Monsieur le Ministre-Président,
Ce mardi 28 avril, vous vous rassemblez avec les Ministres Dalcq, Coppieters et les syndicats agricoles pour parler d’un sujet à l’enjeu capital : les pesticides. Nos organisations, qui rassemblent des acteurs de la protection de la nature et de l’environnement, de la santé publique et de la recherche scientifique, voient, dans votre implication personnelle sur le dossier, un signal positif. Celui, qu’au cœur des discussions, ne seront plus seulement les dimensions environnementales et agricoles, mais également, et surtout, l’intérêt collectif de l’ensemble des citoyens et citoyennes de Wallonie.
Rétroactes. Il y a un an, scientifiques, médecins, associations se sont succédé au Parlement wallon pour détailler leurs grandes préoccupations face à l’exposition à grande échelle de la population et de l’environnement aux pesticides. À la suite de ces auditions, le ministre Coppieters avait annoncé trois axes de travail : l’interdiction des pesticides PFAS, la protection des captages d’eau potable et la protection des publics vulnérables. Ces mesures, qui constituent le strict minimum au regard des données scientifiques disponibles, ont été renvoyées, par votre gouvernement, à un processus de concertation avec les seuls syndicats agricoles. Sur cette concertation : pas de transparence, pas de calendrier, et aucune invitation aux représentants des organisations de protection de la santé ou de l’environnement. Médecins et société civile ont été relayés par des milliers de citoyens qui ont exprimé leurs préoccupations à travers la signature de pétitions.
Plusieurs mois ont passé dans un silence complet. Pendant ce temps, ces substances s’accumulent dans les sols, dans les eaux, dans les organismes, les nôtres et ceux de nos enfants. Elles ne disparaissent pas. Avec des impacts lourds pour la société : augmentation des maladies, pression sur notre système de santé, coût de dépollution de l’eau…
Jusqu’à la semaine dernière, où le Gouvernement wallon a pris une décision sur les pesticides PFAS. Sa lecture a été une désillusion. Non seulement aucune mesure concrète n’est annoncée, mais la position défendue — n’interdire ces substances qu’en présence d’alternatives commercialisées, agronomiquement et économiquement praticables — constitue un retournement troublant du principe de précaution.
Ce principe, pourtant inscrit comme pilier de la Déclaration de politique régionale de votre gouvernement, impose à celui qui vend un produit d’en démontrer l’innocuité — non aux citoyens d’attendre que l’alternative soit prête avant d’être protégés. Or, nombre de pesticides sur le marché sont des polluants dont la dangerosité est documentée. Conditionner la protection contre ces produits toxiques à l’existence préalable d’un substitut commercial, c’est confier la décision de santé publique aux fabricants de pesticides eux-mêmes. C’est aussi nier que d’autres modes d’agricultures, sans pesticides chimiques, existent et nous nourrissent tous les jours. Ils doivent être encouragés.
Les agriculteurs ne peuvent pas porter seuls la charge de ce changement de système, nous en sommes bien conscients. Il y a quelques jours encore, une position conjointe entre des acteurs du monde agricole et des associations environnementales portait ce message. Des mécanismes d’accompagnement, d’indemnisation et de formation pour les agriculteurs impactés ont déjà été développés et restent nécessaires. Mais l’accompagnement ne peut devenir un prétexte à l’inaction.
Vous avez la possibilité d’aller plus loin dans ces discussions. Nous vous demandons dès lors d’user de toute votre autorité pour que les projets nécessaires portés par votre Ministre de l’Environnement Yves Coppieters aboutissent dans les meilleurs délais, sans être vidés de leur substance ou de leur portée. La Wallonie a, par votre voix, l’occasion de poser un acte fort pour la santé de ses citoyens et la qualité de son environnement. Elle ne peut la laisser passer.
Agathe Defourny pour Canopea, Virginie Pissoort pour Nature&Progrès et Gaetan Seny pour Natagora
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