L’humain est sans doute l’espèce qui modifie le plus fortement les écosystèmes, et ce bien avant l’invention de l’agriculture. Dès la dernière période interglaciaire (il y a 125 000 à 116 000 ans), l’Homme de Néandertal, puis Homo sapiens au début de l’Holocène (Mésolithique), ont influencé la végétation autour de leurs campements. Les feux allumés, probablement pour faciliter la chasse, conjugués aux phénomènes naturels et à l’action des grands herbivores, créaient une mosaïque de clairières au sein des massifs forestiers.
En Belgique, la grotte de Scladina à Sclayn (Andenne) en témoigne : l’analyse des ossements d’herbivores, d’ours des cavernes et de néandertaliens, ainsi que l’étude des pollens, révèle un environnement fait de forêts denses (orme, frêne, chêne, charme) ponctuées d’ouvertures et de steppes.
Les premières transformations vraiment significatives surviennent au Néolithique, vers 5300 av. J.-C., avec l’arrivée des Rubanés. Ces premiers agriculteurs-éleveurs, venus de l’est, s’installent sur les sols limoneux fertiles de la Hesbaye, le long du Geer et de la Petite Gette, ainsi que dans le Hainaut. Ils entreprennent les premiers défrichements pour cultiver, élever et bâtir. La forêt, alors fermée et dominée par les chênes, frênes, tilleuls, ormes et noisetiers, s’ouvre peu à peu. Entre les habitats, lisières, haies vives et arbustes se développent, fournissant pommes sauvages, noisettes (très abondantes) et baies de sureau, mets de choix retrouvés sur de nombreux sites archéologiques.
La Hesbaye devient ainsi l’une des régions belges déboisées le plus précocement : la déforestation s’accélère à l’Âge du Bronze, et un paysage largement ouvert est attesté dès l’époque carolingienne (VIIIᵉ-IXᵉ siècle).
Sur le plateau des Hautes-Fagnes, aux conditions bien plus rudes, il faut attendre le XIIᵉ siècle pour observer de tels changements. Le paysage, jusque-là dominé par les hêtraies et de vastes tourbières, se transforme sous l’effet du pâturage itinérant et de multiples pratiques agro-pastorales : fauche, récolte de callune pour la litière, coupe de bois, écobuage, essartage. Affaiblie, la forêt cède la place à des milieux ouverts.
Sur les sols acides ardennais s’installent alors les landes et les nardaies, des pelouses pauvres dominées par le nard raide (Nardus stricta), une graminée résistante au pâturage. Ces formations constituent en réalité un faciès de dégradation des anciennes forêts atlantiques. En 1810, le botaniste Candolle décrivait déjà les Hautes-Fagnes comme un « désert » de bruyères parsemé de quelques hêtres, bouleaux et genévriers.
Ailleurs en Wallonie, les plaines alluviales de la Sambre, de la Meuse et de l’Escaut abritaient des prairies de fauche inondables, disparues après les endiguements du XIXᵉ siècle.
Aujourd’hui, ces pratiques agro-pastorales ont quasiment disparu, et les habitats semi-naturels qu’elles ont façonnés se réduisent à peau de chagrin. Ce sont précisément ces milieux, riches d’une biodiversité unique, que l’on cherche à restaurer et préserver.
🤝 Sur le terrain, nos associations membres agissent concrètement pour préserver ces milieux, comme Natagora, qui protège les milieux ouverts et les espèces qui en dépendent, ou encore Faune & Biotopes, qui œuvre à concilier pratiques de chasse et préservation de la biodiversité.
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