Selon le rapport de l’association Règles Élémentaires (2026), chaque personne menstruée utilise entre 5 000 et 15 000 produits menstruels au cours de sa vie. Cela représente une exposition prolongée, sur plusieurs décennies, dans une zone du corps particulièrement perméable et vascularisée (Srikrishna et al., 2013).
Entre la ménarche et la ménopause, l’utilisation cumulée de ces produits correspond à environ 1 800 jours, soit près de 5 ans d’exposition (Marroquin et al., 2024). Or, les tissus vaginaux et vulvaires absorbent directement les substances chimiques qui ne sont pas dégradées préalablement puisqu’il n’y a pas de passage par le foie (métabolisme de premier passage), ce qui peut entraîner une exposition directe et accrue (Farage et al., 2004).
Une exposition chimique inquiétante
Depuis une vingtaine d’années, plusieurs études, dont la première évaluation à grande échelle en Europe menée par l’ANSES en 2019, ont mis en évidence la présence de substances chimiques dans les produits menstruels, notamment :
- les pesticides
- les métaux lourds
- les dioxines
- les PFAS
- les phtalates
- les composés organiques volatils (COV)
Ces substances peuvent provenir soit des matières premières dont sont composés les produits menstruels, soit des procédés de fabrication qui impliquent l’utilisation de substances pour certains traitements (ex. le blanchiment) ou des additifs (ex. les parfums, les agents antimicrobiens, les adhésifs) (Règles Elémentaires, 2026, p. 5).
Certaines substances sont déjà reconnues comme dangereuses individuellement, étant cancérogènes, toxiques pour la reproduction ou suspectées d’êtres des perturbateurs endocriniens, comme le montre la figure 1 ci-dessous :

Cependant, le principal problème réside dans leur combinaison, dont les impacts restent largement sous-estimés, ce que l’on nomme « effet cocktail » (Règles Elémentaires, 2026, p. 4). Malgré ces impacts, les connaissances scientifiques sur les effets à long terme restent encore limitées.
Un angle mort de la réglementation européenne
À l’échelle européenne, les produits menstruels ne font pas l’objet d’une réglementation spécifique encadrant leur composition, leur fabrication ou leur utilisation (ANSES, 2019). Ils ne sont classés ni comme dispositifs médicaux ni comme produits cosmétiques, et relèvent donc d’un cadre général qui ne prend pas en compte leurs caractéristiques particulières d’usage (Règles Élémentaires, 2026, p. 7).
Ce vide réglementaire constitue un « angle mort » du droit européen des substances chimiques, dans la mesure où il ne considère ni l’exposition chronique des muqueuses, ni l’usage répété sur le long terme, ni les effets combinés des substances (Règles Élémentaires, 2026, p. 7).
Un enjeu environnemental majeur
Comme l’illustre le rapport de Règles Elémentaires, au-delà des risques sanitaires, les produits menstruels jetables posent un problème environnemental important :
- jusqu’à 90 % de plastique dans certains produits
- environ 150 kg de déchets par personne sur une vie
Ces produits contribuent à la pollution plastique dans les milieux marins (UNEP, 2021). Par ailleurs, certaines substances chimiques persistantes, telles que les PFAS, peuvent rester dans l’environnement pendant de longues périodes, accentuant leur impact sur l’environnement (Règles Élémentaires, 2026, p. 5).
Tabous sociaux et manque de transparence
La question des menstruations demeure marquée par des tabous persistants, qui limitent la visibilité des enjeux sanitaires et environnementaux. Comme le souligne WECF France (2025), ces tabous contribuent à un manque d’information et à une faible prise en compte des risques associés dans le débat public.
Par ailleurs, les fabricants ne sont pas tenus de divulguer l’ensemble des substances utilisées dans leurs produits, ce qui limite la transparence et la capacité des consommateurs à effectuer des choix éclairés.
Un changement d’attitude sociale et culturelle vis-à-vis de nos règles pourrait avoir un impact majeur tant sur notre propre santé que sur nos montagnes de déchets, et faciliter l’adoption d’alternatives plus sûres et durables, comme les protections réutilisables et les produits sans parfum ni additifs.
Recommandations et bonnes pratiques
Le mini guide menstruel de WECF France (2025) émet les conseils d’usages suivants (voir figure 2) :
- Adapter la protection au flux menstruel (avec un pouvoir absorbant adapté au flux menstruel)
- Limiter l’usage des protections internes (notamment la nuit)
- Respecter les durées d’utilisation recommandées
- Maintenir une hygiène rigoureuse (ex. le lavage des mains et le nettoyage des produits réutilisables)
- Préférer les protections mentionnant un de ces labels :


Limites des labels
Les labels existants portent surtout sur l’impact environnemental et non sur la toxicité à long terme du produit. En pratique, ces labels portent principalement sur les dimensions environnementales du cycle de vie des produits, telles que l’utilisation des ressources, la production de déchets, la biodégradabilité, l’impact climatique ou encore la circularité, plutôt que sur les enjeux de toxicologie chronique et de santé reproductive. Par ailleurs, leur adoption demeure volontaire : seules les entreprises qui choisissent de demander la labellisation sont tenues d’en respecter les critères (Règles Elémentaires, 2026, p. 8).
Vers une meilleure réglementation européenne
Face aux limites du cadre actuel, plusieurs recommandations émises par l’association Règles Élémentaires sont mises en avant à un niveau européen et national. Ces recommandations s’articulent autour de cinq axes principaux (p.10) :
1. Santé et sécurité
- Mettre en place un cadre réglementaire européen strict pour les produits menstruels, incluant leur intégration dans le règlement européen REACH (concernant l’enregistrement, l’évaluation, l’autorisation et la restriction des substances chimiques)
- Rendre obligatoires les tests toxicologiques
- Interdire les substances dangereuses et imposer des limites sur les résidus (ex. les pesticides)
- Appliquer le principe de précaution
- Augmenter la responsabilité des fabricants
- Élaborer des méthodes d’évaluation des risques adaptées à l’usage intime
2. Transparence et droit des consommateurs
- Garantir une information claire via un étiquetage harmonisé au niveau européen
- Réaliser une base de données publique sur la composition des produits
- Introduire la transparence sur toute la chaîne d’approvisionnement
- Lutter contre les pratiques marketing trompeuses
3. Environnement et circularité
- Intégrer les produits menstruels dans l’économie circulaire en renforçant la responsabilité des producteurs
- Encourager les alternatives durables et l’écoconception
- Réduire les plastiques et microplastiques
- Mieux encadrer les produits réutilisables et promouvoir des solutions zéro déchet
4. Gouvernance, participation et droits humains
- Reconnaître la santé menstruelle comme un droit humain fondamental
- Assurer une participation politique inclusive
- Développer une stratégie européenne dédiée à ces enjeux.
5. Recherche, innovation et connaissance
- Renforcer la recherche européenne sur la sécurité des produits menstruels, notamment via des études toxicologiques, épidémiologiques et interdisciplinaires
- Encourager le partage de données et la formation des acteurs concernés
Conclusion
Les produits menstruels ont été utilisés pendant des décennies par une grande partie de la population, mais restent insuffisamment encadrés. Il apparaît nécessaire d’inverser cette tendance en renforçant la diffusion d’informations fiables à destination des personnes menstruées, tout en encourageant l’adoption d’alternatives plus durables, plus sûres et économiquement accessibles. Par ailleurs, une plus grande transparence ainsi qu’un approfondissement des connaissances relatives aux menstruations sont indispensables, en mettant notamment en lumière les impacts environnementaux et les inégalités associées aux produits et pratiques menstruels courants.
Une réforme ambitieuse apparaît aujourd’hui indispensable pour garantir la sécurité des personnes menstruées et réduire l’impact environnemental de ces produits essentiels. Comme le souligne la conclusion du rapport de Règles Elémentaires (2026) :
« La santé menstruelle n’est pas une question marginale. Elle concerne la moitié de la population, pendant des décennies de leur vie. La science existe. Les solutions existent. Ce qui manque, c’est la volonté politique. » (p.11)
Pour lire le rapport dans son intégralité : Mieux règlementer les produits menstruels : pourquoi est-ce si important ? Règles Élémentaires, 2026.
Références
- Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail. (2019). Sécurité des produits de protection intime. https://www.anses.fr/fr/system/files?file=CONSO2016SA0108Ra.pdf
- Farage M, Maibach HI. The vulvar epithelium differs from the skin: implications for cutaneous testing to address topical vulvar exposures. Contact Dermatitis. 2004; 51(4): 201–209.
- J. Marroquin, M.-A. Kiomourtzoglou, A. Scranton, & A. Z. Pollack (2024). Chemicals in menstrual products: A systematic review. BJOG, 131, 655–664. https://doi.org/10.1111/1471-0528.17668
- Mieux règlementer les produits menstruels : pourquoi est-ce si important ? Règles Élémentaires, 2026.
- Srikrishna S, Cardozo L. The vagina as a route for drug delivery: a review. Int Urogynecol J. 2013; 24(4): 537–543.
- United Nations Environmental Programme. (2021). Single-use menstrual products and their alternatives. Life Cycle Assessments. https://www.lifecycleinitiative.org/wp-content/uploads/2021/07/UNEP-LCI-Single-use-vs-reusable-Menstrual-Products-Meta-study.pdf
- WECF France. Mini guide menstruel, 2025. https://wecf-france.org/wp-content/uploads/2025/12/Mini-guide-menstruel-2025-V6.pdf
Crédit image illustration : Adobe Stock
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