La question de la pollution générée par les pneus des véhicules automobiles a déjà été abordée à plusieurs reprises par mes collègues, Pierre Courbe, expert en mobilité (ici) et Pierre Jamar, expert en santé environnementale (ici). Mais il reste évident que l’on parle globalement peu de cette problématique et que, par ailleurs, peu de choses sont mises en place pour remédier à cette importante pollution sournoise. Un nouveau rapport de qualité vient d’être publié.
Agir pour l’environnement, association française, vient d’apporter sa pierre à l’édifice en publiant un rapport qui présente une analyse exhaustive de la composition chimique de pneus issus de six grandes marques européennes (Bridgestone, Continental, Goodyear, Hankook, Michelin, Pirelli). Il met en lumière l’existence de près de 2 000 molécules différentes dans les gommes, dont plus de 40 % présentent des risques graves pour la santé humaine et l’environnement ! En voici une brève présentation en style « bullet points » et liens vers les travaux de Canopea sur les sujets abordés.
Principaux constats scientifiques
- La composition des pneus est un “cocktail toxique” : 1 954 molécules chimiques différentes ont été identifiées dans les bandes de roulement analysées, dont 785 avec des risques sanitaires ou environnementaux majeurs.
- En moyenne, chaque pneu contient entre 718 et 893 substances chimiques différentes, avec une forte proportion d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP : 40–60 %), des alcanes/alcènes (33–50 %), ainsi qu’acides et alcools (environ 8 %).
- Près de 50 000 tonnes de particules fines et ultra-fines issues de l’abrasion des pneus sont dispersées chaque année dans l’air, les sols et les eaux en France, contribuant à la pollution atmosphérique et à la contamination des écosystèmes aquatiques et terrestres.
Risques sanitaires et environnementaux
- 112 molécules sont reconnues cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques (CMR), et des dizaines sont mortelles en cas d’ingestion, d’inhalation ou de contact cutané.
- Les particules fines et ultra-fines générées s’accumulent dans les organismes humains (microplastiques bioaccumulables), avec des études démontrant leur présence dans de multiples tissus humains et leur implication dans la survenue de cancers, maladies respiratoires, troubles neurologiques, etc.
- 111 substances identifiées sont très toxiques pour les milieux aquatiques et 237 présentent des risques chroniques pour ces écosystèmes.
Conclusions
- La composition chimique des pneumatiques reste sous secret industriel, empêchant toute transparence auprès du public sur les risques réels associés ; ce manque d’information limite la capacité de régulation et d’évaluation des dangers.
- Actuellement, il n’existe aucune exigence de toxicité ou d’autorisation préalable à la commercialisation des pneus en fonction des substances utilisées, alors que de nombreux additifs et molécules sont identifiés comme dangereux par différentes législations (CLP, REACH).
Recommandations et demandes pour l’action publique
- Lever le secret industriel sur la composition des pneus pour permettre des analyses indépendantes et une information transparente à destination des consommateurs.
- Interdire les substances les plus toxiques dans la construction des pneus, notamment celles identifiées comme CMR ou très toxiques pour l’environnement aquatique.
- Mettre en place un nouvel étiquetage européen des pneus intégrant un indice de toxicité, ainsi qu’un système de « bonus-malus » tarifaire pour inciter à une réduction de la pollution chimique.
- Exiger une autorisation de mise sur le marché prenant en compte la composition chimique et la toxicité des produits avant leur diffusion commerciale.Les ana
Analyse des limites
- Les analyses présentées démontrent une complexité chimique extrême, rendant difficile l’évaluation précise des effets cocktails entre les différentes molécules, qui pourraient accroître la dangerosité par synergie, un aspect peu pris en compte dans les dispositifs réglementaires actuels.
- L’association recommande une action urgente de la part des agences gouvernementales (ANSES, ECHA) pour établir de nouvelles procédures d’évaluation et interdire les formules les plus dangereuses, mais rappelle que ces démarches se heurtent au pouvoir des industriels et au manque de volonté politique.
Conseils pratiques pour les usagers
- Éviter l’achat de SUV ou de véhicules lourds, car ils génèrent davantage de micro- et nanoparticules lors de l’usure des pneus. Cette recommandation rejoint l’ensemble du travail de Canopea depuis 2014 avec le concept de Lisa Car !
- Adopter une conduite souple et modérée pour réduire l’abrasion des pneus et donc les émissions de particules toxiques. Ce conseil pourrait être favorisé par l’adoption de la réduction généralisée de la vitesse sur nos routes comme le préconise Canopea.
- Privilégier les transports en commun, le vélo et la marche, chaque fois que cela est possible pour limiter l’usage et l’usure des pneumatiques.
- Se renseigner et demander la composition exacte des pneus au fabricant afin d’être informé sur la toxicité des produits utilisés.
Actions citoyennes recommandées
- Interpeller les députés européens et demander un renforcement des réglementations pour encadrer la toxicité des pneumatiques.
- Solliciter la mise en place d’un étiquetage des pneus intégrant un indicateur de toxicité et un système de bonus-malus tarifaire pour favoriser les produits moins polluants.
Mais aussi…
Crédit image illustration : Adobe Stock
Rappelons simplement que sur une quarantaine d’années, l’augmentation moyenne de la largeur des pneus varierait, selon différentes sources, de 30 à 55%. Les principales raisons sont l’augmentation du poids et des gabarits des véhicules mais aussi le look, fortement orienté par les publicités. Et, la combinaison « élargissement+poids » produit une augmentation du bruit routier, lequel est néfaste à la santé…
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