Huit mesures d’urgence pour faire face à la crise énergétique 

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Baisser les prix des carburants fossiles via une baisse des accises mettra sous pression les caisses de l’État. Canopea propose de voir le problème autrement avec huit mesures de court terme visant à réduire la demande en carburants, et donc baisser immédiatement la facture des ménages et des entreprises. 

La guerre menée par les USA et Israël en Iran a provoqué une importante augmentation des prix de l’énergie. Si cette augmentation est encore loin de celle connue en 2022, les difficultés pesant sur les entreprises et les ménages sont bien réelles. Le Gouvernement Fédéral est mis sous pression pour répondre à ces difficultés, certains partis plaidant pour une baisse des accises sur l’énergie. Cette mesure ne fait pas l’unanimité, notamment par son manque de ciblage. En résulterait un cout élevé pour les finances publiques, aggravant encore le déficit budgétaire qui pousse le gouvernement à appliquer des mesures d’austérité.  Baisser artificiellement le prix des carburants n’offre par ailleurs aucune solution sur le long terme. Au contraire, cela encourage la consommation d’énergie fossile plutôt que de donner aux citoyens les moyens de s’en émanciper.  

Des actions ciblées de baisse des prix sont toutefois nécessaires. Mais elles doivent absolument être combinées à des mesures visant à baisser la demande, afin de soulager immédiatement les portefeuilles des citoyens et des entreprises sans grignoter de larges parts du budget de l’État. C’est une des pistes que les États membres européens avaient activées en 2022 : coordonner nos efforts pour réduire collectivement la demande énergétique. Aujourd’hui, la Belgique doit poursuivre dans cette dynamique pour traverser la crise et aider les ménages et entreprises, sans hypothéquer notre budget futur et sans aggraver notre dépendance aux énergies fossiles.  

Canopea propose 8 mesures à activer d’urgence pour une baisse rapide de la demande énergétique dans le secteur de la mobilité et de l’électricité.  

  1. Réduire les déplacements : notamment en promouvant le télétravail dans les secteurs public et privé, lorsque cela est possible. Certaines règlementations sur le télétravail pourraient être temporairement assouplies.  
  1. Promouvoir les transports en commun : les transports en commun sont bien plus efficaces pour transporter des personnes que les voitures individuelles. En temps de crise, une réduction temporaire du prix des billets, comme proposé par le parti Ecolo, peut être déterminante dans le choix de prendre les transports en commun. Maintenir cette réduction pendant plusieurs mois permettrait de donner de la prévisibilité aux usagers et d’ainsi ancrer les changements de comportements dans le long terme.  
  1. Réduire la vitesse et favoriser l’écoconduite : diminuer la vitesse maximale autorisée permet de réduire immédiatement la consommation d’énergie des transports et donc le coût qui y est associé. Il s’agit de la mesure la plus évidente pour réduire nos consommations, qui a déjà été mises en œuvre par le passé (en France par exemple) et durant cette crise (par le Pakistan). À 100 km/h (au lieu de 120 km/h), la consommation chute de 21 % pour le diesel et 17 % pour l’essence, soit 1 à 3 € économisés tous les 100 km1. Par ailleurs, des pratiques de conduite efficientes entrainent également des économies significatives.  
  1. Favoriser la mobilité décarbonée : le chèque pour une transition vers une mobilité durable proposé dans le cadre du Plan Social Climat doit absolument être implémenté de manière anticipée. Ce chèque vise à accorder une aide financière, sous forme de « chèque mobilité », aux ménages wallons considérés comme vulnérables à la pauvreté en matière de transport pour les accompagner vers une mobilité moins dépendante des combustibles fossiles. Pour cela, la Wallonie a la possibilité de demander un prêt à la Banque Européenne d’Investissement afin d’implémenter les mesures avant que les revenus ne soient débloqués.  
  1. Promouvoir le covoiturage : le covoiturage permet de réduire la consommation et donc la dépense par passager. Lorsque cela est possible, une certaine flexibilité dans les horaires de travail notamment favoriserait un passage au covoiturage.  
  1. Plafonner les cartes professionnelles de carburant : celles et ceux qui bénéficient d’une voiture de société ne sont pas soumis au même signal-prix que les autres, ce qui ne fournit aucune motivation à réduire leur consommation. Cela entraine une pression supplémentaire sur les entreprises qui doivent payer ces cartes, ainsi que sur le budget public. Un plafonnement des volumes de carburant associés à une carte carburant doit être mis en place. À moyen terme, nous plaidons pour une déconnexion de la fiscalité du travail et de la mobilité via la suppression de ces cartes de carburant.  
  1. Faire preuve d’exemplarité de la part du secteur public : les parlementaires bénéficient d’une gratuité des transports en commun. Dans les circonstances actuelles, nos élus et les travailleurs du secteur public doivent faire preuve d’exemplarité en prenant davantage les transports en commun.  
  1. Réduire l’éclairage public et celui des vitrines : en ce qui concerne l’éclairage public, de nombreuses communes ont changé leurs habitudes durant la crise de 2022, leur permettant une économie directe. Néanmoins, certaines dispositions ont disparu lorsque les prix de l’électricité sont redescendus. Nous proposons de remettre en place une extinction entre minuit et 5h du matin de l’éclairage public et des vitrines des magasins. Cette mesure, en plus d’amener des économies directes aux communes, est bénéfique pour la qualité du sommeil et pour la biodiversité. 

Ces mesures sont des solutions de court terme, face à une crise qui s’éternise déjà. La seule option envisageable à long terme pour la Belgique et les autres pays de l’Union Européenne est de s’affranchir des combustibles fossiles le plus rapidement possible. Les solutions sont connues : rénover, électrifier, développer les énergies renouvelables… Une accélération des politiques de transition est indispensable pour que citoyen.nes et entreprises ne subissent plus la prochaine crise.  

Eva Joskin

Eva Joskin

Climat, Rénovation, Chaleur durable