L’Épine outrée mais courtoise – une chronique de Canopea qui vous informe sur tout ce qui se trame alors que ça ne devrait pas, et tout ce qui ne se trame pas alors que ça devrait. Parfois on parle aussi de ce qui va bien, rapport au fait de ne pas être rabat-joie. Dans tous les cas ça ne sera pas exhaustif, ni sans parti pris. Non sans cynisme, mais non sans humour.
Chères lectrices, chers lecteurs,
Ceci est le dernier numéro de l’Epine avant la trêve estivale. Alors, une fois n’est pas coutume, on ne va mettre en évidence que de bonnes nouvelles. Parce qu’après avoir alerté pendant des années sur les dérèglements climatiques et ses conséquences, voilà qu’on reproche aux scientifiques de n’avoir pas été assez pédagogues. Voilà qu’on se reproche, au sein des associations environnementales, de n’avoir usé que d’arguments rationnels et scientifiquement fondés, et pas assez d’émotions. Voilà qu’on nous reproche de faire de l’écologie punitive, plutôt que de la communication positive. Alors, on a compris. Dans cette newsletter, que des bonnes nouvelles. De l’optimisme. Et un seul mot d’ordre : PO-SI-TI-VI-Té. Alors bonne lecture, bel été, et rendez-vous à la rentrée !
Les nouvelles positives de la semaine :
- Bonne nouvelle : tout se passe comme prévu
- Bonne nouvelle : le gouvernement agit
- Bonne nouvelle : la canicule, c’est bon pour le business
- Bonne nouvelle : Total Energies est condamné
Bonne lecture !

Tout se passe comme prévu
Première bonne nouvelle : tout se passe exactement comme prévu.
Canicules plus fréquentes, plus longues et plus intenses : ✅
Pluies plus concentrées et inondations : ✅
Augmentation de la T° des océans : ✅
Dégradation irréversible de la biodiversité : ✅
Pertes agricoles : ✅
…
Tout se déroule exactement selon le plan. On a même quelques années d’avance sur le planning, puisque des épisodes comme les inondations de 2021 ou les deux canicules de mai et juin 2026 n’étaient pas attendus avant environ 10 ans.
Et aucun nuage à l’horizon pour venir gâcher ces belles prédictions : le discours sur la compétitivité a repris le dessus sur celui de la sobriété. Les militants qui s’inquiètent de la dégradation de nos conditions de vies sur Terre sont criminalisés. Les derniers remparts démocratiques sont en train de sauter. Même Canopea est à l’arrêt pendant un mois. Vraiment, aucun risque qu’on reprenne un jour notre humanité en main et que les réalités climatiques s’écartent des prévisions des scientifiques. PO-SI-TI-VI-TÉ

La Ministre du Climat est sur le coup
Plus de 35°C dans certains appartements en raison du dérèglement climatique. Avec sa compétence combinée du Climat et du Logement, la Ministre Cécile Neven était le point pivot pour aider les Wallons et les Wallonnes à traverser cette canicule. Et elle n’a pas fui ses responsabilités, puisqu’elle s’est adressée à tous et toutes avec un message fort : le gouvernement agit.
Que cette communication n’ait eu lieu qu’au 7e jour de la canicule, ce n’est pas l’important. Que la Ministre ait jugé prioritaire de d’abord communiquer sur la beauté des paysages ardennais ou la problématique des locataires qui se comportent mal ne doit pas nous chagriner. L’important, c’est le message : le gouvernement agit.
Une action en 3 volets : la mise en œuvre du Plan Énergie-Climat, la cartographie des vulnérabilités climatiques du territoire et une stratégie d’adaptation.
Alors, certes, les esprits chagrins diront que le Plan Énergie-Climat a été jugé largement insuffisant pour atteindre les objectifs climatiques. Les plus taquins souligneront que la cartographie des vulnérabilités du territoire a été initiée sous la précédente législature. Inévitablement, certains relèveront que la stratégie d’adaptation promise par le gouvernement est encore dans les limbes, avec un premier brouillon promis dans 6 mois, au mieux. Invariablement, les plus râleurs d’entre nous rappelleront que la même Ministre du Climat a mis sur pause toute la politique de rénovation de la région.
Mais pas de ça ici. Ici, ce n’est que du positif. Que du verre à moitié plein. Alors réjouissons-nous. Blanc de Meudon, couvertures de survie, tentures et barricades : pour gagner quelques degrés, nous avons brillé par notre créativité. Salade, tartines, pâtes froides : pour éviter d’allumer le four, nous avons innové. Le règne de la débrouille et du do-it-yourself. Grâce au manque d’anticipation de nos décideurs, nous avons l’opportunité de développer nos compétences. Et ça, ça c’est hyper positif.

La canicule c’est bon pour le business
La troisième bonne nouvelle de la semaine, nous vient du magazine Trends Tendance qui publie un dossier sur les opportunités économiques de la canicule.
Un point d’abord sur l’illustration : une page bleu azur avec un cornet de glace fondu. Un bel effort de communication positive. Pas question d’illustrer le dossier en montrant les ouvriers qui travaillent sur nos chantiers sous 40°C. Ou dans les hôpitaux, les urgences saturées. Non, il ne faut surtout pas dramatiser. Une glace qui fond, c’est bien. Ça montre qu’on saisit l’enjeu. Et puis ça parle à tous : tout le monde trouve ça pénible de manger des glaces quand il fait chaud. On est obligés de se presser, sinon ça coule partout. Oui voilà, ça c’est un message qui parle aux gens, ce n’est pas culpabilisant, et ça ne génère pas d’émotions négatives. Bravo Trends Tendance.
Passons maintenant au fond. Le magazine entame en rappelant que le dérèglement climatique « reste une mauvaise nouvelle pour l‘économie ». Alors, on aurait eu plutôt tendance à parler de « menace existentielle » plutôt que de « mauvaise nouvelle ». Et à la limite, de l’étendre à la survie de notre espèce plutôt qu’à la seule économie. Mais à nouveau, sans doute aurions-nous risqué de contrarier un peu nos lecteurs. Trends Tendance choisit donc, et on les comprend, d’adopter un ton positif. Car même si « le dérèglement climatique reste une mauvaise nouvelle pour notre économie », il agit à la fois comme « contrainte et révélateur d’opportunités ».
Ainsi, le dossier détaille les opportunités économiques que représente la canicule pour, notamment, les acteurs du froid, ou les vendeurs de produits « météo-sensibles ». Mais avec une condition : anticiper les bons créneaux et suivre la météo !
Petite idée pour compléter le dossier : la canicule, une super opportunité business pour les pompes funèbres. Si vous vous lancez dans la profession, sachez que la réalité risque de dépasser vos business plans les plus ambitieux ! Avec plus de 1000 morts en 10 jours en France et des pompes funèbres saturées, il y a là des parts de marché à conquérir. Mais là aussi : anticipez les bons créneaux et suivez la météo !
Merci Trends Tendance pour tous ces bons conseils. L’ensemble est très cohérent puisque quelques pages plus loin, on retrouve une interview de Corentin de Salle (MR) et David Clarinval (MR), qui expliquent pourquoi le MR prône une exploitation accrue du gaz et du pétrole en Europe. Cohérence absolue donc : plus d’énergie fossile, plus de dérèglement climatique, et donc plus d’opportunités business !

TotalEnergies condamné
En 2020, la Ville de Paris et plusieurs associations avaient attaqué TotalEnergies en justice. Au cœur du procès : la possible obligation pour la multinationale pétrolière de devoir intégrer, dans son bilan environnemental, les émissions indirectes liées à son activité.
En effet, jusqu’ici, TotalEnergies ne comptabilisait que ses émissions directes : c’est-à-dire ce qui est effectivement émis pour produire et distribuer les énergies fossiles que la multinationale fournit. Mais sans prendre en compte les émissions indirectes, c’est-à-dire les émissions produites lorsque l’essence, le gaz et le pétrole fournis par la multinationale seront effectivement utilisés par les entreprises et les particuliers, bref, par ses clients.
Le tribunal de Paris a tranché en faveur des plaignants et condamne donc TotalEnergies à intégrer les émissions indirectes dans son plan de vigilance. C’est une énorme avancée !
D’abord pour la jurisprudence, puisque, dans ce procès, on reconnaît qu’une entreprise est tenue responsable de ses émissions indirectes et ne peut pas faire reposer la responsabilité sur les seuls individus. Canopea est pour le moment en litige contre Liège Airport exactement sous le même motif. Dans son bilan environnemental, Liège Airport ne prend pas en compte les émissions des avions qui atterrissent et décollent de son site, baissant alors artificiellement son bilan carbone.
Deuxièmement, pour Hugues Falys, l’agriculteur Hennuyer qui, aux côtés de Greenpeace, Fian et la Ligue de Droits Humains, est actuellement en procès contre TotalEnergies qu’il tient responsable du dérèglement climatique et donc des pertes qu’il a subies au sein de son exploitation agricole.
Cette condamnation va faire tache d’huile et montre que les multinationales comme TotalEnergies ne sont pas intouchables. Et ça, c’est peut-être la vraie bonne nouvelle de cette Epine !
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