Alors qu’avril est bien entamé, pas de nouvelle de Mathieu Bihet, ministre de l’Énergie, malgré de nombreuses sorties “presse” de sa part. C’est d’autant plus étonnant que la crise énergétique aurait dû le pousser à accélérer. S’il y a, en effet, une leçon à tirer de la crise précédente, c’est que davantage d’énergies renouvelables produites localement nous rend plus résilients face aux caprices des autocrates et des pétroliers. Le parc éolien Princesse Élisabeth pourrait nous fournir dès 2031 une électricité locale et garantie. Plus d’énergies renouvelables va de pair avec des factures d’électricité moins élevées pour les citoyens et les entreprises.
Le ministre de l’Énergie, Mathieu Bihet, s’était fixé comme échéance « la fin du premier trimestre 2026 au plus tard » pour relancer l’appel d’offres du parc éolien offshore Princesse Élisabeth. Il avait interrompu la procédure en cours l’été dernier en invoquant officiellement une « incertitude juridique » liée aux critères d’attribution. Quelle incertitude exactement ? On attend toujours la réponse.
En janvier 2026, le secteur éolien avait déjà tiré la sonnette d’alarme : les lenteurs du gouvernement menaçaient de faire capoter le projet. Les développeurs rappelaient également que les garanties publiques prévues dans l’appel d’offres initial — notamment un contract for difference similaire à ceux accordés au nucléaire — étaient indispensables à la viabilité financière de ces investissements.
Nous sommes désormais bien avancés dans le mois d’avril, et Mathieu Bihet n’a toujours rien annoncé, malgré de nombreuses sorties dans la presse. C’est pour le moins surprenant, d’autant que la crise énergétique actuelle aurait dû l’inciter à accélérer. Car la leçon que l’on peut tirer de la crise précédente est claire : plus on produit d’énergies renouvelables localement, plus on se protège des caprices des autocrates et des compagnies pétrolières. Le parc Princesse Élisabeth pourrait nous fournir, dès 2031, une électricité locale et stable. Et produire davantage de renouvelables, c’est aussi des factures moins lourdes pour les ménages et les entreprises.
Le soleil espagnol brille en Belgique
Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz, aucun pays européen ne s’en sort mieux que l’Espagne. Le gouvernement Sánchez a en effet accéléré le déploiement des renouvelables au cours des huit dernières années — la puissance solaire installée y a quadruplé. Résultat : les Espagnols sont aujourd’hui largement protégés des flambées de prix de l’énergie. L’électricité se négocie autour de 120 €/MWh en Belgique, contre seulement 35 €/MWh en Espagne. Chez nous, ce sont les centrales à gaz fossile qui déterminent le prix de l’électricité la grande majorité du temps ; en Espagne, grâce aux renouvelables, elles n’influencent le prix que 15% du temps.
La Belgique n’a certes pas le soleil espagnol — mais elle dispose d’un atout au moins équivalent : la mer du Nord, qui compte parmi les zones les plus favorables au monde pour l’éolien offshore. Avec le nouveau parc éolien Princesse Élisabeth, les 5,7 GW d’éolien offshore pourraient couvrir 25% de notre consommation électrique. Et ce n’est pas un détail : la production éolienne est la plus élevée entre octobre et fin mars, c’est-à-dire précisément pendant la période où notre dépendance aux centrales à gaz est la plus forte.
À l’échelle de l’ensemble de la mer du Nord, le potentiel est encore bien plus considérable. La déclaration de Hambourg — un accord entre neuf pays, dont la Belgique — prévoit de développer au moins 300 GW d’éolien offshore d’ici 2050, reliés entre eux par des interconnexions. En tenant compte du fait qu’une éolienne tourne environ 20% de moins qu’une centrale nucléaire en termes de temps de production, cela représente tout de même l’équivalent de 240 grands réacteurs nucléaires !
Atomic Bihet, sors de ce corps !
L’éolien offshore figure pourtant bien comme priorité dans la déclaration de gouvernement. Alors, comment expliquer que le ministre Bihet semble consacrer l’essentiel de son énergie à des chimères nucléaires, qui se heurtent pourtant de plus en plus à la réalité ?
La réalité d’un retour du nucléaire est bardée d’incertitude D’abord, l’exploitant Engie souligne qu’il n’est pas possible de prolonger d’autres centrales nucléaires belges. Ensuite, la construction de nouvelles centrales s’avère systématiquement bien plus coûteuse et bien plus longue que prévu : le réacteur de Flamanville, en Normandie, a ainsi coûté 23,7 milliards d’euros — au lieu des 3,3 milliards initialement budgétés — et n’a été livré qu’après dix-sept ans de travaux. Quant aux petits réacteurs modulaires (SMR), leurs estimations de coûts restent encore plus incertaines, et les délais comme les budgets ne cessent d’être revus à la hausse dans chacun des projets annoncés. Construire une stratégie énergétique et industrielle sur une technologie aussi imprévisible ne semble pas raisonnable.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le patron d’Engie, Vincent Verbeke, rappelait il y a quelques jours que la production éolienne et solaire est « le moyen le plus rapide et le moins cher » de maintenir en Europe une électricité à la fois abordable et fiable.
Les crises énergétiques semblent s’installer dans la durée comme une nouvelle normalité. Il est donc temps de dépasser la logique de gestion de crise au coup par coup, et de s’inscrire dans un projet énergétique véritablement crédible. Pour notre pays, maîtriser nos consommations et développer l’éolien — surtout en mer — s’impose comme une évidence. On craint vraiment que le ministre en charge de l’énergie ne l’ait pas encore compris.
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