Nicolas Detiffe a collaboré à la préparation du Décodage de Tubize, organisé par Canopea en juin 2025. Ingénieur industriel en agronomie, avec une orientation tournée vers l’agriculture des régions chaudes, il a aujourd’hui la charge du projet LIFE Belini, pour la partie wallonne du parcours de la Senne.
Echelle Humaine : Peux-tu nous expliquer comment tu en es arrivé à la biodiversité dans ton parcours professionnel ?
Nicolas Detiffe : J’ai passé quelques mois en Afrique, tout d’abord pour mon stage de fin d’étude et, peu après, comme stagiaire au sein d’une entreprise qui remettait en état une plantation de palmier à huile en RDC. La RDC importe l’huile de palme pour plusieurs usages, notamment culinaire. Je suis revenu en Belgique pour travailler dans le domaine de l’agroalimentaire (chocolat – crème glacée). J’ai, par la suite, suivi plusieurs formations, dans l’environnement notamment, afin de diversifier mes horizons.
En 2018, s’est ouvert un poste à la Direction des Cours d’Eau Non-Navigables du Service Public de Wallonie, pour réaliser des inventaires, faire des propositions et assurer un suivi concernant la biodiversité des zones faisant l’objet d’aménagements dans le cadre du LIFE Belini. Ce projet LIFE s’occupe principalement, sur sa partie wallonne, de mettre en place des Zones d’Immersion Temporaire sur le territoire du bassin de la Senne. Avec pour objectifs complémentaires, une préservation de la biodiversité, l’amélioration de la qualité hydromorphologique des cours d’eau et un développement des services écosystémiques.
Est-ce que tu peux nous raconter ton souvenir le plus ancien, lié à la biodiversité ?
Je n’en ai pas qu’un seul, bien heureusement. Mais ceux qui m’ont sans doute le plus marqué sont liés aux vacances fréquemment passées en Bretagne. Entre recherche de crabes verts, étrilles, crevettes roses, émerveillement autour de coquillages divers et variés, rencontre douloureuse avec des vives, observations d’oiseaux marins, et j’en passe… plein de moments rares et de souvenirs ancrés qui continuent de me réjouir à chaque fois que j’y retourne.
Un endroit riche en biodiversité où tu voudrais aller, ou aller plus souvent ?
Outre certaines destinations phares et hotspots de biodiversité (Costa Rica, Nouvelle-Zélande notamment), qui sont malheureusement bien souvent des destinations lointaines, j’aimerais continuer à découvrir ce que nous offre notre belle Belgique. Sinon, je ne manque pas de parcourir les espaces naturels sensibles au gré des mes pérégrinations françaises…

Le gadget dont tu ne peux pas te passer, pour observer la biodiversité ?
J’utilise bien souvent un trio d’outils : une loupe pour l’observation des plantes et insectes, une paire de jumelles ou une longue-vue pour les animaux (tels que les oiseaux, mammifères et parfois des insectes) et un appareil photo pour faciliter l’identification si jamais des doutes subsistaient.
Une évolution dans la perception, l’usage et la gestion des espaces naturels que tu estimes positive ?
Sous la précédente législature, beaucoup d’efforts, à travers diverses mesures et subsides, ont été faits pour tenter de préserver les milieux naturels sensibles. L’acquisition de certaines parcelles, la création de deux parcs nationaux, notamment, ont permis d’augmenter la surface des espaces protégés. Espérons que ces efforts perdurent et se pérennisent dans le temps.
Un bon conseil que tu as reçu et que tu aimes appliquer ?
Garder les yeux ouverts, les oreilles attentives et l’esprit curieux.
Un pan de la biodiversité (ou un milieu typique) que tu connais moins et que tu voudrais découvrir ?
La bryologie [étude des mousses, hépatiques et anthocérotes] et la lichénologie [étude des lichens – L’article de Wikipédia est une mine d’or sur le sujet] sont des domaines que je connais peu mais ô combien essentiels dans le monde qui nous entoure. En effet, ces organismes jouent souvent les précurseurs pour l’installation d’autres espèces. J’aimerais donc en apprendre plus sur ces organismes.


Des interactions entre espèces que tu as eu la chance de pouvoir observer ?
De nombreuses interactions, oui. La plus marquante fut la lutte entre deux hyménoptères pour l’occupation d’un trou dans un milieu sablonneux. Mais, je reste contemplatif devant tout butinage d’une plante par un insecte pollinisateur. Surtout tous les processus biologiques qui en découlent.
Tes conditions météo préférées pour marcher dans la nature et pourquoi ?
Je n’ai pas vraiment de conditions préférées pour me promener dans la nature (sauf conditions dantesques). Je parlerais plutôt de moments dans la journée, qui s’accordent avec ce que je souhaite observer : le matin chantant des oiseaux, plus tard dans la journée l’observation des insectes virevoltant (s’il fait suffisamment sec), la pénombre et/ ou nuit pour l’écoute des oiseaux, des chauves-souris (via un détecteur d’ultrasons) et des amphibiens, davantage nocturnes et, pour finir, toute la journée pour les plantes.
Quels liens fais-tu entre paysages et biodiversité ?
Indéniablement imbriqués. À mon sens, et le constat me semble peu discutable, plus un paysage sera diversifié, plus la biodiversité se manifestera de manière importante. L’uniformité d’un paysage a tendance à concentrer les mêmes types d’êtres vivants sur une même surface… et par conséquent une faible diversité de prédateurs. Une diversité de milieux et, donc, de paysages, permet à une faune et flore plus variées de s’installer, les prédateurs y liés également.
Une œuvre d’art à laquelle ces questions t’ont fait penser ? NB : Ça peut être de la musique.
Plutôt qu’une œuvre d’art, un artiste, Thom Yorke [ici en interview pour The Late Show with Stephen Colbert, sur CBS]. La plupart des morceaux de ce leader de différents groupes de musique (Radiohead, The Smile) m’invitent à la réflexion et me guident souvent lors de mes évasions naturalistes. Ses différents engagements tant sociaux qu’écologiques me touchent également énormément.
Une promenade ou un livre que tu nous conseillerais ? ou les deux 😊
Une promenade : en tant qu’Hennuyer, la « boucle noire », pour son étrange mélange entre passé industriel et son extraordinaire biodiversité liée au milieu thermophile que sont les terrils. Plusieurs espèces protégées peuvent y être observées (criquet à ailes bleues, alyte accoucheur, crapaud calamite, …). Mais je prends du plaisir dans toutes les balades que je fais, dès lors que je reste curieux.
Un livre, que je suis occupé à terminer et qui m’a été prêté : « Raviver les braises du vivant » de Baptiste Morizot, véritable réflexion sur notre rapport à la nature et la protection de celle-ci.

Aidez-nous à protéger l’environnement,
faites un don !
Faites un don

