Épisode 5 – Protéger ne suffit pas : restaurer une nature sous pression

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On a longtemps cru qu’une simple protection légale suffisait : interdire l’accès, laisser la nature reprendre ses droits. L’expérience des Hautes-Fagnes a montré les limites de cette approche. Sans pâturage ni gestion, les tourbières drainées pour les plantations d’épicéas ont été envahies par la molinie, une graminée résistante et envahissante. La tourbe asséchée, même remise sous eau, ne retrouve jamais tout à fait sa structure d’origine.

Molinia caerulea (L.) MoenchSource

Restaurer, c’est intervenir

La restauration écologique s’impose donc comme une nécessité. Elle se définit comme l’altération intentionnelle d’un site pour y rétablir un écosystème naturel fonctionnel. Selon l’état de dégradation, les techniques varient : restauration passive lorsque le milieu est encore peu altéré — il suffit d’arrêter les pratiques destructrices — ou active quand les dégâts sont plus profonds. On recourt alors au pâturage extensif par des races rustiques, à la fauche adaptée, voire au feu contrôlé dans certains cas.

Dans les Hautes-Fagnes, les grands chantiers commencent en 1994 et s’intensifient après 2007 grâce aux financements européens. On décape la couche superficielle pour éliminer la molinie et la tourbe minéralisée, on rebouche les drains et on construit des digues pour rennoyer les zones asséchées. Les pelouses sèches calcaires, envahies par les broussailles, sont rouvertes par fauche ou pâturage, en adaptant les périodes aux besoins de la flore et des insectes.

Des résultats réels, mais des limites inévitables

Ces efforts portent leurs fruits, avec le retour d’espèces rares dans des sites autrefois dégradés. Pourtant, on parvient rarement à reconstituer exactement la végétation d’origine. Les apports d’azote liés à l’agriculture intensive et à la combustion des énergies fossiles, combinés au changement climatique et à la fragmentation des habitats, favorisent les espèces généralistes au détriment des plus spécialisées. Le projet LIFE « Prairies bocagères » de Natagora l’illustre bien : les prairies restaurées restent plus riches en graminées hautes et compétitives que les prairies de référence historique.

On parle alors d’« écosystèmes nouveaux », différents des habitats d’origine mais précieux pour accueillir des espèces rares adaptées aux milieux pauvres en nutriments.

Des réserves indispensables

Dans un pays aussi urbanisé et fragmenté que la Belgique, les réserves naturelles constituent les derniers refuges pour une biodiversité menacée. Sans la gestion fine et récurrente qu’y pratiquent l’administration wallonne (DNF, DEMNA) et les associations comme Natagora ou Ardenne & Gaume, de nombreuses espèces disparaîtraient purement et simplement de nos paysages.


🌱 Patrimoine Nature œuvre à redonner vie aux milieux fragilisés des Hautes-Fagnes, en restaurant patiemment des écosystèmes façonnés autant par l’histoire humaine que par la nature.

🤝 Sur le terrain, les associations membres de Canopea agissent chaque jour pour préserver le vivant.


Prendre soin du Vivant, de la Nature, de la Biodiversité, c’est essentiel.

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