Épisode 4 – De la contemplation à la protection : naissance d’un mouvement

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À la fin du XIXᵉ siècle, la Belgique est la deuxième puissance industrielle mondiale, juste derrière le Royaume-Uni. Mais ce succès a un revers : les paysages, notamment le long du sillon Sambre-et-Meuse, sont défigurés par les charbonnages, la sidérurgie et le textile. Le botaniste Jean Massart résume le drame d’une formule : « les usines de zinc sèment la mort autour d’elles ». C’est ce sentiment d’urgence, face à la beauté qui disparaît, qui va éveiller les premiers défenseurs de la nature. Massart l’observe lucidement : « l’homme ne s’attache qu’à ce qu’il est menacé de perdre ».

Au même moment, deux mondes redécouvrent la nature. D’abord le tourisme bourgeois, encouragé par des guides régionaux et le Touring-club de Belgique, qui invitent à « connaître et aimer notre Petite Patrie ». Ensuite les artistes : les peintres quittent leurs ateliers pour travailler en plein air, faisant de la nature non plus un décor, mais le sujet central. En France, l’école de Barbizon obtient en 1861 la protection de 1000 hectares de la forêt de Fontainebleau — le tout premier espace naturel protégé au monde. La nature cesse d’être vue comme simplement « utile » pour devenir un bien commun. En Belgique, ce courant inspire de nombreuses « écoles » de paysagistes, de la Campine à l’Ardenne, et les paysages deviennent peu à peu un véritable patrimoine national.

À ces amoureux du beau s’ajoutent les scientifiques. Botanistes et zoologistes constatent que ces sites abritent une faune et une flore rares. Dès le début du XIXᵉ siècle, la botaniste Marie-Anne Libert révèle les richesses des Hautes-Fagnes. En 1901, 300 hectares y sont soustraits au drainage ; en 1912, Jean Massart publie le premier véritable programme de conservation de la nature en Belgique, avec un inventaire des plus beaux sites à protéger.

Mais le chemin est long. Malgré ces plaidoyers et la création des premières associations (à commencer par « Les Amis de la Forêt de Soignes »), l’agriculture intensive, les plantations de résineux et l’urbanisation poursuivent leur emprise. Il faut attendre 1942 pour voir naître la première réserve naturelle, à Torgny. L’élan s’amplifie après 1950 : en 1957, les Hautes-Fagnes deviennent la première réserve naturelle domaniale de Wallonie, avec plus de 4000 hectares protégés — elle reste aujourd’hui la plus vaste zone sous protection stricte de la région.

Et aujourd’hui ?

À peine 1,2 % du territoire wallon est classé en réserve naturelle. La Wallonie vise 5 % d’ici 2030. Car les réserves, si elles font remonter certaines populations d’oiseaux (+14 % à l’intérieur, contre −7 % à l’extérieur), ne suffisent pas à elles seules à enrayer le déclin de la biodiversité.


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