Le réensauvagement — ou rewilding — est une approche radicalement différente de la restauration écologique classique. Il ne s’agit plus de maintenir un habitat dans un état figé, mais de restaurer la fonctionnalité d’un écosystème et de lui rendre son autonomie, sur de grandes superficies. L’écosystème qui en résulte n’est pas une copie d’un état historique de référence : c’est un milieu vivant, imprévisible, adapté aux conditions d’aujourd’hui. On parle d’habitats « féraux ».
Trois grands processus structurent cette approche : la complexité des réseaux alimentaires, la circulation des espèces entre espaces naturels, et le libre jeu des perturbations naturelles (tempêtes, feux, crues). Le rewilding peut être passif — on laisse évoluer sans intervenir — ou actif, avec des travaux initiaux importants, après quoi la nature reprend le dessus.
Les forêts oubliées
En Europe, moins de 3% des forêts sont de vraies vieilles forêts, à haute complexité structurelle et riches en bois mort. Ces milieux sont pourtant des refuges irremplaçables pour des centaines d’espèces liées au bois mort ou aux microclimats forestiers. En Wallonie, le Parc National de l’Entre-Sambre-et-Meuse protège 1 800 hectares de forêts en libre évolution. L’opinion publique, selon une étude de Forêt et Naturalité, soutient largement le développement de ces espaces et réclame la création d’une grande réserve intégrale de 5 000 hectares.
Libérer nos rivières
Les cours d’eau sont au cœur du rewilding : la biodiversité aquatique européenne a chuté de plus de 80%, et les poissons migrateurs de 55%. En Wallonie, la levée des obstacles à la migration des poissons est en cours depuis les années 1990 dans le bassin de la Meuse. Sur près de 4 800 obstacles inventoriés, plus de la moitié bloquent encore la libre circulation. Des projets de reméandration — comme le LIFE+ Walphy ou les travaux sur l’Eau Blanche — restituent aux rivières leurs méandres naturels, réduisant aussi les risques d’inondation. Le Plan Sigma en Flandre, lui, dédiera d’ici 2030 plus de 2 500 hectares le long de l’Escaut à la nature et à l’expansion des crues.
Les friches, joyaux cachés
La nature spontanée surgit aussi là où on ne l’attend pas : dans les friches industrielles. En Wallonie, plus de 4 000 hectares de friches sont recensés, principalement autour de Liège, Charleroi et Mons. Le projet FrichNat y a dénombré 3 400 espèces différentes, dont des espèces protégées comparables à celles des sites Natura 2000. Pourtant, 55% de ces surfaces sont aujourd’hui destinées à l’urbanisation — menaçant des refuges précieux pour la biodiversité, mais aussi des espaces verts essentiels pour les habitants et la lutte contre les îlots de chaleur.
🌳 Forêt et Naturalité milite pour laisser davantage de forêts évoluer librement en Wallonie, afin de redonner toute sa place aux dynamiques naturelles.
🤝 Sur le terrain, les associations membres de Canopea agissent chaque jour pour préserver le vivant.
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Crédit image illustration : Unsplash
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