En Wallonie aussi, il faut protéger l’eau et dépasser le statu quo

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Ce dimanche 22 mars, c’est la Journée mondiale de l’eau. L’occasion de rappeler l’impérieuse nécessité de protéger cette ressource vitale pour notre santé et celle de nos écosystèmes.

Une Opinion parue sur le site de La Libre le 22/06/2026. Virginie Pissoort (Nature & Progrès) de David Olivier (Canopea) et de Gaëtan Seny (Natagora).

L’eau abondante et de qualité est encore souvent considérée comme une évidence dans nos contrées. On tend à oublier à quel point elle est un bien précieux et sensible. Les scandales liés à la pollution de l’eau aux PFAS ont mis sous le feu des projecteurs la problématique de la pollution localisée de nos ressources en eau par l’industrie… mais l’eau est aussi l’objet d’une pollution diffuse, continue et rampante, entre autres du fait de l’utilisation encore prédominante des pesticides de synthèse.

En Wallonie, plus d’un tiers des masses d’eau souterraine sont en mauvais état chimique à cause de pollutions d’origine agricole : pesticides et nitrates. Dans ces mêmes masses d’eau, de récents monitorings sur le TFA – un PFAS extrêmement mobile issu notamment de la dégradation de certains pesticides – révèlent des taux préoccupants et une tendance à l’augmentation.

La pollution chimique de nos ressources en eau est omniprésente. Bien documentée, et devenue structurelle, elle n’est pas maîtrisée.

Or, notre eau potable provient à 80 % de ces nappes souterraines qui se dégradent. À coups de filtres à charbon et de dilution, les agences de distribution de l’eau parviennent à délivrer une eau de consommation dont les concentrations en polluants respectent les seuils de potabilité. Mais ces solutions, en plus de provoquer la hausse de la facture d’eau pour les consommateurs pourraient ne plus suffire. Le TFA, par exemple, ne peut être filtré à ce jour, qu’avec le mécanisme extrêmement onéreux de l’osmose inverse.

Devons-nous être préoccupés ? Certes, oui ! Mais, la bonne nouvelle, c’est qu’il y a des leviers d’action… ! Il y en a surtout un : l’arrêt de la pollution en amont.

Parce que le paradoxe est le suivant : autour des captages d’eau potable, dans les zones mêmes qui alimentent nos robinets, il n’y a aujourd’hui aucune restriction à l’utilisation de pesticides chimiques. La seule zone d’interdiction de ces produits est un périmètre de 10 mètres sur 10 autour du point de captage. Une réglementation historique devenue, dans la configuration actuelle, indéfendable.

Face à ce constat, depuis des années, les organisations de la société civile tirent la sonnette d’alarme. Les riverains et les médias ne sont pas en reste. En avril 2025, la Cour des comptes, elle-même, a rendu un verdict sans appel : la politique wallonne en matière de réduction des pesticides souffre de lacunes majeures. Des dizaines de millions d’euros ont été investis dans des programmes volontaires et de sensibilisation des agriculteurs, sans apporter toutefois les réponses efficaces escomptées.

La Société Publique de Gestion de l’Eau (SPGE), dans un avis écrit remis en juillet 2025, dans le cadre d’un cycle d’auditions sur les pesticides au Parlement wallon, préconisait une interdiction de pulvérisation sur des zones bien plus étendues que celles actuellement protégées.

Réduire la pollution à la source, c’est minimiser les risques pour la santé et l’environnement tout en faisant des économies financières. On estime que les coûts de dépollution de l’eau sont 2 à 5 fois plus élevés que les coûts de la prévention, incluant l’accompagnement des agriculteurs vers des pratiques agricoles sans intrants chimiques. Sur le plan agronomique, les alternatives existent.

Face aux constats graves et aux solutions possibles, on ne trouve aujourd’hui plus personne pour défendre publiquement le statu quo, du côté des politiques comme des syndicats agricoles.

Pourtant, en ce 22 mars 2026, premier jour du printemps qui marque le début des pulvérisations, malgré les annonces des ministres et après bientôt deux ans de mandat, le Gouvernement wallon n’a encore pris aucune mesure pour protéger les captages d’eau. Pire, la proposition d’interdiction des pesticides dans les zones de prévention de captage d’eau déposée sur la table de la Commission santé du Parlement wallon par l’opposition a été rejetée la semaine dernière par les parlementaires de la majorité.

Il est pourtant temps de se tenir à un cap et donner un signal clair aux agriculteurs et à la société.

Nous attendons de la Wallonie qu’elle signifie, sans ambiguïté, qu’elle est prête à prendre toutes les mesures contraignantes et d’accompagnement pour mettre un frein à la pollution de nos ressources en eau. Nous avons cette chance de ne pas manquer d’eau, nous n’avons pas le luxe de continuer à la déprécier.

Ce n’est pas de l’idéologie — c’est du bon sens, et il y a urgence.