Préserver la biodiversité aujourd’hui pour prendre soin de demain

You are currently viewing Préserver la biodiversité aujourd’hui pour prendre soin de demain

La crise du dérèglement climatique et celle de l’effondrement de la biodiversité sont interconnectées. Prendre soin du territoire dans une optique d’adaptation face aux effets des dérèglements climatiques nécessite de prendre soin de la biodiversité. Il est donc nécessaire de prendre un point de vue prospectif dans l’élaboration des SDC. Prendre en compte les données et indicateurs du Portail Climat de l’AWAC est donc absolument essentiel.

« La perte de biodiversité impacte la capacité de nos milieux naturels à fournir des services écosystémiques tels que le stockage de carbone dans le sol, la pollinisation, la valeur récréative et sanitaire de la nature, etc. Ceci est vrai pour les grands espaces naturels, mais aussi pour les zones urbaines et agricoles, qui peuvent abriter une biodiversité importante et agir comme corridors au sein du réseau écologique. » (Harchies, M et al. (2025). Risques climatiques en Wallonie. Rapport final de l’étude de vulnérabilité et d’adaptation de la Wallonie. SPW – AWAC, p. 23)

Si les pressions existantes sur la biodiversité (perte de surface, mitage des milieux, dispersion des espèces exotiques, etc.) s’ajoutent celles qui découlent des dérèglements climatiques avec des risques contrastés selon les espèces et habitats. Ainsi, les sécheresses et de canicules impacteront plus particulièrement certains habitats comme les tourbières ou les prairies de fauches et les espèces des milieux froids (plateaux ardennais). Le changement de rythme de précipitations aura de probables effets sur certaines des principales essences de production de bois en Wallonie (hêtre, épicéa, chêne pédonculé…) augmentant les risques de dépérissements et déplacements d’aires. Autre risque attendu : la perturbation des cycles de vie naturels (comme la floraison et la reproduction). Bref, le tableau n’est pas réjouissant. La mise en œuvre ambitieuse de l’optimisation spatiale, la planification de l’infrastructure verte et la préservation des espaces naturels, forestiers et agricoles est donc indispensable.

Le Portail Climat présente trois indicateurs relatifs à la biodiversité :

  • « Habitats et espèces », qui couvre 6 habitats et 19 espèces wallonnes.
  • « Services écosystémiques », qui couvre 13 services écosystémiques.
  • « Forêts », construit pour les hêtraies et pessières.  

Les trois indicateurs sont évidemment importants. Nous nous permettons de faire un focus sur celui consacré aux services écosystémiques puisque le SDT recommande de prêter une attention soutenue aux services écosystémiques de régulation et qu’il est conseillé de reprendre dans la carte de mise en œuvre des mesures la cartographie des espaces nécessaires pour répondre aux besoins en services écosystémiques de régulation. Pour être complète et pour réduire la vulnérabilité du territoire, il est indispensable que la dimension environnementale de l’analyse contextuelle prenne en compte cet indicateur.  

Indicateur « services écosystémiques »

Sur ces cartes vous pouvez explorer la capacité théorique du territoire wallon à fournir le service écosystémique sélectionné (échelle de 0 à 5 du potentiel de service selon l’occupation du sol) selon trois niveaux de réchauffement : +2°C, +3°C et +4°C.

Le constat est alarmant : sans mise en place de stratégies d’adaptation, de nouveaux scénarios agricoles ou sylvicoles, d’outils d’aménagement du territoire visant à améliorer la résilience des écosystèmes, une diminution généralisée de la capacité des écosystèmes à fournir des services est attendue pour l’ensemble du territoire wallon.

« Pour les services de régulation, les analyses soulignent une réduction de la hauteur de la végétation et une dégradation des écosystèmes amenant à une moindre capacité de temporisation des évènements extrêmes. Les sols aux extrêmes hydriques (à engorgement permanent ou à l’inverse superficiels et secs) sont ceux qui présentent la perte potentielle de services de régulation la plus élevée. La capacité des écosystèmes à stocker du carbone sera également considérablement affectée par les changements climatiques, notamment dans les écosystèmes forestiers. Déjà en 2023, les forêts européennes ont perdu 20% de leur capacité à stocker du carbone, essentiellement en raison d’une baisse de la croissance des arbres et d’une hausse de leur mortalité liée aux incendies, aux sécheresses et aux attaques de ravageurs. Si des sécheresses estivales intenses venaient à assécher des écosystèmes de tourbières, ceux-ci pourraient également voire leur capacité de stockage de carbone diminuer. » (Idem, p.26)

La mobilisation de cet indicateur :

  • Permet d’identifier les services présents sur son territoire et contribuer à la planification et à la gestion des zones de protection de la biodiversité et, implicitement, de leurs services écosystémiques.
  • Permet de prioriser les choix de politique publique : les cartes sont utiles pour établir des priorités (zones à préserver, zones à restaurer) et identifier les problèmes de manière spatialement explicite, notamment en ce qui concerne les synergies et les compromis entre les différents services écosystémiques, et entre les services écosystémiques et la biodiversité.

A noter : la matrice des capacités des écosystèmes à fournir des services est également reprise dans WalonMap.

Intégrer la cartographie des capacités des écosystèmes dans les SDC (schéma de développement communal) permet aux communes wallonnes de réduire la vulnérabilité de leur territoire en s’appuyant sur une connaissance précise de ce que la nature fournit réellement : régulation des eaux, stockage du carbone, qualité des sols, zones de fraîcheur, potentialités agricoles, espaces récréatifs, etc. Cet indicateur offre un outil d’aide à la décision objectivé, fondé sur des données spatialisées et harmonisées à l’échelle régionale. Elle évite ainsi des décisions d’aménagement coûteuses ou irréversibles en identifiant les zones à fort potentiel écosystémique où la préservation est prioritaire, et les secteurs où l’urbanisation ou les infrastructures peuvent être mieux orientées.

Afin de préserver notre bien commun, le territoire wallon, la qualité de nos cadres de vie et soutenir la biodiversité et les écosystème-mes, il est fondamental de développer une approche prospective des risques environnementaux. Parmi les mesures urgentes d’adaptation pour la biodiversité et la capacité des écosystèmes à nous rendre des services : mettre en œuvre l’arrêt de l’artificialisation des terres et leur désimperméabilisation, une transition agroécologique respectueuse de la santé des sols (et humaine !) et de la biodiversité et l’exploitation durable des forêts.

Aidez-nous à protéger l’environnement,
faites un don !