L’Épine outrée mais courtoise – une chronique de Canopea qui vous informe sur tout ce qui se trame alors que ça ne devrait pas, et tout ce qui ne se trame pas alors que ça devrait. Parfois on parle aussi de ce qui va bien, rapport au fait de ne pas être rabat-joie. Dans tous les cas ça ne sera pas exhaustif, ni sans parti pris. Non sans cynisme, mais non sans humour.
Chères lectrices, chers lecteurs,
Excès de chaleur, excès d’eau. Budget dans le rouge, biodiversité loin du vert. Et la Wallonie est en short, sans plan d’adaptation, mais avec Total bien au chaud. Bienvenue dans le printemps que le GIEC nous avait promis, avec 25 ans d’avance.
Au menu de cette Epine :
- Le dérèglement climatique est là. Les réponses, pas.
- Court de tennis et cour de récré : pour le budget wallon, on mérite mieux
- A Gembloux, un grand cours d’agronomie
- Enfin, une question qui fait débat : peut-on être pour l’environnement et contre le racisme ?
Bonne lecture !

Excès de chaleur, excès d’eau
Toc toc toc. Avec 25 ans d’avance sur les projections, nous avons traversé notre première canicule au mois de mai. Puis, en 12 heures, l’équivalent d’un mois de pluie s’est abattu sur la Wallonie. Chaleurs extrêmes, pluies extrêmes. Le dérèglement climatique est là. Mais nos politiques, pas.
Chaque centième de degré compte. Et pourtant, alors que la responsabilité historique des entreprises fossiles comme Total est aujourd’hui démontrée, nos responsables wallons continuent à faciliter leur développement sur le territoire. Peu importe leur rôle dans le réchauffement climatique. Peu importe les pollutions locales. Peu importe les avis de l’Administration et des expert·es. Dans un recours qui oppose Total à la Wallonie, alors que l’entreprise veut prolonger son exploitation en Wallonie sans remédier aux pollutions qu’elle a déjà causées sur son site, le Ministre de l’Aménagement du Territoire François Desquesnes (Les Engagés) vient de donner raison… à Total.
Freiner le réchauffement, mais s’adapter aussi. Et là, on est en slip-chaussettes, dans la canicule et les trombes d’eau. La Wallonie n’a toujours pas de plan d’adaptation. Si on sait très bien quelles seront nos vulnérabilités, la Ministre des AEROPORTS (et du climat) Cécile Neven (MR), tarde à sortir son plan d’adaptation. Qu’est-ce qu’on fait quand il fait 35° dans les classes ? Quand tout le réseau Bancontact est off à la suite des inondations ? Quand les infrastructures dérochent ? Qui paye, qui est responsable ? Dans un monde à +2.5°, que cultive-t-on ? Comment priorise-t-on l’eau en cas de pénurie ? Silence politique.
Ni réaliste, ni souhaitable. Alors que les assureurs alertent de plus en plus sur la difficulté de continuer à assurer les biens les plus vulnérables face aux aléas climatiques, le même Ministre de l’Aménagement du Territoire déclarait encore récemment au Parlement : « Interdire la construction en zone inondable n’est ni réaliste, ni souhaitable ». Un message qui doit être bien reçu par les milliers de citoyen·nes dont les maisons se sont retrouvées sous l’eau ce week-end et pour qui, on le rappelle, chaque nouveau m² bétonné dans le voisinage augmente les chances (!?) de voir à nouveau leur salon inondé.
Face à ces conditions extrêmes, la nature reste notre meilleure alliée. Or, pendant que la nature nous protège, nos responsables protègent Total. Heureusement, la nature peut compter sur la mobilisation citoyenne. Comme à Hamme-Mille, où des citoyen·nes se mobilisent pour stopper un méga projet immobilier, qui s’installe dans une zone marécageuse, de grand intérêt biologique et… en zone inondable. Pour les soutenir, c’est par ici.

Budget Wallon : court de tennis et cour de récré
Le Ministre du Budget et le Ministre du Budget se renvoient la balle
C’était l’annonce du Ministre du Budget wallon, aussi Ministre-Président, Adrien Dolimont (MR) : il va falloir faire davantage d’effort budgétaire et trouver 1 milliard supplémentaire d’ici la fin de la législature. Et pour cause : la dégradation de la note wallonne et donc l’augmentation des taux d’emprunts pour la Wallonie, le contexte géopolitique à l’inflation, mais aussi, dénonce-t-il, l’héritage d’une situation catastrophique de la part du précédent gouvernement.
Et il a raison : entre 2019-2024, la dette a presque doublé. La faute au Ministre du Budget de l’époque ? Qui cela pouvait-il bien être ? Oh, tiens, déjà le Ministre Dolimont ! Note pour plus tard : quand on choisit de se renvoyer la balle entre Gouvernements, vérifier au préalable qu’on n’a pas siégé dans les deux.
Nanananèère
Le budget est dans le rouge, alors même que le contexte climatique et géopolitique nous met face au mur : des investissements dans nos politiques régionales sont urgents. Assurément un immense défi pour nos dirigeant·es. Le genre qui demande du dialogue, du compromis, de la progressivité et de la responsabilité. Pas tellement ce qu’on a pu entendre, pendant une heure de débat : le MR de dire que « c’est la faute des gouvernements précédents », et le PS de répondre « c’est pire depuis que vous êtes là ».
Dites, entre les scoubidous et les mandalas, on prendrait pas 2 minutes pour avoir des discussions honnêtes et constructives sur la question ?

EGPC : les alternatives sont là, mais tout reste à faire
Enfin, nous y sommes. Les Etats Généraux de la Protection des Cultures, on en a beaucoup parlé dans l’Epine. Et enfin, nous y sommes. Le résultat d’un travail colossal, où les dizaines de personnes impliquées ont enchainé les réunions, filière par filière, pour aboutir, en un temps record, à une vision, concrète et incarnée, sur la manière dont la Wallonie va atteindre ses objectifs de réduction de pesticides. L’occasion pour la Ministre de l’Agriculture, Anne-Catherine Dalcq (MR), d’enfin affirmer une ligne politique ambitieuse sur la question des phytos.
En théorie… Parce qu’en pratique, la ministre a préféré, le temps d’une journée, retrouver le très rassurant cadre de Gembloux qu’elle connait bien, pour un moment qui ressemblait autant à des retrouvailles nostalgiques d’anciens qu’à un grand cours d’agronomie. Un exposé technique, aussi exhaustif que peu mobilisateur.
Le document est remarquable : un recueil filière par filière de toutes les alternatives aux pesticides. Vrai bon point — on n’est pas tombé dans le piège du remplacement d’une molécule chimique par une autre. Or, au vu du nombre de représentants de l’industrie phytopharma autour de la table, le risque était grand. Mais globalement, ce Vademecum est un manuel pour bien appliquer la lutte intégrée… qui est obligatoire depuis 12 ans.
Mais réjouissons-nous. L’argument de l’agrobusiness a toujours été le même : impossible de réduire les pesticides, y’a pas d’alternatives. Les EGPC sont passés, le Vademecum est publié, les alternatives y sont listées. On peut désormais passer à la suite : travailler concrètement sur la réduction des pesticides. Et là, tout reste à faire.

WWF France : protéger la nature, pas le reste
La Présidente du WWF France, Alexandra Palt, a démissionné après avoir été mise en cause pour sa participation à un rassemblement anti-raciste organisé par La France Insoumise.
L’argumentation du WWF France tient en trois points et laisse pantois :
- « Le WWF se veut apolitique, ses membres ne peuvent donc pas participer à un évènement à l’initiative d’un parti politique »
- « L’objet social de l’organisation n’intègre pas la lutte contre le racisme »
- « La France Insoumise est souvent critiquée pour son attitude à l’égard des juifs, qui font partie de nos donateurs »
Appel à vigilance, donc, pour les membres d’asbl. Il est désormais déconseillé de participer à un évènement organisé par :
- Le PS, car il critique les riches – et les riches font partie des donateurs.
- Le MR, car il critique les chômeurs – et les chômeurs font partie des donateurs.
- Ecolo, car c’est le parti des bobos – et les bobos font partie des donateurs.
- Les Engagés, car ils sont historiquement catholiques – et certains donateurs ne le sont pas.
- Le PTB, car ils sont historiquement laïc – et certains donateurs sont catholiques.
Soyez avertis. Parce qu’on ne peut pas vouloir un monde plus vert, et plus prospère, et plus juste, et moins violent, et moins raciste, et moins discriminant. Il faut apparemment choisir ses combats. Sauf qu’en voulant absolument être apolitique, on risque de prendre la position la plus politique qui soit : le statut quo.
Vous souhaitez vous abonner à l’Epine et la recevoir toutes les deux semaines ?

Aidez-nous à protéger l’environnement,
faites un don !
Faites un don



