Cet article est la suite de l’article sclérose ou métamorphose industrielle du 6 novembre 2025
Les fédérations d’industrie n’ont qu’un mot à la bouche pour le moment… Et elles ne cessent de le murmurer à l’oreille de notre Ministre de l’énergie : norme énergétique !
La norme énergétique KESKECEST ?
La norme énergétique est une réduction de facture destinée à certains industriels afin d’améliorer leur compétitivité. La Déclaration de politique générale de mars 2025 fixe le cadre dans lequel le Ministre de l’Énergie, Mathieu Bihet, souhaite activer cette norme : « sans porter préjudice aux intérêts des autres utilisateurs du réseau et dans le respect des limites budgétaires ». On voit mal comment respecter un pareil engagement. Un cadeau aux industriels devra forcément être payé par les autres usagers (citoyens, PMEs) que ce soit via la feuille d’impôt ou via la facture énergétique, même si une partie vient des bénéfices exceptionnels de Fluxys, le gestionnaire du réseau de gaz.
Le 21octobre dernier, devant la Chambre, le Ministre a annoncé vouloir s’appuyer sur le régime spécial d’aide d’état CISAF prévu par la Commission européenne. C’est une bonne nouvelle parce que ce système oblige les états à conditionner les réductions de facture à des investissements de la part des industriels. Demande récurrente de Canopea.
Une vision pour l’industrie
Ne nous voilons pas la face, certaines industries européennes sont mises sous pression intense, et ce, pour pas mal de raisons, dont les politiques agressives de l’administration US en matière tarifaires ou un désavantage sur le prix de l’énergie ou de certaines matières premières.
Mais, comme nous le soulignions dans notre rapport sur l’industrie wallonne en février 2025, « L’Europe et la Belgique ne peuvent pas être concurrentielles sur le terrain du prix de l’énergie par rapport à des régions comme les USA, à court et moyen terme’’. La seule stratégie viable pour développer une industrie pérenne sans vider les caisses de l’état est donc de « développer un appareil industriel hyper efficace énergétiquement, centré sur les renouvelables locaux, privilégiant l’électrification et le plus circulaire possible ». Dans cette optique, des aides non ciblées visant uniquement à réduire les factures seraient inefficaces pour résoudre le déficit de compétitivité structurel. Elles nous renverraient aux années 80-90, au cours desquelles des millions € de soutien public furent distribués pour sauver la métallurgie wallonne… A pure perte…
Le CISAF : un cadre idéal à condition de bien l’utiliser
Canopea voit donc dans le mécanisme CISAF un cadre réglementaire « idéal » pour lier les aides publiques à des investissements ‘’de transformation’’ réalisés par les industriels. Mais à certaines conditions… Pour que ce dispositif produise ces effets, nous émettons quatre recommandations phares.
- Cibler les industries véritablement menacées : les compensations de facture doivent être réservées aux installations industrielles dont la compétitivité est effectivement menacée par les prix de l’énergie. C’est la CREG (Commission de régulation de l’électricité et du gaz) qui doit déterminer les secteurs concernés selon la loi. Le déficit de compétitivité devrait être avéré sur l’ensemble de la facture énergétique (gaz et électricité ensemble) et l’aide doit être proportionnée par rapport à ce déficit de compétitivité.
- Lier les aides publiques à l’excellence énergétique et circulaire : l’aide doit être strictement conditionnée. Seules les installations qui disposent déjà d’un outil industriel performant ou qui présentent une feuille de route « crédible » d’investissements pour électrifier leurs processus ou améliorer leur efficacité énergétique et leur circularité devraient en bénéficier. Canopea suggère de s’appuyer sur des outils existants comme les « conventions carbone » en Wallonie pour évaluer ces engagements.
- Des Investissements intra-muros : un point crucial est soulevé par Canopea : des investissements dans l’énergie renouvelable par les industriels ne peuvent pas suffire pour justifier la réduction de facture à moins que ce soient des investissements renouvelables sur le site industriel proprement dit. En effet, comment justifier que des investisseurs dans le renouvelable reçoivent un soutien particulier par rapport aux autres parce qu’ils sont des industriels…
- Exclure les secteurs dépendants des énergies fossiles : enfin, il serait incohérent de soutenir des industries qui dépendent de l’importation massive d’énergies fossiles. Cela irait à l’encontre de nos objectifs de décarbonation et perpétuerait une dépendance stratégique dangereuse. On pense, par exemple, aux raffineries pétrolières…
La norme énergétique est un test de pragmatisme
Alors que le ministre Mathieu Bihet peaufine sa proposition, la balle est dans son camp. Le cadre européen CISAF lui offre une opportunité de ne pas commettre les erreurs du passé. Saura-t-il l’utiliser pour accompagner l’industrie belge dans une transformation seule à même de garantir une compétitivité de long terme. Ou cédera-t-il à la pression des fédérations industrielles conservatrices en mettant un nouvel emplâtre sur une jambe de bois payée par tous…
Notre dernier briefing sur la norme énergétique est disponible ici
Crédit image illustration : Adobe Stock
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