À l’heure où le flux de l’actualité nous expose à l’infobésité, mais où s’informer reste une priorité, nous vous proposons ici une compilation prémâchée et digérée à notre sauce, de différents épisodes de l’actualité d’ici ou ailleurs faisant le lien entre notre environnement et notre santé. Parce que « choisir, c’est renoncer », nulle prétention à l’exhaustivité, mais plutôt à la diversité des sujets abordés.
Au menu :
- Malbouffe :
- « De la pub à l’assiette : le Royaume-Uni interdit la publicité sur la malbouffe » (04/01/2026 – Le Soir)
- « Mieux protéger les enfants de la pub pour la malbouffe » (29/01/2026 – Le Vif, version papier)
- « Pourquoi il ne faut pas se réjouir d’une alimentation (trop) bon marché » (15/01/2026 – Le Soir)
- « Le ministre Vandenbroucke veut « rendre le Nutri-Score obligatoire sur les publicités » » (29/01/2026 – La Libre)
- PFAS :
- « La France bannit les PFAS dans les textiles et les cosmétiques » (02/01/2026 – Le Soir)
- « Attendre l’Europe ou pas sur les PFAS ? Les députés sont divisés » (13/01/2026 – L’Echo)
- « Les PFAS pourraient fortement contaminer plus de 75 millions d’Européens et coûter jusqu’à 1700 milliards d’euros à l’UE» (29/01/2026 – Le Monde)
- Aérien :
- « Faute de voyageurs, Liège Airport misera toujours plus sur le fret en 2026 » (08/01/2026 – L’Echo)
- « La taxe d’embarquement n’a pas fait baisser les voyages en avion » (20/01/2026 – La Libre)
- Pesticides
- « Pesticides de synthèse : un collectif namurois interpelle le Parlement wallon pour les interdire » (06/01/2026 – RTBF)
- « Le plaidoyer de 1 300 citoyens contre les pesticides : « Les fichiers Excell sont propres, silencieux, ils ne pleurent pas » »(06/01/2026 – Vers l’Avenir)
- « Protection des captages d’eau : les agriculteurs en colère » (15/01/2026 – Le Soir)
- « Mercosur, pesticides : les agriculteurs, en colère dans les rues de Namur, interpellent le ministre de la santé et de l’environnement » (15/01/2026 – Vers l’Avenir)
- « 78% des sols agricoles wallons contaminés aux insecticides, les terrains non traités ne sont pas épargnés » (22/01/26 – RTBF)
- « Quand une technique censée sauver les insectes devient leur piège mortel »(22/01/26 – La Libre)
- « Des « cocktails de pesticides » contaminent nos pommes» (30/01/2026 – La Libre)
Malbouffe
« De la pub à l’assiette : le Royaume-Uni interdit la publicité sur la malbouffe »
(04/01/2026 – Le Soir)
« Mieux protéger les enfants de la pub pour la malbouffe »
(29/01/2026 – Le Vif, version papier)
Chez nos voisins anglais, l’année 2026 commence en force avec l’interdiction de diffuser de la publicité pour la malbouffe à la télévision entre 5h30 et 21h00 et à toute heure sur Internet. Sont concernés les aliments jugés trop gras, trop sucrés, trop salés ou ultratransformés. Confrontée à une obésité croissante (2ème cause de cancer), la volonté du gouvernement est ainsi d’éviter 20 000 cas d’obésité infantiles par an.
Si cette mesure d’interdiction représente certainement un manque à gagner pour l’industrie agro-alimentaire, des économies seront clairement réalisées dans les caisses britanniques de la santé publique où l’obésité représente actuellement un coût caché de 12,5 milliards d’euros, avec 1 enfant britannique sur 10 en situation d’obésité.
Une première interdiction avait déjà porté ses fruits dans la capitale anglaise, où depuis 2019 la publicité pour la malbouffe est interdite dans les transports publics. À peine trois ans après cette interdiction, une baisse de 1000 kilocalories était déjà observable dans l’assiette hebdomadaire des ménages londoniens.
Derrière les enjeux liés à la malbouffe se cache également l’enjeu des inégalités socio-économiques. Les quartiers britanniques abritant une population aux revenus modestes connaissent des taux de surpoids et d’obésité plus élevés. Ces mêmes quartiers contiennent également plus de publicités pour la malbouffe dans l’espace public, plus de fast-food et moins de points de vente proposant des légumes et fruits accessibles et de qualité. De manière générale, le nombre de fast-food et des commandes de repas en ligne est monté en flèche ces dernières années. Le grignotage a augmenté ainsi que la quantité d’aliments ultratransformés. En moyenne, plus de la moitié (57%) de l’apport énergétique quotidien d’un adulte anglais vient de produits industriels transformés (66% chez les adolescents).
En Belgique, la publicité pour l’alimentation n’est pas régulée par les autorités. Ce sont les acteurs de l’agro-alimentaire eux-mêmes qui se chargent d’une auto-régulation. La fédération du commerce (Comeos), l’union belge des annonceurs (UBA) et la fédération de l’industrie alimentaire (Fevia) ont ainsi récemment rédigé un code des bonnes pratiques à appliquer lors de campagnes marketing. La publicité pour la malbouffe est ainsi censée être interdite dans les écoles, ainsi que dans un rayon de 150 mètres autour de celles-ci.
Deux limites sont déjà pointées dans l’application théorique de ce code. D’une part, il vise uniquement les denrées destinées à un public composé d’au moins 30% d’enfants ou d’adolescents, ce qui laisse évidemment une marge d’appréciation trop arbitraire. D’autre part il se limite à un public âgé de maximum 16 ans. Or, en analysant la concentration des supports de marketing dans les alentours d’écoles secondaires ou d’enseignement supérieur, les études de Sciensano montrent à quel point les jeunes de 17 et 18 ans sont particulièrement ciblés par ces pratiques. Autre chiffre avancé par Sciensano : 66% de la population belge se dit favorable à une interdiction du marketing alimentaire visant les enfants et ados.
Si aucune régulation ambitieuse n’a vu le jour jusqu’ici, cela est en partie dû à la puissance économique des acteurs industriels de l’agro-alimentaire dans l’industrie belge. À eux seuls, ils représentent 25% du chiffre d’affaires global de l’industrie manufacturière. Facile d’influencer les décisions politiques en représentant autant d’emplois.
Réaction : D’autres pays européens (Danemark, Portugal, Norvège, …) ont également appliqué certaines mesures pour limiter l’exposition des plus jeunes aux publicités promouvant la malbouffe. En Belgique nous ne sommes pas encore très ambitieux en la matière, alors qu’1 Belge sur 2 est en situation de surpoids, que près d’1 Belge sur 5 est obèse1 et que 11% des décès sur notre territoire sont liés à une mauvaise alimentation2.
Le « brand marketing » (promotion de la marque) mériterait également d’être mieux régulé dans les campagnes publicitaires à destination du jeune public. Même si l’initiative anglaise est un premier pas en avant, elle permet toujours à une marque au logo très reconnaissable (McDo, Coca-Cola, Haribo, KFC,…) de s’afficher auprès des plus jeunes pour autant qu’aucun produit néfaste ne soit mis en avant… Or, il a été démontré que ces techniques de brand marketing influencent également négativement le comportement alimentaire des plus jeunes.
En Belgique, à défaut de lois contraignantes, ce sont des représentants du monde marketing et industriels qui assurent eux-mêmes l’auto-régulation des publicités par l’intermédiaire du JEP (Jury d’éthique publicitaire). Si certaines bonnes volontés parsèment « Le code de publicité pour les denrées alimentaires », elles sont malheureusement loin d’être respectées dans la réalité. Et dans les rares cas où le JEP demande – de sa propre initiative ou suite à une plainte externe – le retrait d’une publicité, la campagne publicitaire en question est bien souvent terminée. Car si le JEP assure traiter les dossiers qui lui sont soumis dans un délai d’environ 10 jours, une campagne publicitaire s’éternise rarement au-delà de 15 jours, délais au-delà desquels elle se fond dans le décor et perd son attractivité visuelle. Bref, quand la JEP intervient pour retirer une publicité, la campagne est bien souvent sur sa fin. Une autre limite de l’auto-régulation réside dans l’absence de sanction en cas de non-respect des règles. Rien n’est prévu pour réellement inciter au respect des « règles ».
Dans son « Enquête de consommation alimentaire » (2022-2023), Sciensano met en lumière la proportion de la population belge respectant ou non les différentes recommandations alimentaires dans la consommation journalière. Nous apprenons ainsi que 54% de la population mangent trop de viande rouge non transformée (bœuf, veau, porc, agneau, mouton, …), 91 % mangent trop de viandes rouges transformées (fumées, séchées, salées, additifs), 82% des adultes consomment des boissons alcoolisées, que la consommation de boissons sucrées reste trop élevée (129 ml/jour en moyenne contre 0 ml/jour recommandée). La conclusion du rapport rappelle que les habitudes alimentaires plus saines ne peuvent pas uniquement s’appuyer sur un changement de comportement individuel. D’où le besoin de « créer des environnements dans lesquels les choix alimentaires favorables à la santé sont les plus accessibles et les plus évidents. ». Des stratégies, telles que l’amélioration de l’accessibilité des aliments favorables à la santé, la régulation du marketing alimentaire, l’amélioration de l’étiquetage nutritionnel, … sont ainsi citées.
À son tour, le Conseil Supérieur de la Santé (CSS) émet en 2025 des « Recommandations alimentaires pour la population belge » (2025) allant dans le même sens. Sont ainsi formulées des propositions « en vue de prévenir un certain nombre de maladies chroniques, responsables d’une charge de morbidité importante et liées aux habitudes alimentaires. » Au-delà du régime alimentaire à privilégier à notre échelle individuelle, figure notamment la nécessité que « les environnements alimentaires à l’extérieur et la publicité doivent encourager des choix alimentaires sains. », ainsi que la nécessité d’« interdire le marketing et la publicité pour l’alcool ».
Pour protéger les enfants de la malbouffe, le CSS indiquait déjà la voie à suivre dans son rapport dédié «Le marketing des aliments malsains auprès des enfants » (2022) : « Les approches d’autorégulation ne fonctionnent pas pour réduire l’exposition réelle des enfants au marketing des aliments malsains. Par conséquent, il est urgent que les gouvernements, à tous les niveaux, mettent en place des réglementations complètes pour protéger les enfants jusqu’à l’âge de 18 ans contre la publicité et le marketing de produits alimentaires malsains par le biais de divers médias, plateformes et cadres, en tenant compte des réglementations et lignes directrices européennes existantes. Il est plus particulièrement recommandé de mettre en place des réglementations gouvernementales fortes et complètes portant à la fois sur l’exposition des enfants au marketing des aliments malsains et sur le pouvoir du marketing ».
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« Pourquoi il ne faut pas se réjouir d’une alimentation (trop) bon marché »
(15/01/2026 – Le Soir)
En sortant des fêtes de fin d’année, la préoccupation du pouvoir d’achat inquiète le portefeuille de certains Wallons. Pour maintenir l’affluence dans leurs commerces, les grandes enseignes profitent souvent du mois de janvier pour déployer des campagnes publicitaires vantant leurs prix les plus bas. Mais derrière un produit bon marché, se cache parfois un décalage important entre le prix à payer à la caisse et les coûts cachés supportés par la collectivité.
En moyenne, un ménage belge consacre 14% de ses revenus pour l’achat de produits alimentaires (dont boissons non-alcoolisées). En ajoutant à ce chiffre l’alimentation consommée dans l’Horeca et la restauration, on arrive à 21,3%. Face aux coûts de la vie (logement, énergie, …), l’alimentation semble être, plus que jamais, une variable d’ajustement pour permettre à certains ménages belges de finir le mois en évitant la faillite.
Si l’industrialisation croissante de l’agro-alimentaire et économies d’échelle associées ont permis à notre population, lors de l’après-guerre, d’accéder à une alimentation à prix démocratique, il est temps à présent de reconnaître le coût caché des externalités négatives de ces modes de production. De l’appauvrissement des sols à celles des aliments, de la contamination de l’eau en pesticides à notre exposition croissante aux cocktails de produits chimiques mis sur le marché, les dépenses en santé publique ou en mesures environnementales ne font qu’augmenter.
FIAN, une organisation de défense des droits humains œuvrant à la transformation des systèmes alimentaires, estime ainsi à 90 milliards d’euros, le fardeau annuel des coûts cachés liés à cette manière de produire et de consommer. Si le pouvoir d’achat est un véritable défi du quotidien pour près d’un Belge sur cinq en situation précaire3, le patron du groupe Gondola (spécialisé dans la grande distribution) estime quant à lui que, pour l’essentiel de la population, l’enjeu se situe plus au niveau du « choix d’achat » que du pouvoir d’achat. En parallèle des initiatives citoyennes tentant de mieux s’approprier le contenu de leur assiette, une repolitisation de l’alimentation est aujourd’hui nécessaire pour orienter les choix de consommation vers des modèles plus vertueux, en acceptant de payer le juste prix.
Réaction : Les données de Statbel, l’institut national de statistique de Belgique, révèlent que la part du budget des ménages dédiée aux dépenses alimentaires diminue au cours du temps, passant de 19,13 % en 19784 à 13,97% en 20245. La part du budget consacrée à l’Horeca et alimentation extérieure augmente quant à elle, passant de 3,94 % en 1978 à 7,30% e, 2024. Ces données précieuses permettent également de constater que les dépenses liées à la santé (dont assurances et mutuelles) pèsent de plus en plus lourd dans le portefeuille des Belges, passant de 3,6% en 1978 à 6,3% en 2024.
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« Le ministre Vandenbroucke veut rendre le Nutri-Score obligatoire sur les publicités »
(29/01/2026 – La Libre)
Cinq lettres, de A à E, associées à cinq codes couleur, de vert (produit sain) à rouge (produit malsain). Depuis son entrée en vigueur, le Nutri-score est de plus en plus présent dans les rayons de nos supermarchés. Son objectif, informer le consommateur de la valeur nutritionnelle des aliments. Néanmoins, l’application de ce label n’est pas obligatoire et relève actuellement du bon vouloir des professionnels du secteur alimentaire. La donne pourrait changer grâce au plan national de lutte contre l’obésité chez les enfants et adolescents, en cours de préparation. Ce plan ambitionne de renforcer les dimensions prévention et promotion de la santé pour agir en amont des problèmes.
En parallèle de ce plan, deux travaux législatifs sont à saluer. D’une part, l’arrêté royal, en cours de chantier, prévoyant d’imposer le nutri-score sur les publicités pour aliments et boissons. D’autre part, une proposition de loi des Engagés déposée à la Chambre et ambitionnant de rendre le nutri-score obligatoire les « emballages primaires »6 des denrées alimentaires.
Réaction : Jusqu’ici, les actions de prévention et de promotion de la santé souffrent d’un manque de considération dans les stratégies politiques. Les derniers chiffres de l’OCDE montrent ainsi que, parmi l’ensemble des dépenses publiques liées à la santé, la Belgique ne consacre que 1,8% du budget santé dans des actions de prévention, contre 95% dans des dépenses qui sont dédiées aux soins (hospitaliers et ambulatoires) ou aux médicaments. La logique « il vaut mieux prévenir que guérir » semble ici renversée en « il vaut mieux guérir que prévenir ».
Face à ce constat, nous ne pouvons que saluer les propositions sur la table, même si certaines pourraient être renforcées.La proposition de loi des Engagés devrait ainsi également imposer le nutriscore sur l’emballage secondaire des aliments – c’est-à-dire le suremballage entourant le produit (ex : Carton des packs de 6 yaourts, carton autour de bouteilles, emballages d’aliments vendus en lot, etc) – afin d’assurer une visibilité maximale en rayon, l’emballage secondaire pouvant dans certains cas occulter l’emballage primaire.
Au-delà d’un label informant des qualités nutritives du produit, citons également la nécessité d’informer le consommateur quant à l’impact environnemental des différents produits disponibles en rayon. Un produit remarquable sur le plan nutritionnel peut s’avérer désastreux sur le volet écologique, et inversement. Un choix éclairé ne peut se faire sans disposer de ces informations liées aux modes de production. Le label bio européen contient déjà une information importante. D’autres labels, tels que « Biogarantie », permettent d’aller plus loin en imposant des critères plus stricts sur l’origine, la réduction des transports, des emballages, … D’autres labels plus locaux (Nature et Progrès, C-Durable), vont encore plus loin en privilégiant la production locale, la saisonnalité.
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PFAS
« La France bannit les PFAS dans les textiles et les cosmétiques »
(02/01/2026 – Le Soir)
Comme cela était prévu dans la loi votée à l’Assemblée nationale en février 2025, les PFAS sont désormais interdits dans les produits textiles (dont imperméabilisants) et les cosmétiques. Cette interdiction concerne tant la fabrication, l’importation et la mise sur le marché français. Les farts de ski (cires permettant aux skis de mieux glisser) sont également concernés par l’interdiction. Sous le lobbying intense du constructeur français de poêles Téfal (filiale groupe SEB), l’interdiction ne concerne finalement pas les produits destinés à rentrer en contact avec les denrées alimentaires. Au niveau européen, les mousses anti-incendies contenant des PFAS seront progressivement interdites (de 12 mois, à 10 ans selon les usages) au regard de leur responsabilité avérée dans les épisodes de contaminations de l’eau et des sols. Il faudra attendre 2030 pour que les PFAS soient également interdits sur le marché européen des jouets. Certains emballages alimentaires devraient également connaître une interdiction au niveau de l’UE à partir d’août 2026.
Pour une interdiction généralisée des milliers de molécules PFAS (10 000 à 12 000) dans l’ensemble des biens de consommation, il faudra encore attendre quelques années. En janvier 2023, cinq pays membres de l’UE avaient soumis une proposition de « restriction universelle des PFAS » à l’ECHA (agence européenne des produits chimiques). L’évaluation complète de l’ECHA, couvrant aussi bien les impacts sanitaires que socio-économiques, devrait arriver dans les mains de la Commission d’ici fin 2026. Pourront seulement alors être formulées de propositions législatives qui devront à leur tour être adoptées par les États membres et le parlement européen. Certaines organisations environnementales (EEB) constatent déjà que les ambitions de la proposition initiale sont revues à la baisse et que certains secteurs fortement émissifs pourraient échapper à l’interdiction envisagée.
Réaction : Cette interdiction est un premier pas en avant, mais nécessite à présent d’être élargie aux autres pays de l’UE, ainsi qu’à d’autres produits de consommation. Une interdiction de tous les PFAS est nécessaire dans les produits que nous utilisons au quotidien.
Face à la préoccupation croissante des consommateurs d’opter pour des produits sains, certains industriels usent trop souvent d’un marketing mensonger garantissant des produits « sans PFAS » alors qu’ils se contentent bien souvent de ne pas utiliser les 2 molécules PFAS faisant actuellement l’objet d’une interdiction (PFOA, PFOS). Quid des milliers d’autres molécules PFAS actuellement mises sur le marché ? Aucune norme ni aucun label fiable ne permettent actuellement de garantir qu’un produit est véritablement dépourvu de PFAS.
S’il est clair que certains produits contenant des PFAS ne présentent pas un risque en soi lors de l’utilisation, il est néanmoins nécessaire de prendre en considération l’ensemble du cycle de vie d’un produit. En amont, une activité industrielle utilisant des PFAS dans sa chaîne de production a de fortes chances de rejeter des eaux usées chargées en ces polluants éternels, qui finiront dans l’environnement ou dans des stations d’épurations. En aval, les produits à base de PFAS mis au rebut finissent dans les mains d’opérateurs de recyclage ou de traitement des déchets. Ces derniers doivent donc à leur tour « gérer » ces flux de matières polluées qui leur arrivent en bout de chaine.
Si l’application de cette mesure aux farts de ski semble anecdotique, rappelons tout de même qu’elle est essentielle pour limiter la contamination des montagnes par ces polluants éternels lors de la fonte des neiges après la saison de sport d’hiver, ainsi que pour épargner la santé des techniciens appliquant ces produits en masse sous les skis de leurs clients.
Quant aux mousses anti-incendies, les délais d’interdiction prévus sont bien trop longs par rapport à la menace qu’ils représentent sur l’environnement. Il s’agit d’un produit diffusé généralement en milieu ouvert et en mesure de contaminer massivement les ressources en eau et en sols aux alentours du lieu d’incendie (ou d’exercice de simulation).
Enfin, sur la question du calendrier européen, les plus optimistes estiment qu’il ne faut pas s’attendre à l’émergence de mesures fortes d’ici 5 à 6 ans minimum. Vu l’ampleur de la contamination actuelle, nous estimons que des mesures nationales doivent impérativement être prises pour interdire les PFAS sur notre territoire sans attendre l’Europe.
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« Attendre l’Europe ou pas sur les PFAS ? Les députés sont divisés »
(13/01/2026 – L’Echo)
Au parlement fédéral, les députés belges de la majorité et ceux de l’opposition sont divisés sur l’épineuse question de l’interdiction des PFAS. Le PS et Ecolo, dans l’opposition, ont remis des propositions de loi visant à interdire les PFAS dans toute une série de produits mis sur le marché belge. Sont ainsi visés les produits destinés à entrer en contact avec les denrées alimenta ires, les cosmétiques, les produits de fart de ski et les vêtements et chaussures ainsi que les imperméabilisants pour les vêtements et chaussures, ainsi que les mousses anti-incendie et les pesticides comprenant des PFAS.
Si tous les partis s’accordent pour reconnaître la gravité que représente la contamination généralisée aux PFAS, les députés de la majorité ne souhaitent néanmoins pas avancer plus vite que l’Europe sur ce dossier. La députée PS, Marie Meunier, autrice d’une des propositions de loi, rappelle que « dans le meilleur des scénarios, la restriction européenne sur les PFAS sera adoptée en 2029, avec une période de transition allant de cinq à douze ans ». Cette réalité du calendrier européen pourrait donc retarder l’interdiction effective à 2041 dans le pire des scénarios.
À défaut de les interdire, le Ministre fédéral de l’environnement, Jean-Luc Crcuke, a mandaté son administration pour mener une étude permettant d’objectiver l’exposition des citoyens en identifiant les catégories de produits de consommation émettant le plus de PFAS. L’étude s’intéressera également aux alternatives existantes pour remplacer les PFAS ainsi qu’aux impacts socio-économiques et budgétaires d’une interdiction. Le Ministre entend ainsi disposer de données solides afin de pouvoir rebondir en conséquence si l’Europe reporte l’interdiction à une date trop lointaine. Les premiers résultats de ces études devraient être communiqués en juin 2026, accompagnés de propositions d’action à entamer au niveau belge. Le PS a tenu a rappelé au Ministre qu’il existe déjà une étude menée par le SPF Economie en 2023, identifiant les secteurs d’activités utilisant des PFAS au niveau des industries belges et précisant les secteurs pour lesquels des alternatives viables aux PFAS sont identifiées.
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« Les PFAS pourraient fortement contaminer plus de 75 millions d’Européens et coûter jusqu’à 1700 milliards d’euros à l’UE »
(29/01/2026 – Le Monde)
La Commission européenne vient de publier les chiffres officiels du fardeau financier lié aux polluants éternels. Selon les scénarios retenus, les résultats varient entre 330 milliards et 1700 milliards d’euros, d’ici à 2050.En l’absence de restriction, la production et l’utilisation de PFAS pourraient faire tripler les émissions de PFAS sur les 30 prochaines années.
La pollution croissante de nos ressources menace ainsi d’exposer un Européen sur six à des niveaux de contamination suffisamment élevés pour augmenter le risque de développer plusieurs types de cancers, des dysfonctionnements hormonaux et immunitaires, des anomalies du taux de cholestérol, mais aussi une puberté précoce ou retardée, une obésité ou encore une endométriose.
La facture augmente proportionnellement au niveau d’ambition qu’on se donne en termes de niveau de protection (seuils de pollution admis), ainsi qu’à la mise en place (ou non) de mesures restrictives permettant de limiter la pollution en amont. Plus nous voudrons protéger l’environnement et la santé en renforçant les normes de concentrations, au plus les efforts de traitement et dépollution auront un coût élevé. Au moins vite nous retirerons les PFAS du marché, au plus la facture gonflera pour la collectivité.
Les cabinets de consultance, à la plume de cette étude, signalent que l’impact sur la santé est sous-estimé dans leurs calculs. Malgré un coût sanitaire annuel de 39,5 milliards d’euros, seule l’exposition à quatre PFAS a été prise en compte (PFOA, PFOS, PFHxS, PFNA) en lien avec 13 maladies. Ce qui signifie qu’aucune des 12 000 autres molécules PFAS n’a pu être couverte par l’étude, aussi bien individuellement qu’en effet « cocktail », associé à d’autres PFAS ou d’autres polluants. Le plus petit des PFAS, l’acide trifluoroacétique (TFA), très difficile à éliminer, n’a pas été pris en considération dans l’étude. L’intégrer ferait davantage exploser la facture.
S’il s’agit du premier rapport officiel des autorités européennes, l’ampleur du fardeau économique avait déjà été relativement bien décrite dans de nombreux travaux indépendants menés ces dernières années (Conseil des Ministres nordiques, Forever Lobbying Project, …).
À l’heure actuelle, ces coûts considérables sont principalement assumés par les pouvoirs publics, la collectivité ainsi que les les populations victimes de cette pollution. Selon le principe du pollueur-payeur, c’est à l’industrie polluante d’assumer les dépenses liées aux effets négatifs de son activité économique.
Réaction : A découvrir dans l’article dédié à Pollueurs-payeurs ou pollués-payeurs ? La responsabilité industrielle dans la pollution éternelle aux PFAS
Aérien
« Faute de voyageurs, Liège Airport misera toujours plus sur le fret en 2026 »
(08/01/2026 – L’Echo)
Depuis sa création en 2005, l’aéroport de Liège a toujours connu une activité bien plus intense dans le transport de marchandises (fret) que de passagers. Le transport de passagers ne représentait ainsi que 1.5% des revenus en 2025. Faute de compagnie aérienne, l’aéroport n’a désormais plus aucun vol passagers prévu pour 2026, mais entame déjà la prospection vers de nouveaux partenariats afin de ne pas laisser à l’abandon son terminal prévu pour accueillir 1 million de passagers par an.
Selon la direction de l’aéroport, leur chiffre d’affaires n’a jamais été aussi bon. Et pour cause, la quantité de marchandises transportées est en perpétuelle croissance, en ayant plus que doublé sur les 10 dernières années. « La plus forte croissance parmi les 10 plus grands aéroports de fret européen » se réjouit le directeur. Le nombre de mouvements (atterrissage ou décollage) a lui aussi augmenté de manière continuelle avec 28 822 mouvements enregistrés. Le directeur de l’aéroport rappelle son ambition de rejoindre les marches du podium européen, aux côtés de Paris et Francfort.
Imposée par l’Europe pour lutter contre la concurrence déloyale des importations à bas coûts, la mise en place d’une nouvelle taxe (droit de douane) à partir de juillet 2026 (3€ / colis) sur le colis provenant de pays hors UE pourrait entrainer une baisse de la croissance. Pour autant, aucune décroissance n’est attendue à l’horizon.
Réaction : Si l’aéroport de Liège connait une telle augmentation de son activité, c’est notamment parce qu’il est ouvert 7j/7 et 24h/24 et qu’il dispose d’un permis lui autorisant d’atteindre 55 000 mouvements par an. Son trafic actuel pourrait donc encore doubler.
Peut-on vraiment se réjouir d’une hausse de l’activité aérienne quand les impacts sur la santé des riverains vivant à proximité des aéroports sont bien documentés7. Dans son dernier avis relatif au trafic aérien, le Conseil Supérieur pour la Santé (CSS) rappelait que « la pollution sonore due aux avions peut entraîner des troubles du sommeil, des difficultés d’apprentissage, de l’hypertension et de la dépression. »8
Au regard des impacts sanitaires (pollution de l’air et bruit), le CSS préconise donc une interdiction des vols de nuit entre 23h et 7h, période où il est impératif de préserver le sommeil.
Au-delà du bruit, le trafic aérien contribue également à polluer l’air qu’on respire. À ce sujet, le CSS rappelle que « plusieurs études montrent qu’à court terme, les émissions de particules ultrafines, caractéristiques des avions, entraînent principalement une diminution de la fonction pulmonaire et des modifications du rythme cardiaque. À long terme, elles sont liées à davantage de maladies cardiovasculaires, mais aussi, par exemple, à des difficultés lors de la gestation, comme un poids inférieur. »9
Si l’augmentation des vols à Liège Airport est légale et réjouit son directeur, est-elle pour autant légitime ? Est-elle en phase avec l’intérêt général et la santé publique ?
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« La taxe d’embarquement n’a pas fait baisser les voyages en avion »
(20/01/2026 – La Libre)
Pour tenter de dissuader les citoyens de prendre l’avion en privilégiant d’autres moyens de transport moins polluants, le gouvernement fédéral prélève une taxe, depuis 2022, sur chaque embarquement de passagers. Le montant de la taxe varie de 10 € pour des vols courts (< 500 km) à 2 € ou 4 € selon qu’il s’agisse respectivement de vols longs ( > 500 km) intra UE ou extra UE. La taxe de 2 et 4 € est unifiée à une taxe d’environ 5 euros depuis juillet 2025. Si cette nouvelle taxe a rapporté 50 millions d’euros l’an passé au gouvernement, le nombre de passagers n’a quant à lui pas cessé d’augmenter.
Los de son entrée en vigueur la taxe rapportait 20.5 millions d’euros en 2022 et devrait rapporter 87 millions en 2029. Le nombre de passagers taxés a doublé en 3 ans, passant de 8 millions d’embarquements à 15,5 millions.
Réaction : Qu’il s’agisse de taxe à venir prévue sur les colis de l’e-commerce (article précédent) ou de la taxe d’embarquement en vigueur, une préoccupation émerge quant à la dissonance cognitive que cela pourra créer dans la gestion du budget de l’Etat.
En effet, lorsqu’un État taxe une activité jugée problématique, il en tire des recettes constituant ainsi une source stable de revenus publics. Une partie du budget public peut ainsi devenir structurellement dépendant de l’activité taxée (l’aérien en l’occurrence). Réduire réellement les activités de l’aérien reviendra ainsi à réduire les recettes fiscales associées.
Autrement dit, plus l’activité nuisible continue, plus les finances publiques se portent bien. Pour sortir de ce piège, il est impératif de tenir compte des coûts cachés et potentiels coûts évités. Mettre en avant les pathologies associées à l’exposition au bruit et aux polluants des avions est ainsi nécessaire pour prendre conscience des dépenses publiques de santé potentiellement épargnées en freinant le développement du secteur.
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Pesticides
« Pesticides de synthèse : un collectif namurois interpelle le Parlement wallon pour les interdire »
(06/01/2026 – RTBF)
« Le plaidoyer de 1 300 citoyens contre les pesticides : « Les fichiers Excell sont propres, silencieux, ils ne pleurent pas » »
(06/01/2026 – Vers l’Avenir)
Après avoir occupé les commissions Santé et Agriculture de juin à septembre 2025 au Parlement wallon, le sujet se réinvite dans l’arène parlementaire grâce à une mobilisation citoyenne ayant récolté 1300 signatures. En se basant sur les liens entre pesticides de synthèse et cancers, troubles neurologiques ou problèmes de fertilité, les représentants du collectif demandent en commission aux parlementaires d’interdire progressivement l’utilisation des pesticides, de créer des zones tampons autour des lieux sensibles (crèches, écoles, hôpitaux, etc.), et enfin de soutenir la transition du monde agricole vers des pratiques permettant d’abandonner la dépendance aux substances chimiques.
Le Ministre Yves Coppieters a d’emblée fait comprendre qu’une interdiction totale des pesticides en Wallonie n’était pas réalisable. Son ambition actuelle se limitera donc à défendre auprès du Gouvernement wallon une stratégie permettant de mieux délimiter les zones de captage et d’y appliquer progressivement des interdictions d’épandages. Le ministre souhaite accompagner les agriculteurs dans cette transition environnementale.
Réaction : Des multiples prises de parole durant cette commission, nous retiendrons particulièrement les témoignages et constats particulièrement bien ficelés du médecin Eddy Kay, représentant le collectif de signataires de la pétition. Au-delà des chiffres, des tableaux et des graphiques qui rappellent l’urgence d’agir, il est nécessaire de ramener une dimension humaine à l’enjeu de réduction des substances chimiques. C’est ce qu’a fait avec brio ce médecin dont nous vous partageons quelques-unes de ses interventions :
- « On surfe sur l’absence de preuves de la toxicité des pesticides. Moi, j’attends la preuve de l’absence de toxicité des pesticides. »
- » Il est inconcevable que des substances toxiques, créées pour éliminer des formes de vie jugées nuisibles, puissent être inoffensives pour l’être humain ; car les mécanismes fondamentaux de la vie sont partagés par tout le vivant. ».
- « Il n’y a pas de « risque acceptable » quand il s’agit de la santé de nos enfants. »
- « Quand un expert vous dit qu’il n’y a qu’une augmentation statistique de 2 % des cas, moi, ce que je vois. Ce n’est pas une statistique. C’est une mère qui s’effondre parce que je viens poser un diagnostic défini sur le comportement de son enfant de 3 ans. »
- « Derrière chaque statistique se trouve une famille dévastée, et les médecins sont bien impuissants à réparer ces dégâts dus aux pesticides. La seule ordonnance qui peut sauver les prochains enfants, ce sont les DECRETS … »
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« Protection des captages d’eau : les agriculteurs en colère »
(15/01/2026 – Le Soir)
« Mercosur, pesticides : les agriculteurs, en colère dans les rues de Namur, interpellent le ministre de la santé et de l’environnement »
(15/01/2026 – Vers l’Avenir)
Le Ministre wallon de l’environnement et de la santé, Yves Coppieters, prévoit d’interdire progressivement l’utilisation de pesticides dans les zones agricoles proches des captages d’eau afin de limiter la pollution chimique de nos réserves d’eau potable. Une pollution chimique qui impacte potentiellement la santé des consommateurs d’eau du robinet et qui coûte plusieurs millions d’euros par an à la collectivité (frais de traitement notamment). Selon la FJA, fédération des jeunes agriculteurs, près de 20 000 hectares de terres agricoles seraient concernés par cette mesure. Un autre arrêté ministériel prévoit l’interdiction totale des pesticides contenant des PFAS. Une centaine d’agriculteurs se sont ainsi rendus à Namur, devant le cabinet du Ministre, afin de protester contre ces mesures qu’ils estiment injustes et appellent à plus de soutien du monde politique « pour continuer à produire et à exister ». Le Ministre entend bien déployer ces interdictions tout en prévoyant des mécanismes d’accompagnement financier, dans la mesure du possible au regard de l’état des finances publiques. Le président de la FJA a témoigné de sa volonté de trouver des alternatives aux pesticides en inspirant de ce qui se fait déjà chez nous et à l’étranger. L’union nationale des agrobiologistes belges (UNAB) rappelle que plus de 2 000 agriculteurs produisent déjà sans pesticides et autres produits chimiques. Produire de manière saine est possible, mais l’union rappelle qu’il est nécessaire de mieux soutenir l’agriculture biologique, de la fourche à la fourchette.
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« 78% des sols agricoles wallons contaminés aux insecticides, les terrains non traités ne sont pas épargnés »
(22/01/26 – RTBF)
« Quand une technique censée sauver les insectes devient leur piège mortel »
(22/01/26 – La Libre)
Une équipe scientifique (UCLouvain), révèle après l’analyse de plusieurs échantillons de sols en Wallonie, que 78% des terres sondées sont contaminées en néonicotinoïdes malgré leur interdiction depuis 2023. Cette molécule chimique était utilisée dans l’enrobage des graines afin de fournir à la plante une protection chimique lui permettant de devenir intégralement toxique et d’ainsi tuer les insectes qui tenterait de consommer l’une de ses parties. Si le sol est aujourd’hui contaminé, c’est dû au fait que seuls 5% du composé chimique parviennent réellement à la plante visée, les 95% restants demeurent ainsi dans le sol et contaminent aussi bien les futures cultures que les ressources en eaux. Les cultures de plantes mellifères – produisant du nectar et du pollen – installées sur ces sols contaminés contaminent à leur tour les insectes pollinisateurs leur rendant visite. Des cultures censées offrir des fleurs aux insectes et être ainsi bonnes pour la biodiversité finissent par agir comme un « piège écologique inattendu ». Parmi les effets négatifs de cette substance, citons notamment l’impact sur le cerveau des insectes, en altérant notamment les capacités de localisation et de reproduction. De quoi contribuer au déclin de certaines populations d’insectes, pourtant essentielles au maintien de nos écosystèmes ainsi qu’à nos cultures dépendant de la pollinisation.
Selon l’étude, 62% des sites n’ayant jamais été traités à cet insecticide sont malgré tout contaminés. Bien qu’aucune n’ait pu être validée à ce stade, plusieurs hypothèses sont sur la table : érosion du sol, donc la poussière, qui se déplace dans l’air, ou bien un ruissellement par les eaux de surface lors de pluie, ont pu contaminer un champ voisin… le manque de connaissance quant au comportement de la molécule dans l’environnement atteste que ce traitement chimique a été mis sur le marché sans une compréhension assez fine des risques lors d’une utilisation en situation réelle. L’effet cocktail demeure également mal évolué. Si les concentrations de néonicotinoïdes mesurées à certains endroits ne sont pas considérées comme létales pour les insectes, rien ne présage de leur innocuité lorsqu’elles viennent s’ajouter à d’autres polluants chimiques présents dans l’environnement.
Réaction ; Depuis le début des années 2000, se sont accumulées les premières preuves scientifiques de la toxicité de certains insecticides appartenant à la famille des néonicotinoïdes, accompagnées de signaux d’alerte émanant d’apiculteurs aux premières loges du désastre. Il faudra pourtant attendre 2012 pour que la non-toxicité de cette famille soit remise en question au niveau européen et 2018 pour que le traitement en « plein champs » soit interdit dans l’UE.
Face à cette décision, la Belgique et dix autres États membres abusent de « dérogations d’urgence » octroyées à plusieurs cultures (dont la betterave), leur permettant d’utiliser des graines enrobées de substances à défaut de pouvoir en pulvériser. Grâce au recours devant le Conseil d’Etat porté en 2019 par Nature & progrès et PAN Europe, ce sont finalement les juges européens, via la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) qui statueront, en janvier 2023, que les États membres ne peuvent pas accorder de dérogations pour utiliser des produits phytosanitaires explicitement interdits par la réglementation européenne, y compris pour le traitement de semences. En octobre 2023, les dérogations prennent enfin fin en Belgique10.
Au-delà de ce calendrier regrettable, ayant postposé de plusieurs années une interdiction stricte, la toxicité de cette famille de pesticides, utilisés pendant plus de vingt ans sur nos sols, démontre que les procédures d’autorisations des molécules chimiques au niveau européen ne permettaient ni d’évaluer correctement l’impact sur des insectes non-ciblés par le traitement, ni d’évaluer les voies d’exposition indirecte, ni d’anticiper la persistance environnementale réelle, ni de cerner l’ensemble des effets sanitaires chroniques sur une population d’insectes. Ces énormes manquements toxicologiques dans le cadre réglementaire amènent au triste constat qu’on peut autoriser un produit conforme à toutes les règles et découvrir deux décennies plus tard que les règles ne testaient pas ce qu’il fallait… Si les procédures se sont vues renforcées depuis le regrettable épisode des néonicotinoïdes « tueurs d’abeilles », des angles morts demeurent.
Parmi ces angles morts, citons notamment le fait d’évaluer les substances une par une, sans tenir compte les effets cocktails11. Mais également le fait que les effets restent étudiés sur le court terme, opacifiant ainsi les potentiels impacts d’une substance sur le long terme. Aussi, la relation existante entre la dose et l’effet n’est pas toujours linéaire, certaines molécules peuvent ainsi avoir un impact toxicologique à une très faible concentration. Une autre zone d’ombre découle également du fait que les analyses faites en laboratoire sur certaines espèces « modèles » ne permettent pas d’affirmer l’innocuité sur d’autres espèces12…
La liste des barrières à lever est longue. Le nouveau package législatif dénommé “Food and Feed Safety Simplification Omnibus”, proposé fin 2025 au parlement européen, vient alourdir ces nombreuses barrières en prévoyant notamment des autorisations illimitées de pesticides sans réévaluations régulières, la suppression de l’obligation de réexaminer les substances à la lumière de nouvelles données scientifiques et la prolongation des périodes de transition pour des substances dangereuses après leur interdiction13.
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« Des « cocktails de pesticides » contaminent nos pommes »
(30/01/2026 – La Libre)
France, Espagne, Italie, Pologne, … et Belgique, font partie des pays où certaines pommes disponibles dans le commerce se sont avérées être contaminées par plusieurs résidus de pesticides. C’est ce que révèle la dernière étude coordonnée par l’organisation PAN Europe (Pesticide action network).
Sur les 60 pommes testées, 71% d’entre elles contenaient des pesticides classés parmi les plus toxiques au niveau de l’UE. 85% des pommes analysées étaient contaminées par plusieurs résidus de pesticides différents à la toxicité variable. 64% contenaient au moins un polluant éternel (PFAS).
Est-ce pour autant que les pommes sont néfastes pour la santé ? La réponse n’est pas si facile. Si le fait de retrouver des résidus de pesticides sur des fruits n’est pas interdit en soi au niveau européen (tant qu’ils ne dépassent pas un certain seuil), c’est l’effet cocktail qui inquiète certains experts.
Prenons le cas d’une pomme contenant 7 résidus de pesticides différents, chacun respectant le seuil qui lui est imposé. Aucune norme sanitaire ne prend en considération l’impact sanitaire que pourrait avoir le cumul de ces sept molécules différentes dans notre organisme. PAN Europe reproche ainsi à l’EFSA (l’Autorité européenne de sécurité des aliments), d’évaluer séparément les pesticides sans considérer l’impact d’une « exposition multiple » à plusieurs substances chimiques.
D’ici un renforcement du règlement européen concernant la mise sur le marché des produits alimentaires, l’organisation conseille de privilégier les pommes issues de l’agriculture biologique ou, à défaut, d’éplucher son fruit s’il provient d’une agriculture non-biologique.
Crédit image illustration : Adobe Stock
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- Sciensano, “Half of the Belgian population has overweight, the same as 10 years ago”, 27/06/2024 ↩︎
- OCDE, Etat de santé dans l’Union européenne, Profil de santé de la Belgique 2023 ↩︎
- En Belgique, en 2024, 18,3% de la population est exposée à un risque de pauvreté ou d’exclusion sociale – Source : Statbel : La pauvreté : une réalité aux mille visages ↩︎
- Statbel, Budget des ménages – Plus de chiffres – Dépenses moyennes par ménage 1978-2010 ↩︎
- Statbel, Budget des ménages – Données 2024 ↩︎
- Concerne l’emballage en contact avec les denrées alimentaires) ↩︎
- Voir un ce sujet le dossier d’analyse de Canopea : https://www.canopea.be/wp-content/uploads/2025/05/DOSSIERweb_AviationSante.pdf ↩︎
- Conseil Supérieur de la Santé, Trafic aérien et santé publique : un équilibre inégal, 07/05/2024 ↩︎
- Ibid ↩︎
- PAN Europe, EU Court of Justice: no more derogations for the use of bee-toxic neonicotinoids, 19/01/2023 ↩︎
- CHEMTrust, How to address chemical mixture effects in the REACH revision, May 2025 ↩︎
- Voir à ce sujet la réaction de François Verheggen, professeur à l’Université de Liège : post LinkedIn du 30/01/2026 ↩︎
- Générations Futures & PAN Europe, Food and feed safety omnibus’ threatens pesticide rules, Décembre 2025 ↩︎
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