Le 25 novembre dernier, le ministre de l’Environnement, Yves Coppieters annonçait en grande pompe, dans la presse et au parlement, que le gouvernement s’apprêtait à adopter trois textes ambitieux pour limiter les risques des pesticides sur la santé et l’environnement. Parmi ceux-ci, un arrêté visant à interdire l’utilisation de pesticides dans les zones de protection de captages d’eau potable. Une mesure qui semble être du bon sens si on entend protéger les ressources en eau et, par là même, la santé des Wallon.nes.
Pourtant, deux jours plus tard, ce point n’apparait pas à l’ordre du jour du gouvernement. Alors, qu’est-ce qui bloque ?
A. Le MR ?
Nooon, impossible. Lors de la crise sur la présence de PFAs dans l’eau, plusieurs députés MR défendaient vertement le principe de précaution. Notamment, Olivier Maroy, s’exprimait sur le sujet :
« Quand on n’a pas encore toutes les certitudes sur la dangerosité d’une technique ou d’une substance, on ne prend pas de risques et on agit ».
Plus récemment, lors des débats au parlement sur un texte déposé par Ecolo, visant précisément à interdire la pulvérisation en zone de captage, la députée MR Véronique Durenne, annonçait :
« Mon groupe partage les préoccupations exprimées quant à la dangerosité scientifiquement établie des pesticides et à certains endroits plus particulièrement, comme les zones de captage. Nous partageons la volonté d’agir, car il faut agir avec détermination parce que nous devons protéger la santé publique ».
B. La ministre de l’Agriculture ?
Si pas le parti directement, la ministre ?
Difficile à croire, elle qui annonçait dès le mois de mai avoir demandé au ministre Coppieters de travailler sur la protection des captages.
« Je ne peux pas modifier cette règle moi-même, puisque ça relève de la compétence du ministre Coppieters. Je lui ai adressé un courrier la semaine dernière pour lui faire part de mon souhait de renforcer ces normes et d’en discuter« , affirmait-elle alors.
Volonté qu’elle a réaffirmée devant les membres de Canopea le 5 décembre dernier lors de l’évènement Rencontres sans Détours organisés par la Fédération.
Volonté qu’elle a encore réaffirmée au parlement dans le cadre des auditions budgétaires de cette fin d’année. En nuançant, toutefois : « Il faut de la concertation ».
C. Les syndicats agricoles ?
Une mesure d’interdiction de pulvérisation dans les zones de captage va inévitablement affecter le travail des agriculteurs situés dans ces zones. Si cette mesure sortait de nulle part, on pourrait donc comprendre que les syndicats, étonnés et surpris, se mobilisent pour la faire capoter.
Sauf que cette fois, l’argument de dire « on n’accompagne pas le secteur » ne tient pas. Entre 2000 et 2019, c’est plus de 100 millions d’euros qui ont été investis par la SPGE en actions concrètes pour la protection des captages, que ce soit via le financement d’études ou de mesures volontaires comme les contrats captages. Depuis dix ans, l’asbl Protect’eau (et l’asbl PhyteauWal avant elle), est active dans les zones de captage pour sensibiliser les agriculteurs à l’impact de l’usage des pesticides sur les ressources en eau, et pour les former et les accompagner dans la mise en œuvre de pratiques moins impactantes. Depuis quatre ans, le projet Bieaulogique porté par l’UNAB vise spécifiquement la formation et la sensibilisation des agriculteurs situés en zone de captage. Depuis 2024 enfin, les agriculteurs situés en zone de captage peuvent même obtenir des aides financières directes pour se convertir en agriculture biologique. Tout ça financé par de l’agent public et via la facture d’eau des consommateurs.
25 ans de sensibilisation, de mesures volontaires et d’accompagnement. Les syndicats peuvent-ils vraiment jouer les surpris ? Après la crise PFAS, le reportage d’Investigation sur les pesticides dans l’eau, les différents ministres de l’environnement qui ont parlé de mettre en place cette interdiction… qui ne l’a pas vu venir ?
Canopea a toujours été en faveur d’un accompagnement fort et durable du secteur agricole dans les nécessaires évolutions auxquelles il doit faire face. Dans le cas présent, on peut dire que la SPGE a fait plus que le job.
Les syndicats agricoles freineraient-ils encore des quatre fers pour la mise en place de cette mesure, en demandant plus de temps et concertation, alors même qu’un dispositif d’accompagnement a été déployé intensément pendant plus de dix ans ? On n’imagine bien que non ! Ils ne prendraient sans doute pas le risque de se décrédibiliser à ce point, et de perdre toute marge de négociation la prochaine fois qu’ils conditionneront l’acceptation d’une mesure à davantage de temps ou de soutien.
D. la réponse D ?
Puis qu’on vient de démontrer par A+B qu’aucun de ces trois acteurs ne peut raisonnablement s’opposer à cette mesure, qu’est ce qui bloque ? C’est à n’y rien comprendre. Sauf si on considère qu’il y a peut-être un peu d’hypocrisie ou de mauvaise foi dans les déclarations ? Mais non, vous n’y pensez pas.
Gouverner, c’est prévoir. Or, la problématique des pesticides dans les masses d’eau, ça fait 20 ans qu’on la voit venir, 15 ans qu’elle est bien installée, 5 ans qu’elle fait l’actualité. Prévoir – ça, on l’a fait. Il ne reste plus qu’à gouverner : prendre des décisions justes qui tiennent compte des intérêts parfois divergents de la société, tout en préservant l’intérêt commun et une gestion rigoureuse des finances publiques.
Crédit photographique : Adobe Stock
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