L’Epine – Chronique outrée mais courtoise

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L’Épine outrée mais courtoise – une chronique de Canopea qui vous informe sur tout ce qui se trame alors que ça ne devrait pas, et tout ce qui ne se trame pas alors que ça devrait. Parfois on parle aussi de ce qui va bien, rapport au fait de ne pas être rabat-joie. Dans tous les cas ça ne sera pas exhaustif, ni sans parti pris. Non sans cynisme, mais non sans humour. 

Chères lectrices, chers lecteurs,

A 2.5€ le litre de carburant à la pompe : voilà les bons vieux réflexes de sobriété qui reviennent. Un peu plus de covoit, un peu moins chaud sur le thermostat. Pour ceux à qui viendrait l’idée de troquer la voiture pour la mobilité active : soyez avertis. 0° le matin, 15° l’après-midi : vous serez soit trop vêtus, soit pas assez. Bienvenue dans le club de ceux pour qui le mois de mars est difficile à gérer.  

Dans ce nouveau numéro :

  • Visages neufs chez les verts : Ecolo & Groen changent de tête
  • Frelons vs Drones : le mauvais script de Sci-Fi inventé par le MR
  • 2e but contre leur camp : les Engagés récidivent
  • Duels de fins connaisseurs : mais qu’est-ce qu’il faut croire ?

Bonne lecture !

Au Nord comme au Sud, changement de tête chez les Verts

94% des voix – Marie-Colline Leroy et Gilles Van den Burre remportent haut la main la confiance des militant.e.s Ecolo pour assurer la co-présidence du parti. La victoire est éclatante – même si elle était annoncée – Marie-Colline Leroy et GVDB étant les seuls candidats au poste. Il faut dire que le job s’apparente plutôt à désamorcer une mine antipersonnelle avec deux cuillères en bois qu’à reprendre la présidence d’un parti. En effet, les sondages montrent un encéphalogramme plat pour le parti qui stagne à 7% des intentions de vote depuis les élections de 2024. Le contexte géopolitique, sur fond de montée de fascisme et de course à l’armement, a relégué l’urgence environnementale et climatique au second plan du débat public. La tâche des deux nouveaux élus s’annonce ardue.

Quel est le plan ? Comment vont-ils procéder ? « Par la riposte. En proposant des solutions concrètes. Des alternatives crédibles ». Lesquelles ? On ne sait pas encore. Il faudra attendre quelques mois pour y voir plus clair, le temps de valider les premières orientations stratégiques. C’est l’avantage quand on est seuls candidats – on n’a pas besoin de présenter un programme en amont de l’élection. Si on reste un peu sur notre faim sur la vision que porte réellement ce nouveau duo, on se réjouit d’y voir plus clair et on souhaite bon travail aux deux nouveaux coprésidents.

Élection à la majorité absolue chez Groen. Chez les verts flamands aussi, on a choisi un nouveau président. Présenté comme le Zohran Mamdani flamand, Aimen Horch remporte au premier tour l’élection à la présidence de Groen avec 51% des voix, face à deux autres candidats. Un président jeune, très actif sur les réseaux sociaux, qui a basé sa campagne sur l’espoir – pas pour l’attendre, mais pour l’organiser.

Au-delà des convaincus. Les chocs économiques successifs auxquels nos états sont confrontés pointent bien une chose : l’urgence absolue de réduire notre dépendance aux énergies fossiles, tant dans notre production industrielle qu’agricole, tant dans notre mobilité que dans nos logements.  Si pas pour sauver la planète, au moins pour garder la main sur nos choix stratégiques. Au-delà du changement de visage, ces deux élections se passent à un moment charnière de l’écologie politique. Entre la « riposte » prônée chez Ecolo et « l’espoir organisé » porté par Groen, deux lignes se dessinent pour répondre à un même défi : redonner du souffle et de la crédibilité à un projet écologique relégué au second plan. Reste désormais à transformer ces intentions en mouvement rassembleur, capable de convaincre au-delà des convaincus.

Aux grand maux les grands remèdes – le MR en sauveur des pollinisateurs

Des drones pour s’attaquer au frelon asiatique : voilà l’idée présentée par le député MR Charles Gardier à la Ministre de la Nature Anne-Catherine Dalcq. Idée extravagante, dont l’inefficacité a déjà été démontrée, mais : aux grands maux les grands remèdes.

Un détail. Le fait que le déclin massif des pollinisateurs soit bien davantage dû à l’utilisation à grande échelle de pesticides dans les cultures qu’au frelon asiatique n’est qu’un détail. D’ailleurs, si le destin des abeilles touche autant au cœur le parti, c’est dommage de ne pas avoir profité des 7 dernières années où le MR était au ministère de l’agriculture pour agir en la matière.

Contenir cette inquiétante nature. Alors pourquoi le MR se tracasse-t-il soudain du sort des butineurs ? Parce que le frelon asiatique, ça fait peur. Les gens s’inquiètent, vous comprenez ? Il est temps de contenir cette dangereuse et inquiétante nature. Et avec de la technologie, s’il vous plait. Drones contre frelons, ça claque, c’est musclé, limite science-fi, c’est parfait. Un bon coup de com.

Tant qu’on se limite aux frelons. Le vrai danger serait qu’ils proposent d’utiliser les drones sur d’autres espèces exotiques envahissantes. Parce que force est de constater que dans certains discours, ce concept ne se réduit pas au règne animal.

Oups, I did it again – Les Engagés re-votent contre leur programme

Majorité contre opposition – la dernière Epine relatait un triste jour à la Chambre où la majorité avait voté contre une proposition de l’opposition pour interdire les pesticides PFAS. Ironique : au sein de la majorité, les Engagés ont voté contre cette proposition alors même qu’elle était identique en tous points à celle portée par leur ministre de l’Environnement Yves Coppieters au niveau régional. Pour rester fidèles au gouvernement, les députés Engagés ont donc tous bien sagement voté contre une proposition qui est pourtant au cœur du programme de leur parti.

Oups I did it again – nouveau vote, et nouvelle incohérence des parlementaires Engagés. Cette fois, au niveau wallon, où ils s’opposent à une proposition de décret déposée par Ecolo et visant à interdire la pulvérisation de pesticides dans les zones de production d’eau potable. À nouveau, la même mesure que celle qu’Yves Coppieters veut mettre sur la table du gouvernement wallon. Sans y parvenir, visiblement, puisqu’après une annonce en fanfare en novembre, les négociations avec les syndicats agricoles s’enlisent. Les parlementaires Engagés choisissent donc de « faire confiance au gouvernement » (= l’inverse de la mission d’un parlementaire) et de voter contre une proposition qui correspond au cœur même de ce qui est proposé par leur parti. Tout en sachant que la proposition du gouvernement, si elle aboutit un jour, ne sera jamais aussi ambitieuse que celle déposée par Ecolo. L’image politique avant les résultats concrets.

Faire confiance au gouvernement, c’est vivre dans l’illusion que quelques mesures ambitieuses pour la santé et l’environnement pourraient naitre du mariage que les Engagés ont conclu avec le MR. La réalité est bien moins romanesque : en Fédération Wallonie-Bruxelles pourtant, la députée Engagée Mathilde Vandorpe démissionne de son poste de cheffe de groupe, excédée par l’attitude du MR. On sait que l’ambiance n’est pas plus respirable au sein de l’hémicycle wallon. Un bilan environnemental nul – et difficile à maquiller : voilà à quoi s’exposent les Engagés. Les occasions manquées d’agir concrètement s’accumulent. Et face à un partenaire peu enclin à bouger, ‘faire confiance au gouvernement ‘ c’est surtout accepter de ne rien changer.  

Duel de fins connaisseurs

Les dauphins ont-ils leur place dans les parcs animaliers ? Sujet abordé dans la dernière Epine, la question a récemment été mise sur la table par La Libre. Un débat organisé « entre deux fins connaisseurs » (sic.). D’un côté : Koen Margodt, professeur d’éthique animale à l’Université de Gand et… Eric Domb, propriétaire d’un zoo.  

Ainsi sont présentés sur le même niveau de connaissance, un scientifique dont l’expertise précise sur le sujet a été validée et reconnue par ses pairs et un directeur de zoo, dont la présence de dauphins accentuerait assurément l’attractivité.

Si on peut ainsi mettre sur le même niveau d’expertise – sans débat contradictoire – des scientifiques et des représentants d’intérêts privés, alors nous avons quelques propositions :

  • La Terre se réchauffe-t-elle ? par Patrick Pouyanné, CEO de Total Energies.
  • Le bruit des avions représente-t-il un risque pour la santé ? par Michael O’Leary, CEO de Ryanair.
  • Peut-on se passer des pesticides ? par Jeff Rowe, CEO de Syngenta.
  • La malbouffe augmente-t-elle le risque de cancer ? par Kevin Derycke, CEO de Quick.

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