L’Épine outrée mais courtoise – une chronique de Canopea qui vous informe sur tout ce qui se trame alors que ça ne devrait pas, et tout ce qui ne se trame pas alors que ça devrait. Parfois on parle aussi de ce qui va bien, rapport au fait de ne pas être rabat-joie. Dans tous les cas ça ne sera pas exhaustif, ni sans parti pris. Non sans cynisme, mais non sans humour.
Chères lectrices, chers lecteurs,
Partout des odeurs de barbecue. Nos campagnes vibrent à nouveau au son des tondeuses. Parcs, terrasses et Ravels retrouvent leur fréquentation saisonnière. Les cerisiers sont en fleurs, les pulvérisateurs sont de sortie, pas de doute, le printemps est là !
Mais votre nature, vous la préférez comment ? Libre et sauvage dans nos forêts ou enfermée à Pairi Daiza ? Le Gouvernement wallon, lui, a choisi !
Et vos pommes, avec ou sans PFAS ? Le parlement fédéral avait l’opportunité d’interdire l’utilisation des pesticides PFAS, mais les Engagés ont préféré ne pas se mouiller.
Deux sujets à découvrir dans notre Epine !


Votre nature, vous la prendrez comment ?
Pas d’argent en nature
Pas d’argent en nature
« A poil, sans ses bottes”, ainsi se clôturait la dernière chronique de l’Epine. Si le sens figuré concernait alors le détricotage des lois européennes, il apparait que cette phrase doit être prise au sens propre en ce qui concerne le DNF – le Département de la Nature et des Forêts. Il y a un an, ce service de l’administration wallonne en charge des politiques liées à la nature, alertait sur les coupes budgétaires qui mettaient à mal son travail. Très pragmatiquement, 1 paire de bottes à se partager entre plusieurs collègues pour les sorties sur le terrain.
Du génie. A ce manque de moyens budgétaires s’ajoute un manque de moyens humains. Le moratoire sur les nouveaux engagements au sein de l’administration mis en place par le GW mène à une situation où ce sont plus d’une centaine de postes qui sont actuellement vacants au sein du DNF. Et c’est là tout le génie du Gouvernement : pas assez de bottes pour tout le monde ? Y’a qu’à diminuer le nombre de pieds à chausser.

En attendant, c’est la nature qui trinque. Parce que face à cette situation, et afin de préserver la santé mentale de ses agents, le service a décidé de ne plus assurer certaines missions qui lui sont confiées. Fini donc la création de nouvelles réserves naturelles, la remise d’avis dans le cadre de demande de permis, l’organisation des examens de chasse, l’achèvement des animaux accidentés. Le gouvernement définance tellement son administration que celle-ci annonce publiquement qu’elle ne fera plus une partie de son travail. Rappelons qu’en début de législature, c’est 75% des budgets consacrés à la biodiversité qui avaient été supprimés par la nouvelle majorité MR-Engagés, même si le tir avait été légèrement corrigé lors de l’exercice budgétaire suivant. 11 millions d’euros : voilà le budget résiduel annuel dédié à la biodiversité.
Mais bien pour Pairi Daiza
Un subside. 11 millions d’euros ? Tiens, c’est aussi le montant du subside accordé par le Gouvernemnt Wallon à Pairi Daiza pour la construction d’un nouveau centre aquatique dans la serre tropicale de Pairi Daiza.
Et une dérogation. Non content d’aider à financer la super nouvelle piscine, le Gouvernement Wallon, via son ministre Président Adrien Dolimont (MR), utilise également la ‘modernisation’ du code du bien-être animal, pour de réintroduire la possibilité de détenir des cétacés, détention qui était interdite par le droit wallon depuis 2019. Aucun lien pensez-vous ?
Merci Eric, merci. Suite à l’interdiction des delphinariums, “en Europe, une soixantaine de dauphins se retrouvent aujourd’hui sans avenir clairement défini”. Eric Domb, le patron de Pairi Daiza, poursuit alors : “Leur offrir un refuge sans spectacle, dans lequel ils pourront vivre dans les meilleures conditions possibles, est une solution que Pairi Daiza est prêt à étudier”. Parce que c’est bien beau de construire une nouvelle piscine, encore faut-il savoir quoi mettre dedans !
Pour le retour du vivant.
Votre nature, vous la préférez comment ? Pas d’argent pour le DNF, ni pour les associations de protection de la nature, mais des subsides et des modifications de lois à la demande de Pairi Daiza. Il semble que la nature, notre gouvernement la préfère concentrée et enfermée dans un parc, plutôt que libre et sauvage partout en Wallonie.
Alors, il est grand temps de rejoindre les plus de 21 000 citoyen·nes qui, en quelques jours, s e sont mobilisés pour demander une politique ambitieuse de protection de la nature. On compte sur vous pour faire péter les compteurs en allant signer la pétition Pour le Retour du Vivant.


Polluants éternels : stérile majorité, indécis Engagés
Majorité contre opposition. C’est le résultat d’un vote à la Chambre. L’objet ? Une proposition de loi pour interdire l’utilisation de pesticides PFAS, à l’initiative d’Ecolo, de Groen et du PS. Ces pesticides sont utilisés à grande échelle dans les cultures, où les PFAS qu’ils contiennent se retrouvent dans les aliments, ou s’infiltrent jusqu’aux nappes d’eau souterraine. Dans les deux cas : un retour direct dans nos assiettes – sur les pommes, dans le pain, dans notre eau du robinet, mais aussi dans l’eau en bouteille ou dans le vin, pour ne citer que quelques aliments de base).
Chèvre contre chou. Dans les partis francophones, MR et Engagés ont donc voté contre cette proposition. Que le MR s’oppose à une mesure de protection de la santé publique et de l’environnement ne vous étonnera plus. Mais c’est bien plus surprenant de la part des Engagés. Puisque le Ministre Coppieters – ministre Engagés rappelons-le—porte exactement le même projet de loin au niveau wallon ! “On n’allait quand même pas faire tomber le gouvernement là-dessus”, nous dit une source proche des Engagés. Une preuve supplémentaire du double discours du parti sur les matières environnementales ? En tout cas, on imagine la tête du Ministre Coppieters lorsqu’il a réalisé que son parti s’opposait à l’exacte même mesure que celle que lui-même porte au niveau régional. Les Engagés tentent de ménager la chèvre et le chou. Pendant ce temps, les polluants éternels s’accumulent dans les deux.
Pas plus loin que l’Europe. Si les Engagés sont bloqués au niveau fédéral, outre un manque criant d’ambition, c’est peut-être parce que l’accord du gouvernent qu’ils ont formé avec le MR les oblige à attendre l’Europe pour bouger. Pourtant, l’Europe ne bougera pas. Et pour dénoncer cela haut et fort, plus de 200 victimes de la pollution aux PFAS partout en Europe se sont rassemblées devant le parlement européen pour demander des actions concrètes. La Présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen, trop occupée à déjeuner avec les industriels de la chimie la semaine précédente, n’avait sans doute plus le temps pour recevoir les victimes cette semaine.

Rassurez-vous. Y’a des choses qui bougent quand même. Si si, la Wallonie relance un énième biomonitong sur les PFAS. Pour qu’on ait encore plus de chiffres sur l’ampleur de la pollution. Pour que plus de personnes reçoivent dans leur boite aux lettres un résultat de prise de sang dont ils ne savent que faire. Pour encore alimenter l’écoanxiété. Vous êtes contaminés ? Vos enfants aussi ? On est désolés. Par contre, nous on ne compte rien faire. Comprenez… On ne va quand même pas faire tomber le gouvernement là-dessus.
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