L’Épine outrée mais courtoise – une chronique de Canopea qui vous informe sur tout ce qui se trame alors que ça ne devrait pas, et tout ce qui ne se trame pas alors que ça devrait. Parfois on parle aussi de ce qui va bien, rapport au fait de ne pas être rabat-joie. Dans tous les cas ça ne sera pas exhaustif, ni sans parti pris. Non sans cynisme, mais non sans humour.
Chers lecteurs,
Au menu de cette newsletter :
- Malbouffe et tabac : même combat !
- Climat : perdu pour perdu, autant faire des thunes
- Destinations de rêves pour voyage en Omnibus
Mais avant toute chose : force à tous les vélo-taffeurs, les train-walkers et autres trottineurs qui se font systématiquement doucher la tronche chaque matin en allant au travail, depuis 2 mois déjà. Vous êtes la preuve vivante que non, il n’y a pas « déjà un petit air de printemps ». La mobilité douce, c’est la vie, même sous la pluie. Courage & merci !


Malbouffe & tabac – même combat
La nourriture ultra-transformée crée un phénomène d’addiction comparable à celui de la nicotine.
Relisez bien cette phrase. C’est le résultat d’une étude publiée en ce début d’année dans le Milbank Quarterly Journal, une revue scientifique spécialisée dans les politiques de santé publique. Ce résultat casse en tout point le discours bien trop étendu et convenu sur la responsabilité individuelle – “les gens n’ont qu’à mieux manger”, “c’est une question d’éducation”, “chez moi, on mange des produits frais”.
Ingénierie de la malbouffe. Les chercheurs vont plus loin : en faisant le comparatif entre l’industrie du tabac et l’industrie agro-alimentaire, ils démontrent comment les choix réfléchis des industriels, notamment en termes de marketing, alimentent les épidémies de maladies évitables. Ils demandent une mise en place de prévention et de restrictions sur la vente et la publicité d’aliments ultra-transformés, comme on l’a fait pour le tabac.
Gavés de pub. Cette étude rejoint la pile grandissante de celles qui dénoncent l’impact de la malbouffe sur la santé, et le rôle actif et conscient joué par l’industrie agro-alimentaire. Un impact sur les individus, mais également sur tout le système de santé publique. L’interdiction de la pub pour la malbouffe est une urgence sanitaire et politique.
En attendant, on propose de déjà modifier le message écrit en petit sous les pubs de pizza surgelée :
“Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé”.


Climat : on mitige, on s’adapte ou on fait l’autruche ?
Climate Hoax. Trump continue sa lutte climatosceptique contre toute avancée qui permettrait de réduire les émissions de GES. Cette semaine, c’est le Clean Air Act qui passe à la trappe, la loi qui visait à réguler les émissions de polluant et de gaz à effet de serre dans l’air. Selon Trump, « le plus grand acte de déréglementation de l’Histoire ». Parfait. D’ailleurs, les États-Unis sous la neige, c’est bien la preuve que le réchauffement climatique, ça n’existe pas.
Le futur ,c’est maintenant. En même temps, la France est sous l’eau. Après la sécheresse dramatique de 2025, les inondations de 2026. Avec un discours unanime des scientifiques, « on est en train de vivre ce qui est le futur ».
Risques impayables. Plus près de chez nous, le secteur assurantiel belge, via la voix d’Assuralia, s’inquiète des impacts du dérèglement climatique sur ses assurés. En cas de nouvelle inondation, le risque que les personnes sinistrées ne puissent être dédommagées entièrement, même en étant bien en ordre d’assurance, est bien réel. En cause : un système de partenariat public privé qui encadre le système assurantiel en cas de catastrophe naturelle. Les assureurs interviennent jusqu’à un certain montant, la Région wallonne prend le relais au-delà. Sauf que le flou juridique qui entoure ce système ne garantit pas actuellement que 1) la Région ait effectivement les moyens de dédommager les ménages et 2) qu’elle le fasse effectivement. Le secteur assurantiel se prépare à cette éventualité : en augmentant les primes d’assurances, voir en refusant d’assurer certains biens trop à risques, notamment les habitations situées en zone inondable.
Même les banques passent à la caisse. 7,55 millions d’euros. C’est le montant de l’astreinte imposée au Crédit Agricole par la BCE. Le Crédit Agricole est ainsi la 2eme banque à être sanctionnée, après la banque espagnole Abanca pour manque d’évaluation des risques liés au climat et à l’environnement qui existent dans leurs portefeuilles d’investissement. En 2020, la BCE imposait à toutes les banques de réaliser une évaluation des risques liés au climat et à l’environnement qui pèsent sur leurs activités, et d’intégrer ces risques dans leurs processus opérationnels et leurs décisions. La BCE reconnaissait ainsi que les risques climatiques constituaient un des principaux facteurs de risque pour les banques de la zone euro.
Autant faire des thunes. Les inondations en France sont une énième piqure de rappel : le futur, c’est maintenant. Les États-Unis font l’autruche. Mais en Europe, les risques financiers liés au dérèglement climatique commencent à inquiéter. Sans pour autant mener à des actions – au contraire, ici aussi, on dérégule (voir sujet suivant). Après avoir globalement échoué à respecter les Accords de Paris, la politique internationale se délite : certains restent bien actifs, certains font comme si de rien n’était, d’autres se disent « foutu pour foutu, autant faire des thunes ».
Il faudra s’adapter. Parce que, qu’on y croie ou pas, le dérèglement climatique est là. Les factures seront impayables et les pouvoirs publics certainement pas en mesure de les assumer. Qui épongera alors les dettes de l’inaction politique ? Au milieu de tout ça, vous et nous qui regardons ce show avec un œil un peu désabusé. On sait que les gestes individuels ne sont pas la clé. On sait que ça se joue à une autre échelle. A une échelle où c’est le grand cirque. Alors bien sûr qu’on continue d’aller au taf en vélo sous la pluie. Bien sûr qu’on continue à favoriser nos petits producteurs. Bien sûr qu’on continue à acheter des brols en 2e main. Bien sûr qu’on continue à recréer des liens, du collectif et des communautés. Parce qu’à défaut d’avoir pu mitiger, il faudra bien s’adapter.


En vacances cet hiver ? Prenez l’omnibus

Une définition. En 2019, l’Europe rêvait grand. En adoptant son Green Deal, elle ambitionnait d’être le premier continent climatiquement neutre en 2050. Avec une vision stratégique ambitieuse pour beaucoup de sujets : le climat, l’énergie, les transports, l’alimentation, la biodiversité, l’industrie… En 2025, l’ambition de l’Europe est bien moindre et tient en un mot : simplifier. Ou plutôt déréguler. Une définition bien explicite donnée par WWF Europe.
Dix propositions de loi Omnibus en 12 mois, chacune touchant à plusieurs plans différents de la législation européenne. Chacune à des stades d’adoption différents. Simplification, vraiment ?
Destination ? Vous avez raté le premier Omnibus ? Pas de tracas, il y en a 9 autres qui arrivent ! Tous prennent des chemins différents pour arriver à une même destination : un détricotage en règle de toutes les législations ambitieuses que l’Europe a mis 30 ans à construire. En manque d’idées voyage ? Voici quelques itinéraires proposés.
Si vous voulez vous assurer de pouvoir continuer à financer des projets délétères pour l’environnement, prenez l’Omnibus II.
Un week-end à la campagne ? D’accord, mais pas pour voir des prairies verdoyantes ou des zones humides chatoyantes. Prenez l’Omnibus III et apprenez comment la PAC pourrait bientôt davantage détruire ces milieux riches en biodiversité.
Si votre truc c’est plutôt les zones de conflit, prenez l’Omnibus V. Et un cheat-code incroyable : prononcez le mot ‘défense’, et vous ne devrez plus vous confronter aux obligations environnementales. Pratique, surtout quand on se souvient que la pollution aux PFAS à Chièvres était issue d’un site militaire.
Voyage culinaire en perspective ? L’Omnibus X est fait pour vous. Attention, possible présence de pesticides dangereux, voire interdits dans la nourriture offerte. Les organisateurs déclinent toute responsabilité en cas de maladie chronique associée.
Pour en savoir plus : abonnez-vous à la notre Racine ! Une newsletter bien plus sérieuse que celle-ci, dont un prochain article sera consacré à une analyse de ces textes omnibus et de leurs conséquences.
Bats les pattes. Chaque législation européenne constitue un rempart qui protège notre environnement et notre santé. La Commission est en train de détricoter, maille par maille, le pull qui nous tient chaud. Au risque de laisser les Européens en slip dans ce contexte géopolitique tendu. Plus de 250 000 citoyens européens ont déjà signé la campagne Hands Off Nature pour mettre fin à cette rage dérégulatoire. Rejoignez-les !
Parce qu’avec tout ce détricotage, et qu’à la fin d’une chronique, on se retrouve à poil sans ses bottes, il faut bien de l’imagination pour trouver une chute rigolote.
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