La Rose – Chronique outrée mais courtoise

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L’Épine outrée mais courtoise – une chronique de Canopea qui vous informe sur tout ce qui se trame alors que ça ne devrait pas, et tout ce qui ne se trame pas alors que ça devrait. Parfois on parle aussi de ce qui va bien, rapport au fait de ne pas être rabat-joie. Dans tous les cas ça ne sera pas exhaustif, ni sans parti pris. Non sans cynisme, mais non sans humour. 


Chères lectrices, chers lecteurs, en cette semaine de St Valentin, l’Epine se pare de ses plus beaux atours et devient la Rose. Une newsletter sous le signe de l’amour et de la romance.

Pour l’occasion, si vous comptiez offrir une petite sortie culturelle à votre moitié, espérons que vous avez bon gout ! Car si les gouts et les couleurs, ça ne se discute pas, il apparait que ça peut quand même être taxé différemment. Un concert de rock sera dorénavant plus taxé qu’un concert de musique classique. Une sortie au théâtre plus taxée qu’une sortie à l’opéra. A partir du 1er mars, le gouvernement fédéral s’autorise ainsi à taxer davantage ce qu’il trouve de mauvais gout.  Ainsi, pour le prochain exercice budgétaire, attendons-nous à ce que les sarouels soient plus taxés que les costards, que Le Soir soit plus taxé que l’Echo, et la Moinette Bio plus taxée que la Veuve Clicquot.

Au menu cette semaine, l’amour à toutes les sauces:

  • Cœur à prendre : environnementalistes cherchent âme sœur
  • Parades nuptiales : De Wever sort le grand jeu pour séduire l’industrie
  • Love Match: PS et MR ont Charleroi en commun
  • Qui aime bien châtie bien : la guerre culturelle est lancée

Bonne lecture !

Coeur à prendre : environnementalistes cherchent âme sœur

Sur les 10 risques majeurs auxquels fera face l’humanité au cours des 10 prochaines années, 5 sont des risques liés à la dégradation de l’environnement (Forum Économique Mondial, Global Risk Report, 14 janvier 2026).  

L’extinction massive de la biodiversité pose une menace directe sur la sécurité des États, notamment en termes de pertes de production alimentaire, de développement de zoonoses, de risques sur l’approvisionnement en eau (UK intelligence services, Nature security assessment on global biodiversity loss, ecosystem collapse and national security, 20 janvier 2026).

Les modèles économiques qui guident les décisions prises par les gouvernements, les banques et les investisseurs sous-estiment systématiquement les risques économiques existant dans un monde à +2°C, créant un faux sentiment de sécurité. (Carbon Tracker and University of Exter, Recalibrating Climat Risk, 5 février 2026).

Trois rapports édifiants publiés dans le premier mois de 2026. Une même conclusion : le dérèglement climatique et la perte de biodiversité menacent, à court terme, notre économie, notre sécurité, notre production alimentaire.

Et pourtant…

Sur les préoccupations récentes de nos responsables politiques, tous bords confondus, ce sujet n’apparait jamais.

Quelques exemples en date.

  • La Chambre de représentants qui a été animée par le premier bilan, 1 an après la mise en place de l’Arizona. Le PS interroge le gouvernement sur son bilan pour sur le pouvoir d’achat et plein emploi. Défi interroge sur la réforme du chômage et le démantèlement démocratique de la Belgique. Le PTB invective sur l’augmentation des nouvelles taxes, la rémunération du travail et les malus pensions. Ecolo interroge sur la situation des demandeurs d’emploi, des publics précaires et des pensionnés, des jeunes et des migrants. Des sujets centraux, bien sûr… Mais pas une interpellation sur le bilan environnemental et climatique de l’Arizona.
  • Les vœux du gouvernement MR-(Engagés). Un discours uniquement centré sur l’industrie & la simplification. Pas un mot sur le social, sur la santé, sur l’environnement, sur la nature, sur la qualité de vie, sur les PME, … Si vous n’êtes pas issu du secteur économique traditionnel, sachez que le gouvernement n’a pas jugé nécessaire de vous souhaiter une bonne année.
  • Le grand entretien de retour aux affaires de Paul Magnette. Une critique en règle de l’Arizona sur le déficit budgétaire, les choix en matière de défense, le positionnement de De Wever… Si le président du PS pense que le budget de l’Arizona est bâti sur du sable, force est de constater que cet entretien est également un désert de propositions concrètes. Sur l’ensemble des sujets. Y compris bien sûr sur les enjeux climatiques et environnementaux. Il semble bien loin l’éco-socialisme.
  • Le projet politique des deux candidats à la co-présidence d’Ecolo. Leurs premières déclarations portent principalement sur ‘la riposte’, la guerre culturelle. Sont citées les politiques violentes sur le plan social, les femmes, les minorités, les soins de santé l’enseignement. Tout en reprochant, finalement, que les enjeux environnementaux soient actuellement relégués au second plan. Ce qu’ils font également, notons-le, dans la présentation de leur projet politique.

Après ce rapide speed-dating, un bilan. Environnementalistes cherchent âme sœur. Un ou l’autre parti qui semblerait se préoccuper un tant soit peu de la survie de l’humanité sur une planète viable. Ou sommes-nous trop ambitieux ? A ce stade, on se contenterait même d’une petite amourette d’été.

Lune de miel ? Un parti semble tout de même tirer son épingle du jeu. Un parti qui organise une conférence sur le climat. Un parti qui tente de recadrer – maladroitement– notre premier ministre quand son discours prend des accents de pause environnementale (‘La charrue avant les boeufs’). Un parti qui recentre sa communication sur les générations futures. Les Engagés se montrent engagés – du moins dans les discours – sur la lutte environnementale et climatique. Tout en peinant à faire émerger le sujet dans les différents gouvernements où ils sont présents, et à obtenir des victoires sur ce plan. « Ca serait pire sans nous », entend-on. A n’en pas douter. Mais face à l’urgence environnementale et climatique, « éviter le pire » n’est plus une option. C’est dans l’obtention de résultats concrets que se jouera la crédibilité environnementale des Engagés.

Parades nuptiales : quand les politiques sortent le grand jeu pour séduire l’industrie

La saison des amours entre politiques et industriels est bien lancée. Que ce soit au niveau européen, fédéral ou régional, nos responsables politiques paradent, plumes déployées, pour séduire les industriels. Et comme une poule de luxe difficile à satisfaire, l’industrie traditionnelle, pétro-chimie anversoise en tête, multiplie les demandes pour voir jusqu’où ses prétendants seront prêts à aller.

Un assouplissement des règles ? Bien sûr. Dix Omnibus sont en cours, pour ‘simplifier’.
Une énergie moins chère ? Bien volontiers. La norme énergétique est sur les rails.
Une pause environnementale ? Cela va de soi. Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs.  
Des permis plus faciles à obtenir ? Vos désirs sont des ordres. Pour les projets ‘stratégiques’, le gouvernement wallon s’occupe de tout.
Moins de recours ? Et comment ! Le gouvernement flamand réduit les possibilités de recours pour les citoyens.

Mais point ne suffisent les palabres. Dame Poulette veut aussi des cadeaux. Financés avec de l’argent public, s’il vous plait. Aides à l’investissement, réductions fiscales… 25 milliards de subsides publics sont ainsi versés chaque année sous diverses formes aux entreprises. Avec peu, ou pas, de conditionnalité, lors de l’octroi, sur l’engagement réelle de celles-ci dans la transition. Les dépenses sont ainsi collectivisées, alors que les profits restent, eux, bien sagement privatisés.

Et pour être sûr de conclure : inviter la Dame dans un lieu intime et romantique pour qu’elle vous glisse au creux de l’oreille ses 10 désirs les plus fous.  

Le château d’Alden Beisen, où les dirigeants Européens et les fédérations industrielles se réunissent ce 12 février. (Source : Adobe Stock – 407249062)

Mais qui cherche-t-on réellement à charmer ? A force de courir après la poulette dorée, on finit par ignorer celles qui, déjà là, fidèles et engagées, sont les amours amenés à durer. Car les acteurs industriels demandent toujours plus, sans jamais promettre de rester. Alors la parade n’a pas de fin, et laisse le mâle fatigué, dépité, et le portefeuille vidé.

Les PME, les coopératives, l’économie sociale, les industries ancrées dans nos territoires – voilà celles qu’il nous semble important de reconquérir. Celles-là n’attendent pas la suppression des règles, mais leur stabilité. Pas d’abandon des objectifs climatiques, mais des moyens pour les atteindre. Voilà précisément celles qui incarnent le mieux ce que l’Europe prétend défendre : une industrie résiliente, moins dépendante des importations fossiles, créatrices d’emplois locaux, capables d’innover sans s’endetter sur le dos de l’environnement.

Si l’industrie traditionnelle a l’occasion de souffler ses 10 commandements à l’oreille nos politiciens, Kaya et Canopea ont une autre proposition : 10 commandements pour une industrie résiliente.

Si on changeait de stratégie de séduction ? Moins de cadeaux sans condition, plus de soutien ciblé pour celles et ceux qui transforment déjà leur modèle. A force de vouloir séduire ceux qui n’ont jamais eu l’intention s’engager, on risque de passer à côté d’une relation plus durable.

Love Match: PS et MR ont Charleroi en commun

Quel est le point commun entre Adrien Dolimont (MR) et Paul Magnette (PS) ? Tous les deux pensent que l’aéroport de Charleroi est une pépite de l’économie Wallonne.

« L’aéroport de Charleroi est un moteur économique crucial pour la Wallonie ». Adrien Dolimont, 20 juillet 2025,

« L’aéroport de Charleroi est un joyau de l’économie wallonne », Paul Magnette, 31 janvier 2026.

Peu après, le ministre wallon des pouvoirs locaux, François Desquennes (Les Engagés), tente un plan à 3 et s’y met aussi : « Quand on tue une poule, elle ne pond plus d’œufs après », François Desquennes (LE), 6 février 2026.

Remarquons d’ailleurs qu’entre la communication du Ministre Président Wallon, où il précise que l’aéroport de Charleroi est pourvoyeur de 3000 emplois directs, et celle du Ministre Desquennes qui évoque 950 emplois directs, on a perdu en 6 mois 2050 emplois sur le site de Charleroi. Quelqu’un en a-t-il entendu parler ?

Mais réjouissons-nous : il est rare de voir un tel consensus traverser les lignes partisanes. Voilà donc un joyau de l’économie : un aéroport qui survit grâce aux subsides. Un aéroport qui coute chaque année aux pouvoirs publics plusieurs milliards d’euros de dépenses indirectes (mortalité prématurée chez les riverains en raison du bruit et de la perturbation du sommeil, dépréciation immobilière des biens exposés, etc). Un aéroport, enfin, qui est hyper dépendant d’une seule compagnie aérienne low cost, laquelle peut dès lors dicter ses conditions, faire pression sur la direction de l’aéroport… et jusqu’aux décisions politiques.

Car ce joyau de l’économie, le gouvernement fédéral veut le taxer. Ce moteur économique crucial pour la Wallonie, la commune de Charleroi veut le taxer. Mais heureusement, le gouvernement wallon veille : non, non, surtout ne taxez pas Charleroi, qui ne pourrait pas vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Le GW semble ainsi répondre directement aux chantages du patron de Ryanair, alors même qu’il est facile de démontrer que ces taxes n’auront que peu de conséquences sur l’activité de l’aéroport.

Les Shifters montraient récemment que même avec les hypothèses les plus optimistes sur le développement des carburants durables (SAF), les perspectives de croissances annoncées par le secteur de l’aviation sont incompatibles avec le respect des objectifs climatiques. On choisit pourtant de continuer à financer, à perte, avec de l’agent public un modèle économique obsolète et à bout de souffle. Et si on laissait l’aéroport voler de ses propres ailes ?

Qui aime bien châtie bien : la guerre culturelle est lancée

Le duo candidat à la co présidence d’écolo a fait ses premières interviews pour rassurer les militants et imprimer sa ligne. Et selon RTL: “Sa stratégie est claire”.

La stratégie ? “On va rentrer dans la bataille culturelle”. Remarquons qu’on ne dit pas “gagner la bataille culturelle”. Juste “y entrer”. C’est bizarre, parce que les autres acteurs progressistes qui n’ont pas passé les 18 derniers mois sur la touche, avaient déjà l’impression d’y être bien entrés, dans la bataille culturelle.

Adopter la technique des adversaires, donc ? Car c’est bien assumé, notamment par le Centre Jean Gol (centre de recherche du MR), que sa mission est désormais de travailler sur le combat d’idée. S’enfermer dans une guerre, à moyens inégaux, et avec 18 mois de retard. Voilà donc la stratégie claire de la co-présidence d’Ecolo ?

D’autres ont eu plus de finesse. Quelle bataille culturelle ? Magnette répond: “Je retiens un principe de base en politique : n’allez jamais vous battre sur le terrain où votre adversaire essaye de vous attirer”.

Il nous reste alors à espérer que la future co-présidence soit en fait bien plus stratégique qu’elle ne le laisse paraitre. C’est du bluff ! Une diversion. En coulisse, quelque chose de plus solide se construit. Car ce qui semble être reproché à Ecolo n’est pas un manque de combativité – mais un déficit d’imaginaire politique.

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