Le facteur d’évaluation des mélanges (MAF) : un nouvel outil pour mieux encadrer les effets cumulés des substances chimiques dans REACH

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Les êtres humains et les écosystèmes sont exposés chaque jour à de nombreuses substances chimiques, dont les effets peuvent se combiner pour produire ce que l’on appelle un effet cocktail. Pourtant, la réglementation européenne continue d’évaluer ces substances individuellement, sans prendre en compte leurs effets combinés. Pour combler cette lacune, un facteur d’évaluation des mélanges appeléMixture Assessment Factor (MAF) pourrait être introduit dans le règlement européen REACH (qui vise l’Enregistrement, Évaluation, Autorisation et la Restriction des substances Chimiques). Ce nouvel outil permettrait de mieux tenir compte de l’exposition simultanée à plusieurs substances.

Le dépassement d’une limite planétaire

Chaque année, des milliers de substances chimiques, plastiques et autres nouvelles entités insuffisamment évaluées sont libérées dans l’environnement. Leur persistance et leur mobilité à différentes échelles entraînent une dispersion et une accumulation généralisées dans tous les compartiments environnementaux. La limite planétaire « Introduction de nouvelles entités », définie par Rockström en 2009, a été franchie : les concentrations actuelles de ces substances dépassent la capacité du système terrestre à les absorber sans perturbations majeures. Cela illustre le retard de la régulation face à l’accumulation de composés chimiques dans la biosphère.

Figure 1 : Planetary Health Check 2025. Planetary Boundaries Science. Traduction: Canopea.

 L’effet cocktail : un problème ancien remis au goût du jour

L’« effet cocktail » n’est pas un concept récent. Plusieurs études ont démontré que des mélanges de produits chimiques, chacun présent à des niveaux inférieurs au seuil critique, peuvent produire des effets néfastes lorsqu’ils agissent conjointement (Kortenkamp et al., 2009 ; SCHER et al., 2012). Dès les années 1970–1980, l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) avait déjà souligné la nécessité d’évaluer les risques associés à ces expositions multiples. Elle constatait que, dans les conditions réelles, les organismes sont exposés simultanément à de nombreux composés chimiques, dont les interactions peuvent amplifier (synergie) ou atténuer (antagonisme) les effets toxiques. Cette approche pionnière a ensuite inspiré l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) (France) dans l’élaboration de leurs propres cadres d’évaluation des mélanges. En Europe, la Commission européenne a officiellement écrit un rapport sur cette problématique en 2009, dans sa communication « The Combination Effects of Chemicals », soulignant que l’évaluation des risques liés aux mélanges était à la fois « nécessaire » et « réalisable ».

Le défi des expositions multiples

Les substances chimiques sont omniprésentes dans notre quotidien. Citons entre autres les plastiques, les cosmétiques, les textiles, les détergents, les peintures ou encore les emballages alimentaires. Cette présence diffuse conduit à une exposition quotidienne à d’innombrables combinaisons de ces produits chimiques. En effet, plus de 100 000 produits chimiques synthétiques sont commercialisés dans l’Union européenne.

La figure 2 montre que seule une fraction infime des substances est évaluée, dans les règlementations actuelles, pour ses effets sur la santé et l’environnement. Or, dans la réalité, ces composés ne se présentent jamais isolément : ils coexistent dans l’air, l’eau, les sols, les aliments ou les produits de consommation.

L’effet cocktail émerge précisément de cette zone d’ombre : les interactions possibles entre des milliers de substances non ou mal caractérisées échappent à la réglementation actuelle. Autrement dit, ce que l’on voit (la partie émergée de l’iceberg) ne représente qu’une infime partie du risque réel auquel les humains et les écosystèmes sont exposés.

Figure 2 : EEA report – The European environment — state and outlook 2020: EEA Infographic. Traduction : Canopea.

Lacune réglementaire concernant les expositions combinées

Les cadres réglementaires actuels, notamment le règlement européen REACH, évaluent les substances une par une. Cette approche simplifiée ne reflète pas la réalité : dans l’environnement comme dans nos organismes, les substances s’accumulent et interagissent. Une étude (Silva, 2022) montre les limites de l’approche traditionnelle qui se concentre sur les effets des agents individuels et montre que les évaluations des risques ignorent souvent la possibilité d’une action conjointe des substances chimiques, ce qui conduit à une sous-estimation significative des risques.

L’exposition aux produits chimiques provient de nombreuses sources, réglementées par différentes législations européennes. Aucun mécanisme global ne traite des mélanges involontaires dans l’ensemble des législations. Il en résulte une sous-estimation systématique des risques.

Qu’est-ce qu’un effet cocktail ?

Pour chaque substance chimique, on procède de la manière suivante :

  • 1)on mesure ou on estime la dose à partir de laquelle elle devient nocive, appelée seuil d’effet (par ex. le niveau dérivé sans effet pour la santé humaine (DNEL) ou la concentration prédite sans effet pour l’environnement (PNEC)).
  • 2) on estime la dose réelle d’exposition à cette substance (chez l’humain ou dans l’environnement).

Ensuite, on calcule un rapport de caractérisation du risque (RCR) :

Si RCR ≤ 1, la substance est supposée être sûre (l’exposition est en dessous du seuil d’effet).
Si RCR > 1, il y a potentiellement un risque.

Le problème, c’est qu’on fait ce calcul substance par substance, comme si chaque produit agissait seul. Or, dans la réalité, on est exposé à des mélanges de substances (pesticides, plastifiants, solvants, etc.). Même si aucune d’elles, prise isolément, n’a un RCR > 1, leurs effets peuvent s’additionner. C’est ce qu’on appelle l’effet cocktail :
les petites expositions multiples peuvent s’ajouter et produire un effet global nocif, que l’évaluation substance par substance ne détecte pas (CHEM Trust, 2022).

La figure 3 montre que, si ces effets de mélange sont pris en compte, des risques peuvent être identifiés qui sont négligés dans l’évaluation des substances individuelles. Par exemple, des études scientifiques de Uhl et al. (2023) ont montré que dans certaines régions de l’UE, environ 14 % des adolescents présentent des niveaux de quatre PFAS qui, lorsqu’ils sont combinés, sont si élevés que des effets néfastes sur la santé ne peuvent être exclus. Si les quatre PFAS sont considérés individuellement, le pourcentage d’adolescents à risque est nettement inférieur (CHEM Trust, 2022).

Figure 3 : Des effets émergents : la toxicité des mélanges compte. Source: Chemicals Cocktails – The neglected threat of chemical mixtures and how to fix it. CHEM Trust. Traduction : Canopea.

En 2024, Braun et al. ont démontré que les effets néfastes sur la santé liés aux mélanges de substances chimiques peuvent s’additionner, même lorsque les composés appartiennent à des groupes chimiques distincts et présentent des structures moléculaires très différentes. La même année, Finkh et al. ont montré que, dans les milieux environnementaux, certains impacts observés sur les organismes et les écosystèmes résultent des effets combinés de substances présentes à des concentrations inférieures à leurs seuils d’effet individuels. Ces travaux confirment l’importance de considérer la toxicité cumulative et les interactions inter-classes de composés dans l’évaluation des risques chimiques (CHEM Trust, 2022).

Les expositions combinées présentent un risque plus élevé que les expositions à des produits chimiques individuels. La plus courante est l’addition de concentrations. Les niveaux d’exposition réglementaires sûrs pour les substances individuelles ne sont pas suffisamment protecteurs. Les préoccupations portent sur les mêmes effets que pour les produits chimiques individuels, à savoir la perturbation endocrinienne, le cancer, les troubles métaboliques, les troubles de la reproduction, la neurotoxicité et l’immunotoxicité (Braun et al. (2024); Posthuma et al. (2019)).

Face à ce constat, les scientifiques et les autorités européennes appellent à une approche plus globale. Le Mixture Assessment Factor (MAF) répond à cet objectif en intégrant dans les calculs de risque une marge de sécurité supplémentaire destinée à couvrir les effets combinés (ECHA, 2022).

Qu’est-ce que le MAF ?

Le MAF (Mixture Assessment Factor) est un facteur de précaution appliqué aux seuils de sécurité d’une substance chimique. Il vise à tenir compte de l’exposition simultanée à plusieurs substances.

Une manière imagée d’expliquer la notion de niveau de risque acceptable pour une substance chimique consiste à la représenter par une tasse d’eau remplie (comme représentée dans la figure 4) : la tasse symbolise la capacité maximale de risque jugée tolérable. Lorsqu’elle est remplie, on atteint le seuil de risque considéré comme acceptable pour cette substance donnée. Cependant, dans la réalité, les individus sont exposés simultanément à une multitude de substances chimiques différentes. Pour tenir compte de ces expositions combinées, il est nécessaire d’introduire un facteur d’ajustement. Concrètement, cela revient à ne pas remplir entièrement la tasse : par exemple, on peut décider de ne verser qu’un dixième de son volume pour chaque substance. Cette réduction vise à intégrer de manière approximative les effets cumulés ou interactifs entre substances. Ce principe est à la base du MAF.

Figure 4 : Qu’est-ce qu’un facteur d’évaluation des mélanges (MAF) ? Source: Chemicals Cocktails – The neglected threat of chemical mixtures and how to fix it. CHEM Trust. Traduction : Canopea.

Concrètement, le MAF consiste à diviser les valeurs toxicologiques de référence par un coefficient déterminé :

  • le DNEL (Niveau dérivé sans effet) pour la santé humaine, qui définit le niveau maximal d’exposition à une substance chimique auquel un être humain peut être exposé sans subir d’effets néfastes
  • la PNEC (Concentration prédite sans effet) pour l’environnement, qui est l’équivalent environnemental du DNEL, représente une concentration de substance qui ne devrait pas avoir d’effets néfastes sur l’environnement

Par exemple, si la DNEL d’une substance est de 10 mg/kg/jour et que l’on applique un MAF de 10, le seuil devient 1 mg/kg/jour. Cette approche permet d’introduire une marge de sécurité collective, sans avoir à tester expérimentalement tous les mélanges possibles, ce qui représente une tâche scientifiquement impossible à grande échelle.

Un outil fondé sur la science

Une critique fréquemment adressée à cette approche est son caractère perçu comme arbitraire : pourquoi choisir un facteur de 10 plutôt qu’un autre ? De plus, ce facteur est souvent appliqué uniformément à un large éventail de substances, sans distinction fine. Pourtant, qualifier cette démarche d’arbitraire est inexact : la définition du MAF repose sur des fondements méthodologiques et scientifiques solides (Backhaus, 2023). Plusieurs approches existent pour le dériver, et son application fait l’objet de discussions approfondies entre experts scientifiques et décideurs politiques afin de déterminer les substances concernées et les modalités d’application.

Le principe du MAF repose sur plusieurs décennies de recherche en toxicologie et en écotoxicologie, qui ont montré que des mélanges de substances chimiques à faibles doses peuvent produire des effets additifs ou synergiques (Brack et al., 2019). Ces effets concernent aussi bien la santé humaine (systèmes endocrinien, reproducteur, développemental) que les organismes aquatiques et terrestres, soulignant que l’approche mono-substance tend à sous-estimer le risque réel. L’application d’un MAF permet donc de corriger cette sous-estimation, en intégrant une marge de prudence proportionnelle au degré d’incertitude. C’est un outil simple, cohérent avec le principe de précaution, et compatible avec les méthodes d’évaluation déjà en place.

Les débats autour de la mise en œuvre du MAF

Si le principe du MAF fait aujourd’hui largement consensus,sa mise en œuvre soulève encore plusieurs questions techniques et politiques. La principale concerne la valeur du facteur à appliquer : faut-il opter pour un MAF fixe, par exemple de 100, ou pour un MAF variable, adapté aux caractéristiques des substances, de leurs usages ou des milieux concernés ? (Backhaus, 2023)

Un facteur fixe présente l’avantage de la simplicité et de la cohérence réglementaire, mais pourrait s’avérer trop strict dans certains cas. À l’inverse, un facteur modulé offrirait une meilleure précision scientifique, mais au prix d’une complexification administrative et d’un besoin accru en données expérimentales.

Jusqu’à présent, les valeurs MAF proposées varient entre 2 et 700 (Treu at el. 2024). Les acteurs industriels défendent une approche graduée, estimant qu’un MAF uniforme risquerait d’augmenter artificiellement le nombre de substances classées à risque, tout en freinant l’innovation. À l’opposé, les ONG et la communauté scientifique plaident pour une valeur de précaution globale, tant que les connaissances sur les interactions chimiques restent limitées.

Face à ces positions divergentes, la Commission européenne et l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques) explorent un compromis : instaurer un MAF par défaut pour certaines catégories de substances, avec la possibilité de dérogations lorsque des données solides justifient un facteur plus faible.

Dans le cadre de REACH, les bandes de tonnage, c’est-à-dire les catégories de quantités de substances chimiques fabriquées ou importées par an (par exemple 1–10 tonnes, 10–100 tonnes, etc.), constituent déjà un indicateur indirect d’exposition : plus une substance est produite en grande quantité, plus les exigences en matière d’essais sont élevées. Certains suggèrent donc d’appliquer le MAF en priorité aux substances à haut tonnage, supposées présenter un risque d’exposition plus important. Toutefois, cette approche repose sur une double simplification : la quantité mise sur le marché ne reflète pas nécessairement l’exposition réelle, et restreindre le MAF aux seules substances les plus présentes reviendrait à sous-estimer les interactions potentielles.

Sur le plan scientifique, un MAF fixe aurait le mérite d’être facile à introduire dans la législation, mais sa nature uniforme comporte le risque de sous- ou de surévaluer certains risques spécifiques. Une approche différenciée, fondée par exemple sur les classes de danger ou le potentiel d’exposition, serait plus robuste scientifiquement, mais plus difficile à mettre en œuvre sur le plan politique et administratif.

Dans un contexte marqué par la volonté de simplification réglementaire et de réduction des contraintes pour les entreprises, les autorités cherchent à concilier rigueur scientifique et applicabilité opérationnelle. En définitive, plusieurs options existent, mais le choix final relèvera d’un arbitrage politique entre précision scientifique, faisabilité et acceptabilité économique.

Quelles sont les alternatives au MAF ?

Une autre approche, dite « composant par composant », consiste à additionner les RCR (Ratio de caractérisation des risques) de chaque substance connue dans un mélange.
Mais cette méthode nécessite de connaître toutes les substances présentes, leurs concentrations et leurs seuils d’effet qui sont souvent des informations inaccessibles.
Elle est donc utile seulement pour des cas précis (ex. sols pollués ou rivières contaminées), pas pour des mélanges complexes ou inconnus.

Freins et résistances

Les représentants de l’industrie chimique critiquent l’introduction d’un Mixture Assessment Factor (MAF), qu’ils jugent scientifiquement fragile et économiquement pénalisant. Selon eux, un facteur générique, tel qu’un MAF de 10, ne reflète pas la complexité réelle des interactions entre substances et risquerait de surestimer les dangers en doublant les marges de sécurité déjà intégrées dans les évaluations actuelles. Ils redoutent également des coûts de reformulation élevés, une perte de compétitivité et une incohérence avec les principes de simplification réglementaire défendus par la Commission européenne.

Cette position est notamment portée par le Cefic (Conseil européen de l’industrie chimique), l’association professionnelle représentant les entreprises du secteur en Europe. Fondé en 1972 et basé à Bruxelles, le Cefic agit comme porte-parole de l’industrie auprès des institutions européennes et d’autres parties prenantes. En 2022, dans son plan d’action en dix points visant à simplifier la mise en œuvre du règlement REACH, il proposait encore de recourir au MAF. Cependant, dans la version actualisée du 20 février 2025, toute référence au MAF a été supprimée, le Cefic justifiant ce retrait par la charge administrative excessive qu’impliquerait, selon lui, l’application du dispositif.

Figure 5 : Cefic’s 10-Point Action to Simplify REACH (2022)
Figure 6 : Cefic’s 10-Point Action to Simplify REACH (2025)

Un levier pour une chimie plus durable

L’introduction du MAF s’inscrit dans la Stratégie européenne pour la durabilité dans le domaine des produits chimiques (European Commission, 2020), pilier du Green Deal. Elle vise à renforcer la protection de la santé humaine et de l’environnement, tout en favorisant la substitution des substances dangereuses.

L’enjeu est particulièrement visible dans le cas des substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), une vaste famille de plus de 10 000 composés persistants. Ces substances sont fréquemment détectées en mélange dans les eaux, les sols, la faune et même le sang humain. Or, leur évaluation reste largement établie substance par substance, malgré des structures chimiques similaires et des effets toxicologiques souvent convergents. L’introduction d’un MAF permettrait de mieux prendre en compte les expositions cumulées à ces « polluants éternels », dont les effets additifs ou synergiques sur la santé (immunité, métabolisme, fertilité) sont de plus en plus documentés. Elle renforcerait aussi la cohérence entre la proposition européenne de restriction de groupe des PFAS sous REACH et les efforts visant à réduire la pollution chimique à la source.

De manière plus générale, le MAF pourrait avoir plusieurs effets positifs, en incitant les entreprises à mieux caractériser l’exposition cumulée liée à leurs produits et en encourageant la conception de solutions plus sûres et moins dépendantes de substances persistantes.

En ce sens, le MAF n’est pas seulement un outil technique, mais aussi un levier de transformation vers une chimie plus durable.

Cependant, le passage du débat scientifique au niveau politique et règlementaire prend énormément de temps. Si on n‘intègre pas le MAF dans la réglementation REACH, on devra de nouveau légiférer au cours des 15 à 20 prochaines années, période pendant laquelle le problème ne sera pas traité et la population continuera d‘être exposée aux risques avec toutes les conséquences en terme de santé: cancers et maladies chroniques.

Une révision de REACH sous tension

La Commission européenne prévoyait initialement de publier la révision du règlement REACH d’ici la fin de 2025. Cependant, le Regulatory Scrutiny Board (RSB), organe interne chargé d’évaluer la qualité et la cohérence des analyses d’impact, a récemment rendu un avis négatif sur celle relative à REACH. Selon les lignes directrices de la Commission, un tel avis signifie que le rapport n’est pas « adapté à son objectif » et doit être révisé avant toute nouvelle soumission.

Ce revers repousse la publication de la proposition législative au premier semestre 2026, le temps pour la Commission de revoir en profondeur son évaluation d’impact. Les raisons exactes de ce rejet n’ont pas été rendues publiques, mais il traduit un contexte politique en évolution.

En effet, le discours européen s’est déplacé depuis la Stratégie chimique pour la durabilité de 2020, centrée sur la santé et l’environnement, vers des priorités de simplification réglementaire et de compétitivité économique. Ce changement d’orientation fragilise la place du MAF dans la révision à venir : s’il pourrait encore figurer dans l’analyse d’impact, sa présence dans la version finale du texte demeure incertaine, reflet des tensions persistantes entre exigences sanitaires, environnementales et intérêts économiques.

Conclusion : Une avancée à confirmer

L’introduction du MAF représente une avancée majeure pour la politique chimique européenne. En reconnaissant la réalité des expositions multiples, elle marque une évolution vers une évaluation plus systémique du risque chimique.

Mais cette avancée devra se concrétiser par une mise en œuvre rigoureuse, scientifiquement fondée et cohérente entre les différents cadres réglementaires. Le choix de la valeur du facteur, son champ d’application et les conditions de dérogation seront déterminants.

En définitive, le MAF symbolise un changement de paradigme : passer d’une évaluation chimique fragmentée à une approche intégrée de la santé environnementale.
S’il est correctement appliqué, il pourrait devenir un instrument clé de la prévention des pollutions chimiques, notamment pour les familles de substances persistantes comme les PFAS, et un pilier d’une politique européenne ambitieuse pour un environnement réellement non toxique.

Références bibliographiques

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Crédit image illustration : Adobe Stock

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