À l’heure où le flux de l’actualité nous expose à l’infobésité, mais où s’informer reste une priorité, nous vous proposons ici une compilation prémâchée et digérée à notre sauce, de différents épisodes de l’actualité d’ici ou ailleurs faisant le lien entre notre environnement et notre santé. Parce que « choisir, c’est renoncer », nulle prétention à l’exhaustivité, mais plutôt à la diversité des sujets abordés.
Au menu
PFAS
- « Une nouvelle campagne de dépistage pour évaluer l’exposition aux PFAS » (18/02/2026 – La Libre)
Environnement alimentaire
- « “Manger sainement doit devenir un droit” : la sécurité sociale de l’alimentation sur la table du Parlement bruxellois » (16/01/2026 – BX1)
Qualité de l’air
- « Températures glaciales, chauffage au bois et voitures : le cocktail qui fait tousser Berlin » (17/02/2026 – Le Monde)
Recherche
- « Près de 40 % des cancers dans le monde ont des causes « évitables » (03/02/2026 – Le Monde)
Entreprises
- « Nos entreprises ont besoin d’une véritable justice environnementale » (20/02/2026 – L’Echo)
Produits chimiques
- « Le « GIEC de la pollution » est sur les rails : quelles sont les ambitions ? » (09/02/2026 – Le Soir)
PFAS
« Une nouvelle campagne de dépistage pour évaluer l’exposition aux PFAS »
(18/02/2026 – La Libre)
Depuis février 2025, l’eau de distribution wallonne est tenue de ne pas dépasser certaines normes de concentration en PFAS pour pouvoir être légalement considérée comme « potable ». Avant que l’évaluation systématique des PFAS ne soit d’application dans l’eau potable (décembre 2023), certaines communes étaient approvisionnées en eau dépassant cette valeur limite récemment mise en place.
Afin d’évaluer la contamination aux PFAS, une nouvelle campagne de prélèvement, sur base gratuite et volontaire, est prévue de mars à juin 2026, pour les personnes de plus de 12 ans dont le domicile, le lieu de travail ou l’école se situent dans une zone où cette norme PFAS avait été franchie (ou presque) dans l’eau de distribution.
Les 21 communes concernées sont : Chièvres, Ath, Belœil, Leuze-en-Hainaut, Jurbise, Braine-Ie-Comte, Seneffe, Ittre, Nandrin, Tinlot, Modave, Corenne, Flavion, Rosée (Florennes), Tubize, Braine-le-Château, Braine-l’Alleud, Le Rœulx, Soignies, Écaussinnes et Waterloo.
Un courrier reprenant les informations utiles de cette campagne sera envoyé aux personnes habitant ou fréquentant (travail, école) les quartiers ou rues concernées.
Réaction : Les données des derniers Biomonitoring wallons établissaient déjà une exposition généralisée de la population. L’analyse de sept types de molécules PFAS dans le sang des wallon·ne·s révélait déjà que 94% des adolescents et des adultes (20 – 59 ans) testés dépassaient le seuil au-delà duquel un risque d’effets indésirables ne peut être exclu sur la santé. Sans parler des milliers d’autres molécules PFAS mis sur le marché et ne faisant actuellement l’objet d’aucun monitoring, faute de données toxicologiques disponibles.
Face à ces polluants éternels s’accumulant jour après jour, toujours un peu plus dans nos organismes et ressources, nous ne pouvons pas nous contenter de réponses politiques centrées sur la récolte de données supplémentaires. Nous disposons déjà de suffisamment d’observations pour justifier des actions fortes, telles que l’interdiction des PFAS à la source. Sans régulation sérieuse en amont, il est certain que plus nous les chercherons en aval, plus nous les trouverons…
En Wallonie, la norme de potabilité en vigueur depuis le 20 février 2025, fixe un seuil maximal de 100 ng/l pour la somme de 20 PFAS. Le CSI (Conseil scientifique indépendant) mandaté par la Région wallonne avertissait dans son rapport que certaines zones conformes à cette norme « cachent » des dépassements pour les quatre PFAS les plus toxiques. Le CSI conseillait ainsi de ne pas se contenter d’une approche uniquement quantitative (valeur de 100 ng/L), mais d’adopter des seuils spécifiques aux PFAS reconnus comme particulièrement toxiques. C’est ainsi qu’une « valeur cible » sera d’application à partir de janvier 2028 pour les quatre PFAS les plus toxiques1. Malheureusement, il ne s’agit en rien d’une valeur contraignante. Les fournisseurs d’eau devront « s’efforcer de ne pas dépasser, au point de distribution, une valeur cible de 4 ng/l (soit 0,004 µg/l) » pour la somme des quatre PFAS. L’effort repose donc sur les fournisseurs d’eau, alors qu’ils ne sont que les tristes héritiers d’une accumulation de ces polluants éternels venant de toute part en amont.
Environnement alimentaire
“Manger sainement doit devenir un droit” : la sécurité sociale de l’alimentation sur la table du Parlement bruxellois
(16/01/2026 – BX1)
À l’issue d’un travail parlementaire porté par les députés Ecolo au sein de la commission santé du parlement bruxellois, le gouvernement fédéral va étudier la faisabilité de mettre en place d’une sécurité sociale de l’alimentation (SSA) en vue que chaque citoyen dispose d’un budget suffisant pour être en mesure de s’alimenter avec des produits de qualité.
En ajoutant ce point à l’agenda politique fédéral, la sécurité sociale pourrait ainsi bientôt compter une huitième branche, complémentaire aux sept piliers existants : pensions, chômage, assurances (accidents du travail, maladie professionnelle, soins de santé), vacances annuelles et allocations familiales.
Basée sur la contribution solidaire, la SSA pourrait prendre la forme d’une allocation alimentaire mensuelle universelle allant de 50 à 150 euros par personne. Ce budget serait ainsi exclusivement dédié à l’achat d’aliments de « haute qualité environnementale et sociale, tout en créant un marché juste pour les acteurs des filières agroalimentaires » précise la députée Ecolo Farida Tahar.
Si la majorité des partis ont accueilli positivement cette proposition de résolution, certains partis se sont opposés à ce projet. Le MR estime ainsi que ce n’est pas réalisable et hors budget. La députée Ecolo réplique que le coût de cette mesure doit être considéré comme un investissement sur le long terme. Les coûts sanitaires liés à la mauvaise alimentation seront réduits, vu que la consommation d’aliments de bonne qualité nutritionnelle sera promue par la mesure.
Le nombre de personnes faisant appel à l’aide alimentaire d’urgence devrait également diminuer grâce à cette mesure. Au-delà des critères nutritionnels, cette allocation alimentaire ne pourrait être dépensée que pour les produits répondant également à certains critères sociaux et environnementaux afin de favoriser l’agriculture régionale et distributeurs associés, un coup de pouce précieux pour l’économie locale.
L’étude de faisabilité du gouvernement fédéral permettra de clarifier si un tel mécanisme est envisageable et précisera les conditions de mises à place à prévoir dans le cas échéant.
Au-delà de l’étude de faisabilité, la résolution votée permet également de favoriser l’accès à des financements régionaux pour des initiatives et des expérimentations de la sécurité sociale de l’alimentation, telle que le projet en cours à Schaerbeek.
Réaction : Ce vote représente incontestablement une étape décisive pour la reconnaissance du droit à l’alimentation comme pilier potentiel de justice sociale, de santé publique et de transition des systèmes alimentaires !
Dans son rapport, l’association FIAN Belgium montre que le coût de la consommation alimentaire annuelle belge s’élève à 43,5 milliards d’euros. Les coûts cachés de notre modèle alimentaire s’élèvent quant à eux à 90 milliards d’euros (188 milliards si les externalités environnementales liées à l’importation sont intégrées). « Aujourd’hui, manger en circuit industriel détruit donc plus de valeur qu’elle n’en crée. »
Comme le souligne FIAN, « la mise en œuvre d’une SSA en Belgique pourrait générer des bénéfices visibles et durables, qui répondent à plusieurs défis et engagements de la Belgique actuelle : amélioration de la santé publique, réduction des impacts environnementaux, relocalisation de l’économie, transition agricole, adaptation au dérèglement climatique, lutte contre l’évasion fiscale… La Sécurité sociale de l’alimentation pourrait donc servir de levier de transformation et d’économies de dépenses publiques. »
Affaire à suivre ! D’ici là, n’hésitez pas à prendre connaissance de ce beau projet sur la page du Collectif de Réflexion & Action pour une Sécurité sociale de l’alimentation (CreaSSA)
Qualité de l’Air
« Températures glaciales, chauffage au bois et voitures : le cocktail qui fait tousser Berlin »
(17/02/2026 – Le Monde)
Depuis le début de l’année, Berlin connaît un niveau de particules fines jusqu’à trois fois supérieur aux limites européennes. Plusieurs circonstances expliquent cette hausse de pollution.
D’une part, les autorités berlinoises soulignent que la voiture continue à occuper beaucoup de place dans la capitale allemande. Près d’un quart des déplacements s’y font en voiture et le nombre d’immatriculations a augmenté de 18% sur les deux dernières décennies. Si certains maires berlinois avaient tenté (et réussis) de limiter la pollution grâce à la mise en place de certaines mesures de mobilité (dont la limitation de la vitesse de circulation), l’élection récente de décideurs conservateurs et « pro voiture » ont mis un coup de frein à ces mesures de santé publique.
D’autre part, une partie de la réponse revêt une dimension thermique. Certaines conditions météorologiques peuvent créer un phénomène, appelé « inversion thermique », ou en l’absence de vent, l’air froid stagne au sol, empêchant ainsi la dissipation des polluants. De plus, des températures froides sont souvent accompagnées de besoins en chauffage plus intenses. Qui dit chauffage dit généralement particules fines. En effet, aucune combustion n’étant parfaite, brûler du mazout, du gaz ou du bois génère des résidus de combustion, dont des particules fines. Les installations de chauffage au bois sont particulièrement responsables de cette pollution.
Certains spécialistes allemands rappellent également que près de la moitié de la pollution constatée à Berlin n’est pas émise localement. Une partie de la pollution berlinoise provient d’ailleurs en Allemagne ou encore des pays voisins. Certaines centrales à charbons polonaises sont ainsi pointées du doigt.
Réaction : Pour éviter de tomber malade à cause de l’air qu’on respire, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de ne pas dépasser certains seuils de pollutions. Ces seuils existent pour différents polluants (particules fines, oxydes d’azote, ozone, etc.) et sont exprimés en µg/m³ (microgramme par mètre cube d’air), soit une quantité de matière par volume d’air ambiant. Lorsque la concentration en polluants dans l’air qu’on respire dépasse ces seuils, cela nous expose à de potentiels effets négatifs sur notre santé.
Pour un même polluant, il peut exister différentes valeurs de seuils selon la période de temps concernée. Il existe ainsi des seuils horaires, journaliers et annuels. Dans le cas des particules fines inférieures à 2,5 micromètres (PM2,5), l’OMS recommande ainsi de ne pas dépasser une moyenne de 15 µg / m³ d’air par jour. Néanmoins, il s’agit d’une recommandation sanitaire et non d’une contrainte règlementaire. Cette dernière est apportée par les autorités européennes sous forme de normes environnementales. L’Europe demande ainsi à ses États membres de ne pas dépasser une valeur (moyenne journalière) de 25 µg / m³, ce qui est donc moins protecteur que la recommandation de l’OMS fixée à 15 µg / m³. Un pays européen ne peut pas dépasser cette valeur plus de 18 jours sur l’année et doit assurer une moyenne annuelle sous la barre des 10 µg / m³, là où l’OMS préconise de ne pas dépasser 5 µg / m³.
Les derniers rapports dressant le bilan de la qualité de l’air en Belgique montrent que, même si nous respectons déjà (depuis peu) les normes révisées imposées par l’Europe (en vigueur à partir de 2030), nous dépassons encore les recommandations sanitaires de l’OMS dans nos villes, et ce, pour la majorité des polluants impactant notre santé (oxydes d’azote, particules fines, ozone). Des efforts restent donc à fournir dans les différents secteurs d’activité émissifs, tels que le chauffage résidentiel, la mobilité, l’industrie, etc.
Recherche
« Près de 40 % des cancers dans le monde ont des causes « évitables »
(03/02/2026 – Le Monde)
40 % des cancers dans le monde ont des causes « évitables ». C’est la conclusion du rapport publié par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Sur les 18,7 millions de cancers survenus dans le monde en 2022, 7,1 millions sont causés par des facteurs sur lesquelles nous (individus ou collectivités) avons potentiellement prise, tels la consommation de tabac, d’alcool, la mauvaise alimentation (obésité), le manque d’activité physique, l’exposition au soleil, la contamination par des agents infectieux (bactérie, virus, parasite, champignons), la pollution de l’air, ou l’exposition à des substances cancérogènes (amiante, arsenic, …). Par ordre d’importance, les trois causes sont le tabac (3,3 millions des cas), les agents infectieux (2,2 millions des cas) et l’alcool (700 000 cas). Quant aux cancers associés les plus « évitables », il s’agit du cancer du poumon, de l’estomac et du col de l’utérus.
Ces chiffres correspondent à des moyennes à l’échelle mondiale, occultant ainsi les fortes disparités associées aux lieux de vie (moyenne variable d’un continent à l’autre), au sexe (les hommes étant différemment impactés que les femmes), au niveau de vie (les personnes précaires étant plus exposées que celles vivant dans le confort). Les actions de prévention sont donc à calibrer selon le pays, ainsi que selon les catégories d’habitants exposées.
Si 40 % des cancers dans le monde ont des causes « évitables », les 60% restants trouvent leurs causes dans des facteurs génétiques, le vieillissement, les inégalités sociales ainsi que d’autres facteurs environnementaux absents de l’analyse ou manquant de données suffisantes pour établir les liens de causalité.
Certains experts de santé publique invitent donc à lire cette conclusion avec des pincettes :
- D’une part, ce type d’étude ne peut couvrir qu’une petite partie des risques environnementaux, tels que les particules fines. De nombreux facteurs relevant de la santé environnementale ne sont ainsi pas pris en compte : l’impact des pesticides dans l’alimentation, les plastifiants (phtalates, bisphénols), les polluants organiques persistants (PFAS, PCB, …), la mauvaise alimentation (aliments ultratransformés, nourriture trop salée, trop sucrée, …). Sans oublier l’effet cocktail potentiel – lorsque nous sommes exposés à plusieurs de ces facteurs en même temps- très complexe à évaluer.
- D’autre part, les facteurs dits « de risques comportementaux » ne doivent pas reposer exclusivement sur les épaules individuelles. Tant les environnements de vie que les comportements individuels sont conditionnés par des choix politiques, pour le meilleur ou pour le pire. En guise d’exemples du meilleur, la diminution du tabagisme n’aurait pu se faire sans l’intervention de politiques fortes de prévention. La diminution du cancer du col de l’utérus (liés papillomavirus humain) dépend de campagne de dépistage et de vaccination.
Réaction : Le cancer ne peut ni être réduit aux comportements individuels, ni être considéré comme quelque chose de naturel, ni être sorti du débat politique. Limiter significativement les cas de cancer passera nécessairement par une amélioration des déterminants socio-économiques (revenu, éducation, situation familiale, …), une réduction des pollutions environnementales (qualité de l’air, pollutions sonores, substances chimiques, …), un accès renforcé aux choix de consommation sains (environnements alimentaires) ainsi qu’un renforcement des cadres réglementaires afin qu’ils soient suffisamment protecteurs.
« Ce n’est pas de notre faute si le climat part en cacahuète ». « C’est de ta faute si tu es malade, tu n’as qu’à prendre soin de toi. » Après avoir vu certains minimiser ou nier les responsabilités politiques et sociétales dans le dérèglement climatique (climatoscepticisme), nous assistons à ce que certains appellent le « cancer backlash ». Un concept dénonçant ainsi les tentatives de faire reposer la prévention du cancer principalement sur les épaules individuelles. Si le tabac et l’alcool sont encore responsables de nombreuses pathologies, ils ne peuvent occulter l’ensemble des autres déterminants de santé sur lesquels nous avons prise en tant que société.
En Belgique, comme dans la plupart des pays, « l’incidence du cancer est clairement associée à l’âge, le taux d’incidence le plus élevé étant enregistré dans le groupe des 80 à 84 ans. » Alors certes que l’augmentation du nombre de cancers dans notre population trouve une partie de sa réponse dans le vieillissement naturel. Cependant, le vieillissement explique-t-il tout ? La probabilité de déclarer un cancer un jour dans sa vie n’est-elle pas également impactée par les pollutions auxquelles nous sommes exposées au cours d’une vie ? Sans oublier toutes les autres pathologies potentiellement associées à ces pollutions, les cancers ne représentant malheureusement qu’une partie de ce triste bilan.
Enfin, si les impacts sanitaires de certains polluants sont maintenant suffisamment démontrés pour justifier leur diminution, il convient de garder une attention particulière à l’application du principe de précaution pour l’ensemble des polluants émergents et donc moins documentés. L’absence de données probantes ne peut constituer une preuve d’innocuité.
Pour aller plus loin dans la réflexion :
- « La rhétorique du “cancer backlash” présente de nombreuses analogies avec le climatoscepticisme » (22/02/2026 – Le Monde)
- « Cancers professionnels : « Les pouvoirs publics persistent à considérer que les gens en sont responsables » » (27/01/2026 – Le Monde)
Entreprises
« Nos entreprises ont besoin d’une véritable justice environnementale »
(20/02/2026 – L’Echo)
Pour exercer son activité potentiellement polluante, une entreprise a besoin d’obtenir un « permis environnement » auprès des autorités. Ce document reprend une série d’obligations, telles que les seuils de pollution que l’entreprise ne peut dépasser (rejets d’eaux usées, sorties de cheminées, , etc.) ou encore la gestion des déchets.
Mais qui est là pour s’assurer que l’entreprise respecte ses obligations ? Et en cas de non-respect, par qui est assurée la sanction ?
En Belgique, la Cour d’appel de Mons est la seule chambre spécialisée dans la justice environnementale. En plus de manquer de juridictions spécialisées, les rares magistrats actifs dans ce secteur déplorent (depuis près de 20 ans…) également le manque de moyens attribués à cette compétence. Ces manquements concernent le manque d’effectifs, d’expertise technique et de ressources financières.
Paradoxalement, certaines entreprises regrettent également les manquements de cette justice environnementale, créant ainsi une concurrence malsaine. Car si des entreprises peuvent polluer en toute impunité, d’autres supportent des dépenses et investissements conséquents pour tenter de respecter une législation manquant de contrôle.
Au-delà de la lutte contre les pollutions illégales et les pratiques mafieuses (trafic de déchets), le renforcement de la justice environnementale est également nécessaire pour mettre fin à cette concurrence déloyale entre acteurs d’un même secteur.
Réaction : Fin 2025, le Conseil Supérieur de la Justice (CSJ) rendait un avis positif sur la proposition de loi « portant création de juridictions de l’environnement » à la demande de la Chambre des représentants.
Déposée en 2024, cette proposition souhaite renforcer la justice face à la complexité et la technicité des enjeux liés à l’environnement. Les actions envisagées sont :
- Formation de juges spécialisés en environnement, des juges d’instruction (ceux qui ordonnent les devoirs d’enquête) et des substituts du procureur du roi (ceux qui représentent l’état dans le procès) ;
- Création de sections dédiées (appelées « chambre »), au sein des Tribunaux de première instance et des cours d’appel, pour s’occuper exclusivement des procès en lien avec l’environnement ;
- Rendre compétent le tribunal de l’environnement sur les affaires en lien avec l’urbanisme, le logement, la conservation de la nature, l’énergie ou encore le bien-être animal. Il serait compétent à la fois pour les affaires civiles – comme un conflit entre voisins à cause d’une pollution de l’air – et les affaires pénales – comme une poursuite pour trafic d’espèces sauvages.
Il s’agit là d’actions nécessaire à déployer si nous souhaitons éviter que les cas de pollutions constatées restent classés sans suite, faute de moyens ou de compétences permettant de « faire justice ».
En attendant une approche harmonisée à l’échelle du pays, Françoise Thonet, magistrate à la Cour d’appel de Mons, instaurait en 2022 la première chambre spécialisée en droit de l’environnement. De nombreux avantages sont déjà soulignés par la magistrate :
- Un meilleur traitement des dossiers, en termes de qualité de l’analyse et de la décision, mais aussi en termes de coûts et de rapidité.
- La construction d’une jurisprudence environnementale.
- Une bonne vue d’ensemble des dossiers en lien avec l’environnement.
- Une motivation renforcée pour tous les acteurs qui savent qu’il y aura des suites au dossier qu’ils traitent.
- L’effet pédagogique et la prise de conscience pour une personne ou un secteur d’activités de la nécessité de respecter les normes pour l’environnement et la santé publique.
Le Conseil Supérieur de la Justice s’est positionné en faveur de la proposition de loi « portant création de juridictions de l’environnement », le soin de réexaminer le texte revient maintenant à la commission « justice » de la Chambre des représentants (parlement fédéral), avant qu’il ne soit voté et éventuellement adopté en séance plénière.
Pour plus d’informations sur ce dossier, nous vous invitons à lire l’analyse dédiée de Canopea : « Un premier feu vert pour la création de juridictions spécialisées en environnement »
Produits chimiques
« Le « GIEC de la pollution » est sur les rails : quelles sont les ambitions ? »
(09/02/2026 – Le Soir)
Quand on pense aux crises environnementales que nous traversons, le changement climatique et la perte de biodiversité émergent souvent dans les consciences. En réponse à ces deux crises, le Giec (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) ainsi que son équivalent pour la biodiversité (IPBES) ont ainsi été mis en place – respectivement en 1988 et 2012 – afin d’évaluer de manière objective l’état des connaissances sur ces enjeux et de conseiller les décideurs politiques.
Malgré les nombreuses conséquences de la pollution chimique sur l’environnement et la santé humaine, ce n’est qu’en juin 2025 que la communauté internationale s’accorde sur la création d’un panel dédié à la pollution chimique. Ce panel aura ainsi pour mission d’étudier les problèmes liés à la pollution chimique, aux déchets et autres polluants et de proposer des pistes de solutions aux décideurs.
Interrogé par le journal Le Soir, le vice-président de ce nouveau panel (Bart Rymen) résume les tenants et aboutissants de ce nouveau panel et souligne sa nécessité à l’heure où, encore en 2022, «un décès sur six dans le monde était lié à la pollution ».
Début février 2026, ce nouveau panel intergouvernemental de scientifiques est convoqué pour la première fois à Genève pour stimuler le changement face à cette crise massive. Leur mission consistera à fournir de l’information à jour sur les preuves scientifiques et les options possibles pour les décideurs. En plus de représenter un instrument puissant en termes de sensibilisation, ce panel, au même titre que le Giec et l’IPBES pourrait avoir un impact important sur la conclusion d’accords internationaux.
L’ordre des travaux ainsi que les thèmes prioritaires sélectionnés (tel ou tel type de polluant)devraient être fixés pour 2027 et le premier rapport devrait sortir en 2030. Il ne s’agira pas de travaux de recherche, mais plutôt d’évaluation et d’analyse les différentes études scientifiques disponibles à travers le monde pour ensuite conseiller les décideurs politiques. Les impacts positifs et négatifs de chaque piste de solution formulée seront également déterminés à l’aide de représentants des sciences sociales (économistes, sociologues, etc.) afin de rester connectés aux réalités de terrain.
S’il est trop tôt pour connaître les thématiques spécifiques sur lesquelles se penchera le panel, les ambitions principales peuvent déjà être résumées comme suit :
- Mettre en place une stratégie globale de lutte contre la pollution. Par exemple, en apportant une cohérence internationale dans la manière dont sont régulés les produits chimiques afin d’éviter une distorsion de concurrence (ex : des pesticides sont actuellement interdits dans l’UE, mais autorisés en Amérique du Sud).
- Réguler l’ensemble des polluants au niveau international. Des conventions internationales visent déjà à réguler certains produits chimiques, tels que les polluants organiques persistants (convention de Stockholm) ou le mercure (convention de Minamata), etc. Mais ces conventions ne couvrent actuellement qu’une très petite partie des polluants.
- Identifier les risques émergents et d’agir rapidement pour limiter l’impact de la pollution. La crise des PFAS que nous traversons démontre que nous avons tendance à réagir trop tard, complexifiant davantage la mise en œuvre de pistes de solution.
- Aborder la triple crise planétaire (climat, biodiversité, pollutions) d’une manière harmonisée et décloisonnée.Actuellement, certaines solutions d’atténuation du dérèglement climatique peuvent s’avérer nuisibles pour la biodiversité et/ou en matière de pollution.
Mais aussi…
Voici d’autres titres parus ces dernières semaines, toujours en lien avec les nombreuses thématiques de santé environnementale :
Aérien
- « Charleroi, un aéroport qui survit grâce aux subsides » (05/02/2026 – L’Echo)
- « La Wallonie et le gouvernement De Wever s’écharpent sur le dossier de l’aéroport de Charleroi » (04/02/2026 – La Libre)
Alimentation :
- « Pourquoi les produits ultratransformés ne sont-ils pas taxés ? » (23/02/2026 – Le Soir)
- « Auderghem et Anderlecht s’attaquent aux fast-foods » (27/02/2026 – L’Echo)
Bruit
- « Nuisances des avions : plus de 6000 infractions ont été dénombrées en 2025, déplore le Médiateur fédéral » (25/02/2026 – RTBF)
Qualité de l’air
- « Les performances scolaires plombées par la pollution aux particules fines » (25/02/2026 – La Libre / RTBF)
Mobilité :
- « Les Régions peinent à résoudre l’incohérence des taxes de circulation » (20/02/2026 – La Libre)
- « Bruxelles : l’inclusion de « LISA Car » dans l’accord de gouvernement ouvre la voie à une mobilité apaisée » (24/02/2026 – Canopea)
Dérèglement climatique :
- « La Belgique doit-elle s’adapter à un réchauffement de +4°C ? » (02/02/2026 – L’Echo)
- « Chaleur, tempête, inondations : 80 % des Européens touchés par les aléas climatiques » (04/02/2026 – Le Soir)
Maladies vectorielles :
- « L’été en Belgique, une période de plus en plus sensible pour la transmission du chikungunya » (19/02/2026 – Le Soir)
Pesticides
- « Loi Duplomb : sept mois après, la pétition record sur l’agriculture enfin débattue à l’Assemblée nationale » (11/02/2026 – Le Monde)
- « Loi Duplomb : un rapport sur les substituts aux néonicotinoïdes suscite une controverse au sein de l’Inrae» (11/02/2026 – Le Monde)
- « Exposition des Français au cadmium : la carence fautive de l’Etat» (18/02/2026 – Le Monde)
- « La loi Duplomb est passéiste, ses coûts financiers et humains sont colossaux » (10/02/2026 – Le Monde)
- « TVA sur les produits phyto : « 7000€en plus par an » » (19/02/2026 – Vers L’Avenir)
- « Nous, médecins et scientifiques, alertons sur le décalage croissant entre l’état de la science et la fabrique de la loi » (10/02/2026 – Le Monde)
- « Des pesticides dans 70% des sols européens » (10/02/2026 – Vers L’Avenir)
Réglementation
- « La justice belge n’a pas les moyens de s’attaquer à la criminalité verte » (20/02/2026 – L’Echo)
Substances chimiques
- “Chemicals of very high concern added to EU list – the significance for consumers” (11 Feb. 2026 – CHEM Trust)
- « PFAS : le procès de 1400 habitants de Zwijndrecht contre la société chimique 3M a débuté ce mardi à Anvers » (24/02/2026 – RTBF)
- « Contre les PFAS, la Wallonie n’utilise pas une solution qu’elle a pourtant financée » (26/02/2026 – L’Echo)
Recherche
- « Les facteurs de stress environnementaux et la santé cardiovasculaire » (20/01/2026 – European Heart Journal)
Crédit image illustration : Canopea
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- Il s’agit du PFOA, du PFNA ? du PFHxS, PFOS : https://environnement.wallonie.be/home/gestion-environnementale/environnement-sante/pfas?utm_source=chatgpt.com ↩︎
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