Épisode 8 – Quand la gestion collective redéfinit notre rapport à la nature

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On a vu dans les premiers épisodes comment les terres incultes — landes, pâturages, tourbières — ont progressivement disparu de Belgique sous la pression des mutations économiques et politiques. Mais cette disparition a eu une autre conséquence, moins visible et pourtant profonde : elle a abîmé notre relation à la nature.

Pour le comprendre, faisons un détour par la Transylvanie, en Roumanie, où des systèmes de gestion collective des terres — certains remontant au 13e siècle — ont survécu jusqu’à aujourd’hui. Dans ces communautés, pâturages et forêts appartiennent à tous, gérés selon des règles acceptées par l’ensemble du village. Le berger mène chaque jour le troupeau commun. Les bénéfices tirés des ressources naturelles profitent à la collectivité. Une règle fondamentale : l’intérêt commun prime sur le profit individuel.

Un même scénario, un siècle de décalage

Le parallèle avec notre histoire est frappant. Comme en Belgique autrefois, la Transylvanie subit aujourd’hui des pressions similaires : privatisation progressive des terres, intensification agricole, concentration du cheptel dans de grandes exploitations souvent détenues par des acteurs extérieurs aux communautés. L’entrée dans l’UE en 2007 a accéléré ce basculement, les agriculteurs optimisant leurs pratiques pour maximiser les subsides européens plutôt que pour nourrir la communauté locale.

Résultat : les systèmes de gouvernance collective s’affaiblissent, et avec eux, la cohésion des communautés rurales. Et la connexion des habitants à leur environnement naturel s’effrite.

Cinq dimensions d’une connexion qui s’étiole

Une étude menée en Transylvanie révèle que cette déconnexion suit un schéma précis. La première dimension touchée est matérielle : de moins en moins de personnes vivent directement de la terre. S’ensuit un recul de la dimension expérientielle — moins de temps passé dans la nature, même chez les enfants. Puis les connaissances écologiques traditionnelles s’érodent : dans certaines communautés des Carpates, les habitants peuvent encore nommer 115 espèces sauvages. Ces savoirs, transmis de génération en génération, créent un sentiment d’appartenance au paysage et une responsabilité envers lui. Quand cette transmission se rompt, c’est tout un lien émotionnel et identitaire qui disparaît.

Au-delà des « services écosystémiques »

Ce constat remet en question notre façon habituelle de justifier la protection de la nature — soit pour les ressources qu’elle procure, soit pour sa valeur propre. Il existe une troisième voie : les valeurs relationnelles, qui reconnaissent que l’humain ne s’oppose pas à la nature, mais en fait partie. Ce que nous valorisons dans notre rapport à la nature, c’est aussi ce que nous partageons avec les autres à travers elle : responsabilité, identité culturelle, sentiment d’enracinement.

Ces valeurs s’érodent partout où l’industrie, l’urbanisation et la concentration du pouvoir économique simplifient les paysages et excluent les habitants de leur gestion. La perte de biodiversité et la fracture entre humains et nature ne sont pas deux problèmes séparés : ils sont les deux faces d’une même réalité.


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