Épisode 2 – L’Homme, créateur de milieux riches en biodiversité

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Nos prairies, landes et pelouses ne sont pas de simples espaces « naturels » : elles sont le fruit de siècles d’activités humaines — pâturage, fauche, culture. On les appelle milieux semi-naturels, et elles abritent une richesse biologique étonnante. En Wallonie, les pelouses et landes ne couvrent plus que de toutes petites surfaces, mais elles hébergent tout de même 30% des plantes supérieures de la région. Plus de la moitié de ces espèces sont rares ou menacées, et certaines, comme la Violette calaminaire, ne poussent nulle part ailleurs.

Comment expliquer cette richesse ?

L’agriculture a créé des conditions particulières : des sols pauvres en nutriments, des perturbations régulières (labours, piétinement du bétail, fauche), et une grande variété de microhabitats. Les plantes qui prospèrent dans ces milieux ont développé des stratégies d’adaptation remarquables : graines capables de rester dormantes des dizaines d’années, croissance rapide dès que le sol est remué, port rampant pour éviter d’être broutées, ou défenses chimiques contre les herbivores.

L’exemple le plus frappant est celui des messicoles — ces plantes compagnes des champs cultivés dont le cycle de vie est calé sur celui des cultures. Le Brome épais, rarissime, ne peut même pas se ressemer seul : il doit être récolté et semé avec l’épeautre chaque année. L’amélioration des techniques de tri des grains l’a fait presque disparaître.

À l’inverse, quand les sols sont trop riches en azote — ce qu’aggrave l’agriculture intensive —, quelques espèces très compétitives monopolisent toutes les ressources et font disparaître les autres. C’est ce qu’on appelle la banalisation des milieux.

Ces paysages sont aussi le reflet de l’histoire humaine. En Europe, la richesse actuelle des prairies est souvent liée à une présence humaine continue depuis l’Âge de Fer, voire plus tôt. Des plantes venues du bassin méditerranéen accompagnaient déjà les premiers agriculteurs du Néolithique — le bleuet, le coquelicot — et d’autres ont été introduites involontairement lors des guerres mondiales, comme la Bermudienne amenée par les soldats américains en Ardenne.

Certaines pratiques agropastorales sont aujourd’hui reconnues comme patrimoine culturel, tel l’abissage en Haute-Ardenne : un système d’irrigation gravitaire médiéval qui permettait de réchauffer les prairies au printemps et d’y faire prospérer des plantes de montagne comme l’Arnica.

Mais ces milieux sont aujourd’hui en grave danger : ils ont perdu plus de 95% de leurs surfaces en quelques décennies. Protéger ces espaces, c’est préserver à la fois un patrimoine naturel exceptionnel et une mémoire vivante de nos liens ancestraux avec la terre.


🤝 Derrière ces milieux, il y a des acteurs engagés : les associations membres de Canopea agissent chaque jour pour préserver le vivant.

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