On ne décarbonera pas nos transports en augmentant la quantité de nourriture dans nos réservoirs (ni en fraudant davantage) 

  • Auteur/autrice de la publication :
  • Post category:Énergie
  • Temps de lecture :4 mins read
You are currently viewing On ne décarbonera pas nos transports en augmentant la quantité de nourriture dans nos réservoirs (ni en fraudant davantage) 

Le Gouvernement fédéral discute, à l’heure actuelle, de la décarbonation du secteur du transport et de l’intégration d’énergies renouvelables dans son mix énergétique, pour répondre aux objectifs européens (RED III). Pour le mouvement environnemental, le recours aux agrocarburants issus de denrées alimentaires ne fait pas partie de la solution ! Sur base d’un rapport publié par un collectif d’ONG (Bond Beter Leefmilieu, Canopea, CNCD 11.11.11, Greenpeace, …), la Belgique en a consommé, en 2023, pas moins de 1,1 milliard de litres. Non seulement l’utilisation massive d’agrocarburants issus de denrées alimentaires, telles que l’huile de colza et le blé est frappante, mais il y a aussi de fortes présomptions que l’huile de palme, très nocive, continue de se retrouver dans nos réservoirs par le biais de la fraude. 

« Les agrocarburants issus de denrées alimentaires constituent une fausse solution qui engendre de nombreux nouveaux problèmes. Ils nuisent à la qualité de l’air, à la biodiversité et à la sécurité alimentaire, et freinent la transition indispensable vers des transports partagés et électriques. Ils maintiennent notre dépendance énergétique vis-à-vis de pays non européens et contribuent à des violations des droits humains », déclare Yelter Bollen, de Bond Beter Leefmilieu. Si l’on tient compte des impacts liés aux changements de sols nécessaires à la culture des matières premières de ces agrocarburants, l’empreinte carbone de ces derniers n’est pas spécialement meilleure que celle des carburants fossiles, d’autant plus quand on parle de biodiesel. 

« À elle seule, la consommation de bioéthanol issu du blé a fait que, en 2023, l’équivalent de la consommation annuelle de pain de 8,8 millions de Belges a fini dans nos réservoirs. Il est grand temps d’exclure toute denrée alimentaire de nos carburants et de mettre fin à ce gaspillage absurde de terres agricoles précieuses. »   

Les organisations tirent également la sonnette d’alarme face à la forte augmentation des POME (résidus des usines d’huile de palme). « L’augmentation explosive des agrocarburants issus des POME – au moment même où l’huile de palme est bannie des réservoirs – soulève de sérieuses questions quant à l’existence de fraudes », déclare Martin Neve, de Canopea. 

« En 2023, la consommation de POME dans l’UE et au Royaume-Uni était deux fois plus élevée que la capacité de production mondiale de ce flux de déchets. Plusieurs pays, dont la Belgique, ont déjà fait part de leurs inquiétudes à ce sujet. Il est temps de joindre le geste à la parole et de fermer complètement cette porte dérobée. Sinon, nous continuerons à contribuer à la déforestation en Indonésie et en Malaisie. » 

Les organisations appellent le gouvernement fédéral à bannir une fois pour toutes les agrocarburants nocifs et frauduleux grâce à une transposition intelligente de la troisième directive sur les énergies renouvelables (REDiii), discutée actuellement au niveau du gouvernement fédéral. La pression sur les prix liée à la crise énergétique ne doit pas pousser notre gouvernement à revoir ses ambitions environnementales.  

Elles formulent à cet effet 7 recommandations politiques concrètes : 

  1. Donner la priorité à l’électrification par une extension du mécanisme de crédits 
  1. Encourager les e-carburants, et non les agrocarburants, dans les secteurs difficiles à électrifier 
  1. Interdire, dans nos réservoirs, tous les agrocarburants issus de cultures destinées à l’alimentation humaine et animale 
  1. Mettre fin à l’échappatoire du POME pour l’huile de palme 
  1. Limiter les graisses animales et l’huile de cuisson usagée 
  1. N’autoriser les agrocarburants avancés que sur base d’une analyse d’impact approfondie 
  1. Renforcer le contrôle de la certification et lutter contre la fraude 

Quelques chiffres marquants tirés du rapport : 

  • En 2023, la Belgique a consommé 1,1 milliard de litres d’agrocarburants. Le biodiesel en représente la plus grande part (480 millions de litres), suivi du HVO (310 millions de litres) et du bioéthanol (270 millions de litres).  
  • La consommation de HVO passe de 212 000 litres en 2019 à plus de 300 millions de litres en 2023. HVO signifie « Hydrotreated Vegetable Oil » (huile végétale hydrotraitée) ; il peut être utilisé à 100 % (sans mélange avec du diesel fossile) et est fortement promu comme « solution verte » pour les camions.  En 2023, 25 % du HVO était issu de POME (Palm Oil Mill Effluent). 
  • Pas moins de 75 % des agrocarburants belges proviennent encore de cultures vivrières et fourragères, telles que le blé, le maïs, le colza et la canne à sucre. Ce chiffre est basé sur les agrocarburants dont la matière première est connue (95 % du total). 
  • 49 % des agrocarburants consommés en 2023 provenaient d’une matière première importée d’un pays tiers. En 2023, les trois principaux fournisseurs non européens étaient l’Australie (huile de colza), l’Indonésie (principalement du POME) et l’Argentine (soja).  

Téléchargez le rapport.

Martin Neve

Martin Nève

Énergie - Climat