Les propositions de Canopea et Natagora pour diminuer l’usage des pesticides en Wallonie

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Auditions parlementaires, pétitions, États généraux, protection de l’eau : les pesticides n’ont pas cessé de faire parler d’eux au cours des derniers mois. D’un côté, ils sont l’un des piliers du modèle agro-industriel ; de l’autre, les coups qu’ils portent à la santé humaine et à l’environnement sont largement reconnus.

Penser l’alternative aux pesticides, c’est avancer résolument vers l’agroécologie et laisser derrière soi le modèle agricole intensif. Cela implique de s’activer dès aujourd’hui pour transformer ce modèle au lieu de se contenter d’adaptations marginales, comme attendre la mise sur le marché de produits de substitution. À la clé, un horizon concret : celui d’un système nourricier qui marche main dans la main avec l’environnement, tout en protégeant la santé humaine et en renforçant le métier d’agriculteur·ice.

À l’occasion des États généraux de la Protection des Cultures, Canopea et Natagora ont remis à Mme Anne-Catherine Dalcq, ministre de l’Agriculture et à Mme Sophie Léonard, directrice générale a.i. du CRA-W, leurs propositions pour diminuer l’usage des pesticides en Wallonie et avancer vers un système agro-alimentaire durable et résilient.

Ces propositions s’articulent autour de six éléments-clés que nous résumons ci-dessous.

1.  La lutte intégrée

Le principe de la lutte intégrée est simple : les pesticides sont à utiliser en dernier recours. C’est-à-dire après avoir activé de nombreux autres outils, dont le renforcement des services fournis par la biodiversité. Si la lutte intégrée est une obligation légale en Wallonie depuis 2014, force est de constater qu’elle est trop faiblement mise en œuvre sur le terrain. Son application réelle permettrait pourtant de diminuer fortement et rapidement le recours aux pesticides.

2.  L’agriculture biologique

Les près de 2000 fermes wallonnes en agriculture biologique prouvent qu’il est possible de produire sans pesticides de synthèse. La généralisation de l’agriculture biologique est un élément fondamental de la transition vers l’agroécologie : de fait, pour réduire d’au moins un tiers le risque associé à l’utilisation des pesticides d’ici 2035, une augmentation très importante des surfaces cultivées en agriculture biologique est nécessaire (de l’ordre de 50 à 60%, à comparer au 12% actuel)1.

3.  Les acteurs de l’amont et de l’aval

Changer les pratiques au champ sera insuffisant tant que l’ensemble des acteurs des filières agricoles ne s’alignera pas sur l’objectif de réduire les pesticides. Concrètement, il est nécessaire de diminuer l’emprise des cultures intensives en pesticides (la pomme de terre en est un exemple flagrant) tandis qu’il faut garantir un accompagnement et des débouchés aux agriculteurs et aux agricultrices qui adaptent leurs pratiques.

4.  Les régimes alimentaires

L’adaptation des pratiques agricoles et des filières va de pair avec l’adaptation des assiettes. Un objectif bénéfique tant pour le revenu agricole – avec une sécurisation des débouchés – que pour la santé publique. Sur ce point, la commande publique est un levier majeur pour faire évoluer les régimes alimentaires et garantir un accès équitable à une alimentation saine et durable.

5.  Le renouvellement des générations

Pour réussir la transition vers l’agroécologie, il est nécessaire de tripler la population agricole : des milliers d’agriculteurs et d’agricultrices doivent pouvoir s’installer et de très nombreuses fermes sont à créer. Dès lors, chaque installation est une opportunité de soutenir des pratiques plus durables et d’éviter de verrouiller une carrière dans un schéma intensif en intrants.

6.  Le pilotage des politiques publiques

Au printemps dernier, la Cour des Comptes examinait la politique wallonne de réduction des pesticides et y relevait d’importantes lacunes. Parmi d’autres éléments, le manque de données fiables et l’absence d’un indicateur de risque. Pour accompagner les changements du système agricole, documenter l’effet des politiques publiques et valoriser les succès, impossible de faire l’impasse sur un suivi efficace.

Chacun de ces six éléments-clés est accompagné dans le document publié par Canopea et Natagora d’un ensemble de propositions concrètes. Ce document, ainsi que le courrier qui l’accompagne, sont à retrouver ici dans leur intégralité ⤵️.

Crédit image illustration : Adobe Stock

  1. Sytra, 2025. « Scénarios de transition pour la réduction des usages et des risques liés aux pesticides en Wallonie à l’horizon 2035 ». Accessible en ligne. ↩︎

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