Même si les efforts d’atténuation des dérèglements climatiques restent une priorité absolue, force est de constater que les effets de ces dérèglements sont déjà observables en Wallonie et que nous en éprouvons de plus en plus fortement les conséquences. Les aléas climatiques nous affectent depuis quelques années et pour les décennies à venir. Ne rien faire n’est pas une solution, ni sur le plan environnemental, ni sur le plan social, ni sur le plan économique.
Le réchauffement du climat mondial, qui a atteint les + 1.37°C, entraine une série de dérèglements climatiques (aléas) qui génèrent des impacts et risques localisés, différenciés et évolutifs :
- sur les populations (inondations, décès dû à la chaleur : 62 000 en Europe en 2024 (Kriit, 2026)),
- sur les écosystèmes (décalage des floraisons, stress hydrique, sortie de niche écologique, etc.),
- les activités économiques (diminution de la productivité, risque d’incendie industriel lors des canicules, etc.) et agricoles,
- sur les infrastructures (inondations, canicules, tempêtes, glissement de terrain, fissures dues au retrait-gonflement des argiles, dilation des rails de train, diminution du rendement des panneaux solaires, etc.).
Aux aléas climatiques s’ajoutent la dégradation des écosystèmes et l’effondrement de la biodiversité, l’urbanisation des territoires et l’imperméabilisation des sols, l’augmentation des inégalités sociales et environnementales, l’affaiblissement de la cohésion sociale etc.
A titre d’exemple récent, 2025 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée en Europe, avec des températures annuelles record dans près de la moitié du continent tandis que les précipitations mesurées sont en dessous des moyennes annuelles à travers l’Europe et notamment du Benelux. Le mois de juin 2026 s’achève sur une vague de chaleur étouffante – qualifiée d’urgence sanitaire par l’OMS -, qui succède à une première série de journées fort chaudes fin du mois de mai et qui s’était soldée par une série d’orages dévastateurs.

Les politiques d’atténuation, indispensables, s’attaquent aux causes du réchauffement climatique. Elles sont plus que jamais urgentes compte tenu des dépassements des moyennes de réchauffement global de +1,5°C qui ont déjà été observés. « Des dépassements de 1,5 °C pendant un mois ou une année sont des signes précurseurs d’une proximité dangereuse avec le dépassement de la limite à long terme, et constituent des appels clairs pour accroître l’ambition et accélérer l’action au cours de cette décennie critique. » (Nations Unies, sd). C’est l’inverse qui se passe : les émissions mondiales de CO2, principalement issues des combustibles fossiles, continuent d’augmenter et atteignent des niveaux record… (UNEP, 2023).
Les effets actuels et attendus des dérèglements climatiques questionnent la capacité de notre société à maintenir un cadre agréable, sécurisé et juste pour la population, ses activités économiques et de loisir ainsi que pour le Vivant.
«L’analyse identifie plusieurs risques qui requièrent une action urgente : les impacts de la chaleur sur la santé ; les inondations de bâtiments et d’infrastructures, ainsi que les risques qui en découlent pour l’assurance des biens immobiliers ; les risques pour les cultures agricoles et les écosystèmes des sols ; et les pandémies zoonotiques émergentes. D’autres domaines, tels que les infrastructures-clés, les écosystèmes d’eau douce et la production alimentaire, sont exposés à des risques qui nécessitent des actions supplémentaires pour réduire leur vulnérabilité. L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des aléas climatiques pourrait avoir de lourdes conséquences sur la cohésion sociale et les finances publiques. » (Cerac, 2025)
Les impacts des dérèglements climatiques évoluent dans le temps, leur intensité, leur fréquence et leur échelle seront sensiblement différentes d’un scénario de réchauffement planétaire à l’autre. Leurs conséquences se manifestent localement, en fonction de la géographie et de divers facteurs environnementaux, socio-politiques, économiques, etc. En outre, la vulnérabilité et la capacité d’adaptation des populations, des écosystèmes et des institutions sont elles-mêmes en constante transformation et diffèrent considérablement d’une région à l’autre et au sein d’une même région.Elles sont le résultat d’interactions entre de nombreux facteurs socio-économiques, sanitaires, environnementaux, de gouvernance et participation politique, des comportements individuels et collectifs, etc. Mais malgré cette forte variabilité, une constante persiste : les personnes et les écosystèmes les plus fragiles sont touchés de manière disproportionnée (CERAC, 2025). 62 % de la population wallonne – 2 250 000 Wallons et Wallonnes – habitent dans un secteur statistique avec une vulnérabilité sociale aux effets des dérèglements considérée élevée à très élevée (ISSeP, 2026).
L’adaptation, de plus en plus pressante, vise à limiter les effets négatifs des aléas climatiques et des risques liés à la dégradation des écosystèmes sur nos sociétés et milieux naturels. Les politiques d’adaptation et d’atténuation doivent s’articuler de manière cohérente et de manière à privilégier la robustesse, en adoptant des « bouquets d’actions » pertinents et intersectoriels pour une multiplicité de futurs possibles.
Qu’est-ce que l’adaptation ?
L’adaptation est le processus d’ajustement face aux effets déjà perceptibles ou attendus du réchauffement planétaire, ainsi qu’à ses conséquences. Il ne s’agit pas d’apporter une réponse ponctuelle d’urgence, mais de prendre une série de mesures proactives pour faire face aux risques climatiques.
Le risque est déterminé par l’interaction entre un aléa (sécheresse, élévation du niveau de la mer, par exemple), l’exposition d’un élément (population, écosystèmes, infrastructures) et sa vulnérabilité – combinaison de la susceptibilité de subir un dommage (sensibilité) et de la capacité d’adaptation. L’adaptation porte sur une réduction de l’exposition et/ou de la vulnérabilité et peut consister en des mesures transformatrices d’ordre physique ou d’ordre organisationnel et de nos pratiques. L’adaptation ne peut reposer uniquement sur des mesures individuelles, isolées ou spontanées et doit mobiliser des approches collectives et structurelles.
Les approches d’adaptation se déploient généralement selon trois types :
- Les solutions « vertes » fondées sur la nature et les processus naturels
- Les solutions « grises », qui mobilisent l’ingénierie, les infrastructures lourdes (nouvelles ou adaptées), le travail sur la morphologie urbaine, les matériaux, etc.
- Les solutions « complémentaires », de nature financière, institutionnelle, politique et organisationnelle (horaire de travail adapté, etc.)
Ces solutions doivent être combinées et cumulées entre elles. Afin de favoriser des actions « sans regret », les solutions présentant des co-bénéfices (sur la santé, les émissions de GES, la cohésion sociale, etc.) doivent être favorisées.
Les effets du réchauffement climatique, combinés à la dégradation des écosystèmes, provoquent des conséquences en cascade, chaque facteur amplifiant les effets de l’autre. La restauration des écosystèmes et l’adaptation aux effets des dérèglements climatiques doivent aller de pair. Enfin, si l’adaptation vise à réduire les impacts climatiques, la résilience qui vise à anticiper la crise, gérer la crise et assurer le retour à la normale après la crise est intrinsèquement complémentaire.
Quelle adaptation ?
Une politique d’adaptation ambitieuse pour la Wallonie et pour la Belgique nécessite plus qu’une collaboration et une recherche de synergie entre acteurs mais bien un réel besoin d’innovation institutionnel et une volonté commune de répondre ensemble aux défis qui nous attendent.
Le sujet de l’adaptation aux changements climatiques reste encore méconnu du grand public et est souvent abordé uniquement par des experts. Or, les enjeux liés à l’adaptation nécessitent une dynamique collective et inclusive pour se mettre réellement en position de nous adapter, de manière structurelle, transversale et à différents horizons temporels (générations actuelles et futures). Il est essentiel que l’adaptation soit traitée et débattue démocratiquement afin de décider collectivement ce qui est prioritaire et acceptable, dans un contexte d’incertitude et d’instabilité. Dépasser le seul stade de l’information sur les enjeux liés aux dérèglements climatiques grâce à une gouvernance inclusive permet d’encourager l’action collective, de renforcer la confiance et l’adhésion envers le processus démocratique et « améliorer l’efficacité de l’action publique en intégrant les expériences, les préoccupations et les intérêts personnels, ainsi qu’en tirant parti de la capacité des gens à innover et à agir » (Botta, 2025).
Pour Canopea les principes directeurs de la future stratégie wallonne d’adaptation doivent s’articuler de manière à cesser d’aggraver les risques :
- en ne créant pas de nouveaux facteurs aggravants, tels que l’imperméabilisation des sols ou leur appauvrissement en matière organique, par exemple
- en ne créant pas de nouvelles expositions en autorisant des aménagements ou constructions dans des zones à risque (aléa inondation par exemple)
- en arrêtant d’investir dans des industries, infrastructures, bâtiments ou équipements et qui vont entrainer de hausse des émissions de gaz à effet de serre, une vulnérabilité accrue ou décalée, des inégalités sociales, une diminution du bien-être actuel ou futur
Canopea propose des recommandations transversales suivantes :
- Protéger les populations vulnérables et « ne laisser personne de côté »
- Articuler des approches et mesures d’adaptation à différents niveaux d’échelle : communale, supra communale, régionale et fédérale et de manière intersectorielle
- Garantir des financements prévisibles, accessibles et à la hauteur de l’urgence
- Privilégier les mesures « sans regret » qui permettent à la fois l’atténuation, l’adaptation, la protection et la restauration des écosystèmes
- Dédier du temps et des moyens humains pour mettre en œuvre et piloter les stratégies régionales et communales d’adaptation
- Intégrer des critères de résilience climatique dans les évaluations d’impact ex ante de tous les processus législatifs et réglementaires pertinents
- Impliquer la société civile et favoriser l’appropriation citoyenne des enjeux d’adaptation
- Considérer l’adaptation comme un processus dynamique
Enfin, restaurer les cycles de l’eau et du carbone et les écosystèmes doivent devenir une priorité pour réduire notre vulnérabilité.
« L’érosion du capital naturel compromet la fourniture des services écosystémiques essentiels à la résilience face aux changements mondiaux. Par exemple, les écosystèmes jouent un rôle crucial dans la régulation du climat, notamment par le stockage de l’eau, l’atténuation des extrêmes de chaleur et la réduction de l’intensité des inondations. Reconnaître les risques associés à la dégradation des écosystèmes revient à intégrer ces interdépendances dans une approche systémique de l’évaluation des risques climatiques. » (Cerac, 2025)
Plusieurs projets menés ces dernières années en France et en Belgique prouvent que la mise en œuvre de solutions fondées sur la nature et la restauration d’écosystème font leurs preuves :
Les dérèglements climatiques représentent déjà une facture bien réelle pour la Wallonie et celle-ci augmente rapidement avec le niveau de réchauffement (Harchies, 2025) – et augmentera encore plus tant que nous ne viserons pas des objectifs ambitieux de préservation de l’existant et de restauration des écosystèmes dégradés. D’une part, la préservation des sols coûte infiniment moins cher que leur restauration après dégradation (imperméabilisation, désartificialisation, dépollution) (Salin, 2026)et d’autre part, le coût de la restauration des écosystèmes est moindre que le coût engendré par les conséquences de la dégradation à long terme des sols et l’effondrement du système alimentaire(Cerac, 2025).
Nous avons besoin de plans d’investissements publics massifs qui soient à la hauteur des enjeux pour bifurquer urgemment vers l’adaptation du bâti existant (rénovation d’écoles, d’hôpitaux, de crèches, de home, logements) pour les rendre résilients face aux aléas climatiques, vers l’adaptation bioclimatique des espaces publics, vers la mise en place massive d’infrastructures vertes tels que les toitures végétalisées, parcs urbains, plantation d’arbres dans les rues et les espaces publics, etc.
Nous devons développer une protection sociale-environnementale qui prend soin de tous et toutes et réduit les inégalités sociales et environnementales.Nous avons besoin d’un débat démocratique et nourri par les données scientifiques sur la priorisation de l’utilisation des ressources en eau et en énergie.Nous avons besoin de protéger les surfaces agricoles utiles, de ne pas en diminuer les superficies, de réorienter les pratiques agricoles pour protéger les sols et notre eau potable.
Nous devons réduire les émissions de carbone de manière intense et drastique.
Bibliographie
- Overheated and underprepared: Europeans’ experience of living with climate change, EEA report 01/2026
- ADEME (2021). Rafraîchir les villes : des solutions variées.
- AWAC (2025). Risques climatiques en Wallonie : enjeux et adaptations. https://portailclimat-awac.be/
- Beyler, P., Seigneurin, F., Thomas, T M. (2024, mai). Résilience juste : Intégrer la justice sociale et le genre dans l’adaptation au changement climatique en Europe, mai 2024, Climate Change Blog
- Botta, E., Raiser, K., Montague, C. (2025, 5 novembre). Pourquoi l’adhésion des citoyens est indispensable à l’efficacité de l’action climatique. OCDE. https://www.oecd.org/fr/blogs/2025/11/why-bringing-people-on-board-is-crucial-for-effective-climate-action.html
- C3S/ECMWF and WMO (2026). European State of the Climate 2025, climate.copernicus.eu/ESOTC/2025, doi.org/10.24381/zy93-sb27
- ISSeP. (2026). Chaleur et îlots de chaleur : pourquoi ? où ? et comment agir ? https://www.issep.be/chaleur/
- Cerac, ICEDD, VITO, Ramboll, Möbius & University of Liège. (2025). Belgian Climate Risk Assessment. Cerac, Brussels
- Ganzleben, C., Kazmierczak, A. (2020). Leving no one behind – understanding environmental inequality in Europe. Environmental Health. 19. 10.1186/s12940-020-00600-2
- Harchies, M et al. (2025). Risques climatiques en Wallonie. Rapport final de l’étude de vulnérabilité et d’adaptation de la Wallonie. Service Public de Wallonie (SPW) – Agence Wallonne de l’Air et du Climat (AWAC).
- Haut Conseil Stratégique. (2022). Opérationnalisation de l’objectif climatique du Gouvernement wallon : Enjeux du changement climatique, entre atténuation et adaptation
- I4CE, (2023, janvier), Adaptation : ce que peuvent (et doivent) faire les collectivités
- Kriit H, Chen-Xu J, Semenza J et al. (2026, novembre) The 2026 Europe report of the Lancet Countdown on health and climate change: narrowing window for decisive health action. The Lancet Public Health
- Magnan, A.(2013, juillet). Éviter la maladaptation au changement climatique : vers des principes directeurs, Policy brief N°08, IDDRI, Sciences-Po
- Ministre Neven. (2025, 6 novembre). Climat : pour une Région plus résiliente face aux aléas, communiqué de presse
- Nations Unies. (sd). 1,5 °C : ce que ça signifie et pourquoi c’est important. https://www.un.org/fr/climatechange/science/climate-issues/degrees-matter
- Reckien, D., Magnan, A.K., Singh, C. et al. (2023). Navigating the continuum between adaptation and maladaptation. Nat. Clim. Chang.
- Romanello M, Walawender M, Hsu S-C, et al. (2025). The 2025 report of the Lancet Countdown on health and climate change: climate change action offers a lifeline. The Lancet. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(25)01919-1
- Salin, M., Claron, C., Nguyen–Rabot, E. et al. (2026). Digging into the costs of urban soil rehabilitation. Nat Cities. https://doi.org/10.1038/s44284-026-00452-w
- Vielle, P., Fransolet, A., Laurent, E., Armeni, C., Henet, S., Bauler, T., Lamine, A., Dorssemeont, F. (2025) Construire une protection sociale-écologique pour la Belgique. Rapport pour le Service public fédéral (SPF) Sécurité sociale. Bruxelles
- United Nations Environment Programme (UNEP). (2023). Emissions Gap Report 2023: Broken Record – Temperatures Hit New Highs, yet World Fails to Cut Emissions (again). https://wedocs.unep.org/handle/20.500.11822/43922
Crédit image illustration : Adobe Stock
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