution universelle (carte alimentaire ≈150 €/mois utilisable dans des circuits durables) ; et conventionnement démocratique des produits (durabilité, prix juste, circuits courts, exclusion des ultra-transformés).
Le projet pilote “CLASS” à Schaerbeek, lancé en 2025, concrétise cette vision en associant cotisation collective, gouvernance citoyenne et soutien à l’économie locale. L’objectif : bâtir une démocratie alimentaire, réduire les inégalités et redonner du pouvoir d’agir aux citoyens.
Adrien Dufour (Clinique Saint-Luc) a partagé le succès du Spring Food Festival, un événement qui a montré qu’un établissement de santé peut mobiliser son territoire pour promouvoir une alimentation saine, solidaire et accessible : partenariats locaux, ateliers pratiques, inclusion et forte visibilité médiatique ont permis d’ancrer l’action dans le territoire.
Enfin Stéphanie Devaux (Maison médicale L’Espace-Temps) et Yseult Bellot (VRAC Charleroi) ont présenté un partenariat local alliant santé, convivialité et durabilité. Ensemble, ils ont mené des actions concrètes — repas collectifs, jardins partagés, ateliers zéro déchet — tout en renforçant les liens entre professionnels, citoyens et réseau associatif. Leurs initiatives montrent qu’une approche communautaire, ancrée localement, peut transformer l’alimentation en un puissant vecteur de santé, de cohésion et d’émancipation.
L’après-midi 4 ateliers en parallèle ont permis un approfondissement les différents projets et une appropriation par les participants.
La journée s’est clôturée par l’intervention de Geneviève Lazaron ,députée Wallonne et représentante du Ministre wallon de la Santé, de l’Environnement des Solidarités, de l’Economie sociale. Celle-ci nous a partagé quelques perspectives pour la Wallonie en matière d’alimentation durable.
Pour conclure,La journée a montré qu’agir pour transformer les systèmes alimentaires, c’est agir simultanément sur la santé publique, la justice sociale, la préservation de l’environnement et la démocratie. Le concept One Health fournit le cadre pour relier ces dimensions en une approche intégrée et équilibrée pour une santé des personnes, des animaux et des écosystèmes. Il appelle à une gouvernance partagée, des politiques multisectorielles qui transforment les environnements alimentaires, soutiennent les filières durables pour rendre l’alimentation saine accessible à toutes et tous. Les initiatives présentées — du suivi en consultation à la SSA, du festival hospitalier aux actions communautaires — illustrent des pistes concrètes pour traduire cette vision en politiques et pratiques durables.
Le compte-rendu complet et les présentations du matin se trouvent ici ⤵️
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Crédit image illustration : Adobe Stock
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