L’Épine outrée mais courtoise – une chronique de Canopea qui vous informe sur tout ce qui se trame alors que ça ne devrait pas, et tout ce qui ne se trame pas alors que ça devrait. Parfois on parle aussi de ce qui va bien, rapport au fait de ne pas être rabat-joie. Dans tous les cas ça ne sera pas exhaustif, ni sans parti pris. Non sans cynisme, mais non sans humour.
Chères lectrices, chers lecteurs,

Les températures montent, la nature se réveille. Après 6 mois de dormance où elle nous avait globalement foutu la paix, voilà que nous devons à nouveau cohabiter avec elle. Et ça ne se fait pas sans mal, si on en croit ces quelques témoignages. A Dinant, on confine les élèves à l’intérieur pour leur éviter les attaques d’une ”buse belliqueuse, un irascible emplumé au comportement déviant”. On ne confine par contre pas les élèves quand les épandages de pesticides ont lieu à 50m de la cour de récré et que le vent souffle vers eux, mais ça n’a rien à voir. Dans La Libre, on parle des tiques, “minuscules et championnes de la dissimulation – ce qui les rend plus redoutables encore ». Vraiment, les tiques, ces êtres avides de sang, n’attendaient que le retour de la belle saison pour venir s’accrocher à nos mollets encore trop blancs. Dans plusieurs communes wallonnes enfin, les campagnes de dératisation sont en cours : “Avis de dératisation. Le rat, ce fléau social, est maintenant vaincu par la science”.
Et encore, on n’a pas les guêpes et les moustiques ! Vivement l’hiver que ces nuisibles retournent se cacher. Ou qu’on en finisse enfin à coup de poisons en tous genres.
En attendant, un petit tour dans l’actualité environnementale où on commence par une bonne nouvelle, puisqu’on a retrouvé l’argent magique qui va permettre de soigner notre dépendance au pétrole par plus de pétrole. Passage ensuite sur les thématiques nature et agriculture pour constater qu’il n’y a rien de neuf. On termine enfin par un petit tour d’horizon de tout ce qui n’est pas pragmatique et c’est tant mieux.
Bonne lecture !

Panique au village : gestion de crise en 3 actes
Acte I
Février 2022 : la Russie envahit l’Ukraine. Les prix de l’énergie augmentent. L’Europe veut accélérer sa sortie des énergies fossiles pour être moins dépendante des imports de gaz, russes notamment.
En conséquence :
-> Mars 2023 : le Parlement européen adopte la directive sur la performance énergétique des bâtiments PEB IV. Les députés MR votent pour.
-> Avril 2023 : le Parlement européen adopte la création de l’ETS 2. Les députés MR votent pour.
-> Septembre 2023 : le Parlement européen adopte la directive sur l’énergie renouvelable RED III. Les Députés MR votent pour.
Acte II
Juillet 2025 : Début des discussions budgétaires au fédéral. Le gouvernement Arizona vise à combler le déficit budgétaire, en mettant en place des réformes structurelles pour baisser les dépenses de l’état.
-> Bouchez: “Aujourd’hui, la Belgique a plus besoin d’une Thatcher que des comiques qui promettent l’argent magique”.
Acte III
Mars 2026 : les USA et Israël attaquent l’Iran. Les prix de l’énergie augmentent. L’Europe veut accélérer sa sortie des énergies fossiles pour être moins dépendante des imports de gaz, américains notamment. En conséquence, et c’est là qu’on perd le fil :
-> Mars 2026, Bouchez : “Le MR déposera dès demain matin au gouvernement le cliquet inversé pour baisser le prix à la pompe “.
-> Avril 2026, Bouchez: “L’ETS II, RED III et la directive PEB forment un étau réglementaire qui fait grimper les coûts de l’énergie et pèse sur les ménages comme sur l’industrie.”
Epilogue
Donc, politique de rénovation mise sur pause, stop aux projets éoliens en mer du nord… Et grosse panique dans la mise en œuvre des législations qui visent à nous sortir des énergies fossiles. Plus de pétrole pour soigner notre dépendance au pétrole, voilà la solution du MR.
Et le cliquet inversé ? Du pétrole gratuit, pour tous les citoyens, peu importe le revenu et pour une durée indéterminée. Une seule explication, une bonne nouvelle : Bouchez a retrouvé l’argent magique.
Pour aller plus loin dans notre analyse de cette crise : https://www.canopea.be/plus-de-fossiles-pour-nous-sortir-dune-crise-de-la-dependance/

La tortue et l’autruche : détour par le ministère de la Nature
Le temps des promesses
Le Ministre-Président faisait récemment son discours sur l’état de la Wallonie. S’il pouvait citer pas mal de grands chantiers déjà en cours, qui aboutiraient “dans un an”, force est de constater qu’il y a un portefeuille où les avancées semblaient moins concrètes que les autres : la Nature & l’Agriculture.
Le plan sur la restauration de la nature ? Il va arriver.
La stratégie forestière ? Elle va arriver.
Un statut de protection pour les forêts anciennes ? Ça ne devrait plus tarder.
Un plan d’action pour atteindre les 5% du territoire sous statut de protection ? On y travaille.
Une règlementation pour encadrer les lâchers de petit gibier pour la chasse ? Ça va arriver.
Des mesures de maitrise des populations de sangliers ? C’est bien prévu.
Le réseau écologique ? Il va arriver.
Jusqu’ici, la ministre Dalcq a lancé :
- Des groupes de travail sur les pesticides
- Un groupe de travail sur le prix du foncier agricole
- L’idée de travailler sur une valorisation des produits wallons
L’horloge tourne. 2 ans de législature sont passés. 2 ans, c’est le temps qu’il a fallu pour développer Internet. Mais bon, on n’est pas là pour comparer…Ceci dit, il va quand même être temps de commencer à concrétiser pour éviter que le bilan final se réduise à…que Dalcq.
Le temps des renoncements
Par ailleurs, quand d’autres ministres veulent avancer, la ministre Dalcq envoie les syndicats agricoles négocier à sa place. Voilà donc les syndicats presqu’à la table du gouvernement. Et plutôt que de travailler sur les aspects techniques qui concernent la réalité des agriculteurs, ils orientent les discussions sur le fait de savoir si telle ou telle molécule de pesticide est finalement si toxique que ça. On aurait préféré interroger des organismes de santé publique à ce sujet.
Mais qu’est-ce qui l’empêche de prendre ses responsabilités ministérielles ? De rencontrer syndicats, associations et acteurs de l’eau, puis d’aller négocier d’égal à égal avec son équivalent ministre de l’Environnement, pour trouver ensemble une solution équilibrée, dans l’intérêt général et minimiser les impacts sur le secteur agricole ?
Quelle pression les syndicats agricoles les plus conservateurs exercent-ils sur elle ? Pas facile de s’écarter de la ligne de ses anciens alliés. Si elle ose un pas de côté, susceptible d’un peu bousculer le statu quo, prend-elle le risque de voir converger les tracteurs de la FJA vers son cabinet ? Madame la Ministre, vous ne serez pas la première. D’autres sont déjà passés par là. Ils ont survécu. Et on vous garantit que si, par votre voix, le gouvernement prend enfin des mesures ambitieuses pour réconcilier agriculture et environnement, on enfilera nos bottes pour venir, à vos côtés, nettoyer le fumier et ramasser les patates.

Notre objectif : le pragmatisme
Ne pas confondre l’objectif et les moyens d’y parvenir. Une phrase pleine de sagesse, presqu’une évidence.
Pourtant, pour justifier son abandon des conventions citoyennes sur le climat, la ministre Neven conclut ainsi : “notre objectif : le pragmatisme”.

Quelle tristesse. Quel manque d’imagination. Quel renoncement.
Parce que s’il avait eu le pragmatisme comme seul objectif, sans doute que Neil Armstrong n’aurait jamais été sur la lune – trop cher, trop risqué, trop incertain. Sans doute que Michel-Ange n’aurait jamais peint la chapelle Sixtine – pas de rentabilité à court terme. Sans doute qu’on n’aurait jamais vibré sur les notes de Bohemian rapsody – trop long et pas adapté au format radio – ou pleuré devant Interstellar – trop complexe pour un scénario efficace.
Si le pragmatisme avait été l’objectif, sans doute que la construction du Taj Mahal aurait été jugée ‘non prioritaire’ et que le viaduc de Millau aurait été un vieux pont rouillé “qui fait le job”. Et l’imprimerie ? Pourquoi reproduire des livres en masse puisque les gens ne savent pas lire ?
Si le pragmatisme devient l’objectif, alors sans doute peut-on dire adieu à tout ce qu’il y a de beau, d’inspirant et de transformateur dans notre société. Et que va-t-on dire à nos enfants ? “On pouvait construire un monde meilleur. Mais on a préféré être pragmatiques.”
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