Kayaks sur la Lesse : les associations dénoncent un permis octroyé contre l’avis des experts scientifiques

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Ce communiqué est signé par l’Association pour la Défense des Sites et Vallées du Namurois, Canopea, Hydrolesse, Les Naturalistes de la Haute Lesse, Lesse Nature et Patrimoine, Natagora, la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux et Villatoile.

Jusqu’à 2325 kayaks par jour, pour huit ans, malgré des années d’infractions, une étude d’incidences lacunaire et une opposition unanime des services compétents : c’est ce que le Ministre François Desquesnes a autorisé en délivrant un permis à la srl Dinant Tourisme. Face à cette décision jugée irresponsable et contraire à l’intérêt général, des associations environnementales, de naturalistes, de riverains et d’acteurs économiques locaux ont décidé de saisir le Conseil d’État.

C’est l’été. En ces périodes de chaleur, nos cours d’eau sont des lieux très prisés, parfois au détriment de la vie qu’ils hébergent et de la quiétude des vallées qu’ils traversent. En mai dernier, le Ministre François Desquesnes a délivré un permis qui aura un impact majeur sur la Lesse : celui-ci, accordé à Dinant Tourisme pour l’exploitation commerciale de la rivière, autorise la mise à l’eau de jusqu’à 1525 kayaks par jour, et ce, pour les huit prochaines années. Ces 1525 kayaks s’ajouteront aux 800 déjà autorisés à Dinant Aventure, détenu par la même société. Un modèle de tourisme de masse que de nombreuses régions cherchent à encadrer ou à interdire, mais que la Wallonie semble ici reconduire sans réserve.

Point particulièrement problématique : ce permis a été délivré contre l’avis de tous les experts. Le Département de la Nature et des Forêts (DNF), qui a analysé la demande, recommandait un encadrement strict, une réduction significative du nombre de mises à l’eau et un relèvement des débits seuils pour protéger la biodiversité de la Lesse, classée Natura 2000.

Dans son rapport final rendu au Ministre, l’administration estimait que « le permis ne saurait être accordé » et proposait une solution transitoire de trois ans, limitée à un maximum de 725 mises à l’eau. Seulement voilà : le Ministre Desquesnes a balayé ces recommandations pour autoriser jusqu’à 1 525 mises à l’eau quotidiennes — soit une augmentation de plus de 50 % par rapport à l’année précédente et de plus de 110 % par rapport au maximum préconisé par l’administration.

L’avis du DNF n’était pourtant pas isolé : la Direction des cours d’eau non navigables et la commune de Houyet avaient également rendu des avis défavorables.

Un permis aux multiples conséquences

Ce permis officialise un tourisme de masse pour les huit prochaines années, aggravant les pressions déjà trop lourdes qui pèsent sur la Lesse.

Victime importante de ces pressions : la biodiversité. La Lesse traverse trois sites Natura 2000 abritant des espèces et des habitats menacés, que la surfréquentation de kayakistes impacte de façon significative. Parmi elles, une grande oubliée du public : la mulette épaisse (Unio crassus), un mollusque d’eau douce qui joue un rôle écologique crucial, en filtrant l’eau (jusqu’à 85 litres par jour) et en nourrissant d’autres espèces via les particules qu’elle rejette. C’est une “espèce parapluie” : en la protégeant, c’est tout un écosystème qui est préservé.

La mulette épaisse, espèce parapluie clé pour la biodiversité de la Lesse, est menacée par les kayaks.
La mulette épaisse, espèce parapluie clé pour la biodiversité de la Lesse, est menacée par les kayaks.

Invisible pour les kayakistes, elle est pourtant gravement menacée. En cause, les raclages de kayaks et surtout le piétinement induit d’une part par des débits seuils insuffisants, imposant aux utilisateurs de marcher à côté de leur embarcation et d’autre part le piétinement des fonds lors des débarquements sauvages. Une étude de terrain l’a démontré : dans les zones fréquentées par les kayaks, on trouve 4 à 6 fois moins de mulettes que dans les zones épargnées. Une perte de plusieurs milliers d’individus.

Les organisations demandent la modification du permis

Mais la présence de ces nombreux kayaks a également des impacts sur les abords de la Lesse. Déchets, nuisances sonores, problèmes de sécurité : pour toutes ces raisons, un collectif d’organisations environnementales, de naturalistes, de riverains et d’acteurs économiques locaux dénoncent un choix politique motivé par des intérêts particuliers, privilégiant le tourisme de masse, et ce, au mépris de l’expertise scientifique. Le collectif a déposé un recours au Conseil d’Etat.

« Le gouvernement wallon est censé protéger le bien public exceptionnel qu’est la Lesse, pas autoriser sa surexploitation au profit d’un seul acteur touristique », rappelle le collectif.

La décision du Conseil d’Etat est attendue dans les deux ans. En attendant, les organisations appellent le Ministre Desquesnes à prendre dès à présent des mesures concrètes en modifiant le permis pour que celui-ci respecte ce qui était préconisé par l’administration.

Contacts presse

  • Georges Hoyos, Lesse Nature et Patrimoine, georges.hoyos@gmail.com, 0473861531
  • Pauline Modrie, Directrice de Canopea, p.modrie@canopea.be
  • Alexia Vandenbergh, Responsable Politique Nature de Natagora, alexia.vandenbergh@natagora.be, 0488866391

Les documents utiles sont à télécharger dans ce dossier

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