La séance de restitution des États généraux de la protection des cultures (EGPC) s’est tenue ce vendredi 22 mai 2026 à Gembloux. L’événement marquait l’aboutissement d’un processus initié en octobre dernier, à l’initiative de Mme Anne-Catherine Dalcq, ministre wallonne de l’Agriculture. Il a permis de lancer la diffusion d’un vade-mecum dans la droite ligne du slogan des EGPC : « Moins de pesticides, plus d’alternatives ».
Si Canopea tient à saluer l’important travail de synthèse et de vulgarisation réalisé, la fédération s’inquiète de trois éléments en particulier : un manque d’ambition et de clarté sur la réduction des pesticides, la mise à l’écart de l’agriculture biologique et la faiblesse de l’approche systémique.
Un manque d’ambition et de clarté : ni objectif, ni indicateur
Difficile de ne pas avoir le sentiment qu’un mot d’ordre avait été donné : tenir l’après-midi sans jamais donner de précisions sur le niveau attendu de réduction des pesticides. Lors de son discours d’ouverture, la ministre n’aura pas fait une seule fois référence ni à la stratégie européenne « De la ferme à la table », ni au troisième programme wallon de réduction des pesticides (PWRP3), lesquels mentionnent tous deux un objectif clair : la réduction de l’« empreinte pesticides » de 50% d’ici 2030.
En mai 2025, la Cour des comptes pointait les importantes lacunes de la politique wallonne d’utilisation durable des pesticides. Parmi celles-ci, la mauvaise définition de la réduction de 50% de l’« empreinte pesticides ». Pour éviter d’être attaquée sur ce point, la ministre semble avoir fait un choix radical : ne plus en parler !
Autre point critique soulevé par la Cour des comptes : l’absence d’indicateur de risque harmonisé. « Le fait que la ministre ne se réfère ni à un horizon de transition clair, ni à la mise en œuvre d’un indicateur de risque harmonisé est d’autant plus interpellant qu’il s’agissait de deux demandes qui ont été formulées par une dizaine d’acteurs en parallèle des EGPC, dont la FWA, la FJA et Canopea[1], indique David Olivier, chargé de mission chez Canopea. On voit donc mal ce qui pourrait bloquer la ministre sur ces aspects ».
Mise à l’écart de l’agriculture biologique
« On aurait aussi aimé applaudir la volonté affichée du CRA-W de s’inscrire dans une logique de protection intégrée des cultures, sauf que – comme cela a été rappelé par M. Jean-Pierre Goffart, directeur général adjoint du CRA-W – la pratique de la lutte intégrée est une obligation légale depuis 2014, pointe David Olivier. Surtout, cette « avancée » paraît bien amère puisqu’elle s’est faite en parallèle d’un triste escamotage : celui de la place prépondérante de l’agriculture biologique comme levier de réduction majeur des pesticides en Wallonie ».
Canopea déplore qu’aucune des interventions n’a fait de lien avec l’objectif du « Plan Bio 2030 » d’atteindre au moins 30% des surfaces en bio en 2030 alors qu’il est très clair qu’il n’y aura pas de réduction massive des pesticides sans augmenter considérablement les surfaces cultivées en agriculture biologique.
Faiblesse de l’approche systémique
Soulignons toutefois l’effort qui a été fait d’intégrer l’approche systémique dans cette séance de restitution, à la demande de nombreux acteurs, dont Canopea. Cette approche systémique a principalement été traitée à l’échelle de la parcelle ou de la ferme, à défaut de pouvoir s’occuper de l’amont et de l’aval.
Pour être à la hauteur d’une approche systémique de la transition de l’agriculture, Canopea tient cependant à pointer trois éléments en particulier, dont aucun n’a été évoqué ce vendredi 22 mai :
- Refuser les accords de libre-échange quimettent l’agriculture wallonne en situation de concurrence déloyale. C’est d’autant plus nécessaire de le réaffirmer alors que le gouvernement wallon prétend soutenir le monde agricole tout en s’apprêtant à signer le CETA (accord UE-Canada) ;
- Mettre en place des mécanismes qui garantissent un revenu décent aux travailleurs agricoles. Les Engagé·es qui sont dans la majorité régionale ont récemment fait part de leur recommandation de mettre en place une assurance aux revenus agricoles : de telles initiatives doivent être discutées et des solutions créatives doivent être mises en œuvre pour assurer une transition agricole qui soit socialement juste ;
- Renouveler les générations : le choc démographique lié au vieillissement de la population agricole doit absolument être anticipé et chaque ferme à reprendre constitue une opportunité de soutenir des pratiques durables. Cet enjeu est particulièrement lié à l’accessibilité du foncier. En outre, une stratégie wallonne faisant le lien entre le nombre d’agriculteurs et d’agricultrices à installer et la nécessité de promouvoir les modèles agroécologiques serait un minimum.
Un rendez-vous manqué
Canopea soutient que la question de la réduction des pesticides nécessite d’être pensée conjointement avec les autres grands enjeux qui traversent l’agriculture wallonne en même temps qu’il est nécessaire de réaffirmer la nécessité de diminuer de 50% l’« empreinte pesticides » de la Wallonie et l’importance de l’agriculture biologique dans ce processus.
Au final, la séance de restitution des EGPC ressemble à un rendez-vous manqué pour toutes celles et ceux qui espéraient une avancée sur la question des pesticides, dans la foulée des auditions qui se sont tenues au Parlement wallon l’été dernier.
Une deuxième version du vade-mecum a d’ores et déjà été annoncée pour février 2027 et une évaluation économique des alternatives identifiées est envisagée pour fin 2027. Pour des solutions politiques, on a le sentiment qu’il faudra être très patient…
[1] Regenacterre, FWA et Sytra, mars 2026 : « Réduction des pesticides : une approche systémique est nécessaire ».
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