L’Epine – Chronique outrée mais courtoise

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L’Epine outrée mais courtoise – une chronique de Canopea qui vous informe sur tout ce qui se trame alors que ça ne devrait pas, et tout ce qui ne se trame pas alors que ça devrait. Parfois on parlera aussi de ce qui va bien, rapport au fait de ne pas être rabat-joie. Dans tous les cas ça ne sera pas exhaustif, ni sans parti pris. Non sans cynisme, mais non sans humour.

Cher lecteur, chère lectrice,

L’Epine brave les premiers froids de la saison pour vous livrer sa chronique non politiquement correcte sur les enjeux environnementaux. Avec au menu de cette semaine,

  • Un retour sur le divorce au sein d’Ecolo, au moment même où l’urgence écologique et sociale exigerait unité, constance et ambition.
  • Un focus « pesticides », dans le cadre des Etats Généraux de Protection des Cultures, où on continue de tenter de réduire sans rien mesurer et où l’agroécologie se fait royalement ghoster.
  • Une conclusion à la COP, où l’investissement de notre ministre fédéral du climat a été inversement proportionnel à l’ambition de l’accord final.
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On n’a pas trois mois à perdre

Un mariage et un divorce. Pendant que droite et extrême droite célèbrent leur lune de miel européenne, la co-présidence d’Ecolo divorce. Le parti se donne 3 mois pour élire une nouvelle présidence. Pendant que certains s’organisent méthodologiquement pour imposer leur vision, le discours d’opposition semble avoir du mal à se construire et les partis tergiversent.

Aucun parti ne semble à la hauteur des enjeux environnementaux. Le MR est dans un technosolutionnisme pragmatique. La conviction environnementale des Engagés repose sur quelques individualités. Le PS se refond, bien plus lentement que la banquise ne fond. Et Ecolo repart à la case post-élections. Le PTB ? Plus un mot sur l’environnement depuis la fin de la campagne électoral. 

Fédérer. Peu importe leur couleur politique, une part importante des citoyens ne s’identifient dans aucun des discours ultra-simplistes qui agitent le débat public. On a besoin d’un discours fédérateur. ‘C’est possible’. Une vie prospère, ancrée dans les limites planétaires, avec du temps retrouvé pour le soin et les liens dans nos communautés, une économie saine qui produit des biens nécessaires, des travailleurs reconnus dans leurs devoirs et leurs droits – c’est possible.

Où est le parti des futurs désirables ? Alors, si un jour, un parti, quel qu’il soit, décide de réenchanter nos futurs avec des propositions désirables, concrètes et justes, il pourra compter sur cette base silencieuse. En attendant, on continuera chez Canopea, à défendre et à contribuer à la prise en compte du vivant et du soin qu’il mérite dans les choix politiques et sociétaux. 

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Doigt mouillé, fantômes et boudin blanc

Pesticides : on continue la technique du doigt mouillé

Ni efficace, ni ciblée, ni coordonnée. Au printemps 2025, la Cour des comptes publiait un rapport fustigeant le manque de sérieux de la politique wallonne de réduction des pesticides. Une politique qu’elle n’estimait ni efficace, ni ciblée, ni coordonnée.

Grief principal ? Le manque de données chiffrées sur l’utilisation réelle des pesticides sur notre territoire. Si les exploitants sont bien tenus de consigner chaque pulvérisation dans un ‘carnet de champ’, rien ne précise la forme que ce carnet doit avoir : ce peut aussi bien être un logiciel vendu par l’industrie phytopharmaceutique qu’un bout de papier dans un tiroir. Impossible donc de récupérer les données (ha mince, c’est vrai, on n’avait pas pensé).

Le numérique, c’est compliqué. Pour remédier à l’affaire, le ‘carnet de champ électronique’ devait être imposé dès janvier 2026. Génial ! Enfin un système centralisé qui va permettre d’obtenir des données fiables pour piloter les politiques publiques et attester des baisses effectives d’utilisation. Heu, non pas tout à fait. Pour le moment ça devait juste être… électronique. Plutôt qu’une feuille stockée dans un tiroir, ça sera pourra être un bon vieux fichier .csv stocké en local sur un PC. D’autant que « pour les agriculteurs, le numérique c’est compliqué » (dixit, à peu de choses près, leurs représentants).

Pas à 12 mois près. De toute façon, pas de tracas, l’imposition de ce carnet de champ électronique vient d’être reportée d’un an. Ça fait 30 ans qu’on pilote les politiques de réduction des pesticides au doigt mouillé, on n’est pas à 12 mois près. 

31 octobre : le fantôme de l’agroécologie plane sur les Etats Généraux de la Protection des Cultures

Baisse annoncée de l’utilisation de pesticides. Le 31 octobre, c’était le lancement des Etats Généraux de la Protection des Cultures (EGPC). Dont l’objectif est de faire baisser l’utilisation des pesticides sur le territoire, en mobilisant notamment les leviers agronomiques, de manière réaliste, pragmatique, sans contrainte, en basant beaucoup d’espoir sur la technologie et le remplacement d’une molécule chimique par une autre molécule chimique. Comment cette baisse va-t-elle effectivement être mesurée, sans outil de pilotage ? Nul ne le sait – mais l’ambition est là.
Les EGPC, ça ne vous dit rien ? Retour en arrière.

C’était au printemps dernier. Dans une interview dans Le Soir, la ministre de l’Agriculture annonçait la création des Etats Généraux de la Protection des Cultures. Nous ignorons qui est le chargé de com qui l’a conseillée pour la préparation de cette interview… Mais le résultat était (biffer la mention inutile) – maladroit – catastrophique – drôle. Entre “les pesticides sont des outils intéressants”, “des ruminants, il y en a toujours eu beaucoup, même il y a des millions d’années” et “un pesticide c’est une molécule biologique qu’on a trouvée dans la nature et qu’on a un peu modifiée”, tout y est passé. En tout cas, une minimisation générale du risque pour la santé et l’environnement que représentaient ces substances – qui a donné lieu à une réaction très forte du monde médical. Puis à des dizaines d’heures d’auditions au Parlement wallon, où la ministre a écouté – avec intérêt – scientifiques, ONGs et médecins qui se sont relayés à la barre pour témoigner des impacts sanitaires et environnementaux majeurs des pesticides. Tout ça pour une com un peu mal foutue.

Ça y est, c’est l’automne, et avec lui, le grand lancement des… Etats Généraux de la Protection des Cultures. Dénomination étonnante qui reprend la novlangue des meilleurs lobbyistes de BelPlant (non, ce n’est pas une marque de terreau – c’est le nom du lobby des producteurs de pesticides). On évite ainsi les termes ‘pesticide’ et autre ‘produit phytosanitaire’, pour leur préférer un lénifiant ‘produit de protection des plantes’ (enfin, seulement de certaines, le but des herbicides étant précisément de dézinguer toutes les autres). Ceci dit, si vous n’êtes pas agriculteur, représentant de syndicat, vendeur de pesticides, négociant en semences OGM ou lobbyiste de la chimie, il y a de grandes chances que vous n’y soyez pas allé. Heureusement, Canopea y était, et vous a préparé un résumé exhaustif.

Avec un constat inquiétant pour cette première journée : il y a un risque net que les alternatives systémiques soient dévalorisées par rapport aux alternatives de substitution technologique. Comprenez – que l’agroécologie se fasse royalement ghoster. Et pourtant…

Sur six risques climatiques majeurs – deux trouvent leur remède dans l’agroécologie

Six risques climatiques majeurs pour la Belgique. Dans cette première évaluation des risques climatiques qui pèsent sur la Belgique, le CERAC en identifie 6 liés au dérèglement climatique et à la dégradation des écosystèmes, qui nécessitent une prise de mesure urgente. Parmi les six, deux concernent l’alimentation :

2 en 1. Pour répondre à ces 2 risques, 1 solution proposée par le CERAC : le développement de l’agroécologie. Mettre en œuvre de meilleures pratiques agricoles, rétablir la santé des sols, diversifier les cultures, favoriser les variétés plus résistantes, maintenir une couverture végétale du sol, favoriser les haies.

Etats Généraux de l’agroécologie & du bio ? On ne sait pas vous, mais au regard de ce rapport, le focus des états généraux de protection des cultures sur les technologies et le travail filière par filière parait tout de suite moins pertinent. Comme si les concepts de ‘sortir des silos’ et ‘vision systémique’ étaient un peu passés à la trappe. Madame la Ministre, on corrige le tir en 2026, et on organise les états généraux de l’agroécologie & du bio ? On a plein d’idées !

La bonne nouvelle de la semaine

Le prix des terres agricoles a augmenté de 44% en 7 ans. Le hachis porc et bœuf est vendu à 4.29€/kg chez Lidl. 70% des agriculteur·trices wallon·nes seront pensionné·es d’ici 10 ans… Mais le boudin blanc obtient l’Indication Géographique Protégée ! Et ça, à un mois des fêtes, ça nous remet vraiment du baume au cœur.

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Bons baisers de Bélem – Chapeau bas M. Crucke

Le texte est naze. C’est en ces termes que le climatologue François Gemenne a commenté l’accord de Bélem, en ajoutant « On aurait dû faire écrire le texte directement par les compagnies pétrolières et les industries du charbon, tout le monde aurait perdu moins de temps ». Mais pas notre Ministre du climat. Dans cette ambiance de lendemain de soirée ratée, un personnage sort du lot. Jean-Luc Crucke, Ministre Fédéral du Climat, qui a brillamment pallié l’absence lamentable de notre premier Ministre.

La transition est en cours – et elle est irrémédiable. Vers une sortie des énergies fossiles – c’est sur cet engagement flou que se sont quittés les états à la fin de la COP28. Un engagement qu’il est temps de concrétiser, avec la mise en place de feuilles de route concrètes pour accélérer la sortie. Voie dans laquelle la Belgique va s’engager, le Ministre Crucke ayant fini par arracher un accord du gouvernement fédéral. La fin des 15 milliards de subsides que notre gouvernement verse chaque année aux énergies fossiles ? Dans un contexte budgétaire tendu, ça semble être une bonne idée. “Pas du jour au lendemain, mais c’est la direction qu’on prend et elle est irrémédiable”.

Sur le climat, il est plus difficile de conclure un accord avec l’Inde, l’Arabie Saoudite et la Chine qu’avec le MR et la NVA. En effet, si 80 pays ont finalement rejoint cette coalition, la sortie des énergies fossiles ne figure pas dans l’accord final de la COP, sous la pression de ces grandes puissances. Mais tout espoir n’est pas perdu, les pays signataires s’étant déjà donné rendez-vous au moins d’avril, sous l’impulsion de la Colombie, pour continuer le travail de concrétisation de la sortie des énergies fossiles.

Jean-Luc Crucke en mode super héros de l’info. En marge de la COP, le Ministre Crucke a annoncé avoir scellé un partenariat avec QuotaClimat pour identifier et mieux comprendre les risques liés à la désinformation climatique dans les médias et sur les réseaux sociaux. L’ambition est forte, surtout si elle s’accompagne d’un arsenal juridique complet pour sanctionner les fake news climatiques. Clarinval comes next ? Des exemples de communications politiques climatosceptiques on en a plein. Jean-Luc Crucke aussi, lui qui qualifie publiquement son collègue de gouvernement, David Clarinval (MR), de ‘climatosceptique’. Une opportunité pour pouvoir aussi, via cet arsenal juridique, condamner la communication politique qui nie les enjeux liés aux crises environnementales ?   

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Logo de l'Epine (une branche de rosier montrant ses épines) et sa baseline Chronique outrée mais courtoise

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