Le hérisson en danger

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Depuis avril 2026, le hérisson bénéficie d’un arrêté interdisant l’utilisation de robots tondeuses entre 18h et 9h. Initiée par la Ministre Tellier sous la législature passée, cette proposition a été entérinée par la Ministre Dalcq.

Les robots tondeuses sont considérées depuis quelques années comme une nouvelle menace pour le hérisson et d’autres animaux nocturnes. En effet, le hérisson est une espèce strictement nocturne, qui se balade donc dans nos jardins la nuit. Face à un danger, son réflexe est de se mettre en boule. Malgré les progrès techniques, aucun système n’est encore réellement efficace pour détecter de manière fiable les hérissons. Heurté par le robot-tondeuse, les blessures peuvent être graves, ou lorsque l’animal est plus petit, le robot-tondeuse lui passe carrément dessus et c’est la mort assurée. Ceux qui s’en sortent sont donc affreusement mutilés (museau et pattes déchiquetés) et, s’ils ont la chance d’être découverts et amenés à un Creaves, leur taux de survie n’est que de 20%….

Cette protection est inédite à ce niveau de pouvoir : plusieurs villes d’Allemagne l’interdisent déjà, et demandent une interdiction nationale. À Leipzig, les amendes peuvent aller jusqu’à 50000€ ! En Suisse, quelques initiatives commencent également à voir le jour, portées essentiellement par la gauche et les écologistes.

Si on peut se réjouir de cette nouvelle interdiction, nous craignons que son application ne soit difficile à contrôler. Et avant même d’en voir les effets, les Creaves, eux, ont déjà subi des coupes sombres au niveau de leur budget. De plus le DNF n’assurera plus le transport des animaux blessés vers les CREAVES, faute de moyens humains suffisants.

Une espèce commune en danger de disparition

Les accidents liés à l’augmentation significative de l’utilisation des robots tondeuses ces dernières années ajoutent une pression supplémentaire sur une espèce qui subit déjà un déclin inquiétant à long terme en Europe. Face à ce déclin, l’UICN vient de reclasser l’espèce en « quasiment menacée ».

Les raisons de son déclin sont nombreuses : perte et fragmentation de l’habitat, intensification de l’agriculture, réduction des ressources alimentaires (en partie résultant de l’utilisation intensive des pesticides), collision avec les voitures, dans certaines zones, une prédation accrue du blaireau et du renard et, probablement, des effets liés aux changements climatiques. De plus, le hérisson est aussi un mets de choix pour les communautés du voyage, où il est appelé « niglo ». Espèce strictement protégée, sa consommation en Wallonie est interdite.

Le hérisson occupe une vaste aire de répartition en Europe, jusqu’en Russie. Il préfère les habitats riches en végétation et en nourriture (c’est un insectivore), mais il peut occuper toute une série d’habitats. On le trouve également en ville, où il peut se trouver en fortes densités dans certains parcs urbains si les conditions s’y prêtent. Ce qui démontre une certaine adaptabilité et résilience de cette espèce.

Cependant, le hérisson est très casanier, avec un domaine vital relativement petit, à peu près 10Ha pour une femelle et 20-30Ha pour un mâle. Sur une nuit, la distance qu’il peut couvrir est de 2 à 3km. Les jeunes, une fois matures, ne se dispersent pas très loin de leur zone natale. Même relâché dans un environnement inconnu et défavorable, il ne va pas partir très loin. C’est donc une espèce très sensible à toute fragmentation, même petite, de son habitat.

En ville, où la faune est restreinte à des petits îlots d’espaces verts (parcs, petits bois, jardins, etc.), qui eux-mêmes disparaissent petit à petit, les populations sont plus petites et ont difficile de se déplacer. Les séparations entre les jardins, par exemple, constituent des barrières infranchissables, voire mortelles quand le hérisson tente d’escalader une clôture et s’y retrouve coincé. Ces petites populations enclavées sont soumises à une forte consanguinité (comme à Londres ou à Barcelone), ce qui réduit leur capacité à survivre dans de tels environnements. Là où la densification urbaine se marque le plus, il est nécessaire de maintenir et de développer des espaces verts naturels connectés entre eux pour faciliter les déplacements des espèces terrestres. Ce n’est pas tant la distance entre les espaces verts qui posent problème que les différents obstacles (route, clôture, etc.). En France, une initiative a vu le jour qui consiste à mobiliser les particuliers pour créer des ouvertures dans les clôtures ou les murs qui séparent les jardins (Programme Piqu’en Ville, porté par le Groupe Mammalogique Normand).

Les fortes perturbations humaines font également fuir les hérissons, comme cela a été observé dans le Sud de Berlin, où des hérissons ont subi un stress majeur à cause d’un festival de musique en plein air.

Une sentinelle « One Health »

Le concept de « One Health » part du postulat que la santé des humains est étroitement liée à celle des autres animaux et celle de l’environnement. En effet, 60% des maladies infectieuses humaines sont des zoonoses. Le hérisson étant une espèce vivant à notre contact et jusque dans nos environnements urbanisés, elle est considérée comme une espèce « sentinelle » sur le plan des maladies émergentes liées à l’environnement. D’autant plus que la plupart des maladies infectieuses émergentes sont majoritairement des zoonoses (Covid-19, Ebola, etc.). Il peut être un bio-indicateur des contaminations environnementales, ainsi que des résistances antibiotiques.

En Flandre, les hérissons affectés par une maladie mortelle émergente, la maladie diphtérique du hérisson, présentaient des concentrations importantes de zinc dans leur foie. Cette bioaccumulation pourrait être liée à l’ingestion d’une limace invasive, la limace espagnole (Arion vulgaris), connue pour elle-même accumuler le zinc dans ses tissus. Cette bactérie responsable de la maladie sécrète une toxine similaire à celle de la diphtérie humaine, et constitue donc une possible zoonose transmissible à l’humain ainsi qu’aux chats et chiens.

Que faire pour le hérisson en Wallonie

En Wallonie, plusieurs suivis sont en cours. Citons le suivi des hérissons relâchés par les Creaves afin d’évaluer leur taux de survie une fois relâchés (https://suiviherisson.be/letude-sur-les-herissons/). Ou l’opération Hérisson de la Fédération des Parcs Naturels, en collaboration avec la Fédération des Parcs Naturels et Natagora (https://parcsnaturelsdewallonie.be/operation-herissons/), dont l’objectif est de mieux connaître les populations au sein des Parcs Naturels et adapter les espaces naturels pour l’accueillir. Un GT Hérisson est aussi actif depuis longtemps chez Natagora.

Dans votre jardin, laisser des zones plus naturelles.

Si vous trouvez un hérisson en plein jour, blessé ou malade, ramassez-le avec des gants et portez-le au Creaves le plus proche de chez vous : https://www.federation-creaves.be/

Sources :

• GT Hérissons – Natagora (https://hesbayemediane.natagora.be/nos-actions/gt-herisson/herissons-pelouses-et-robots-tondeuses)

• « L’Allemagne interdit les robots tondeuses la nuit tandis que la Suisse temporise » (24heures, 12/04/2026) https://www.24heures.ch/herissons-les-robots-tondeuses-nocturnes-bientot-interdits-582297232164

•  Des gens du voyage verbalisés pour avoir mangé du hérisson » (RTL-TVi, 17/01/2023) https://www.rtl.be/page-videos/belgique/faits-divers/des-gens-du-voyage-verbalises-pour-avoir-mange-du-herisson/2023-01-17/video/517494

https://www.researchgate.net/publication/376750820_Occurrence_and_Characteristics_of_Cut_Injuries_in_Hedgehogs_in_Germany_A_Collection_of_Individual_Cases

https://www.researchgate.net/publication/398581584_Metallic_Trace_Elements_Associated_with_Infectious_Diseases_in_European_Hedgehogs_Erinaceus_europaeus_in_Belgium

•  SOS hérissons en danger » (Notre Nature, 05/03/2026) https://www.notrenature.be/article/sos-herissons-en-danger

• « Ils fabriquent des passages à hérissons (La Relève et la Peste, 21/04/2026) https://lareleveetlapeste.fr/ils-fabriquent-des-passages-a-herisson-pour-sauver-lespece/

https://www.mdpi.com/2076-2615/10/11/2109

https://www.mdpi.com/2673-8449/1/1/4https://www.mdpi.com/2076-2615/10/12/2315

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