Les fédérations sectorielles du commerce et de l’industrie agroalimentaire ont présenté ce mardi les nouvelles règles régissant la publicité commerciale pour la malbouffe à destination des moins de 16 ans.
A cette occasion, Fevia et Comeos, ainsi que les annonceurs louent, comme d’habitude, les vertus de l’autorégulation. Des professionnels du secteur de la santé et de la nutrition réclament une prise en main du dossier par les autorités politiques et plaident pour une interdiction. Canopea aussi. Les initiatives politiques concrètes en ce sens font cruellement défaut.
Alors que l’industrie et le marketing alimentaires prétendent généralement s’engager en faveur d’un marketing « responsable » à l’égard des enfants, leurs promesses et engagements en la matière n’offrent généralement que très peu de protection aux enfants.
(Conseil Supérieur de la Santé, Réduire l’exposition des enfants, y compris des adolescents, aux aliments malsains par le biais des médias et du marketing en Belgique, août 2022, Bruxelles : CSS, Avis N°9527.)
Le piège et l’impasse de l’autorégulation
Il est largement documenté qu’une prise de conscience progressive des caractéristiques négatives de la publicité commerciale par différents acteurs de la société civile a contraint le secteur du commerce et de la publicité à agir. C’est, aujourd’hui, particulièrement vrai pour la question de l’influence de la publicité pour la malbouffe sur les enfants, suite notamment au fait que le Conseil supérieur de la santé a sorti un avis édifiant sur la question.
Aussi, s’appuyant fermement sur son infiltration à la fois massive et fine dans la société et le poids économique qu’il prétend représenter, et aidé par ces commanditaires industriels regroupés en fédérations (ici Févia et Comeos), le secteur publicitaire a réussi à imposer ses propres solutions pour garder la maîtrise : l’auto-régulation à l’aide de codes divers et variés et l’auto-contrôle via des organes auto-institués qui rendent des avis non-contraignants. On peut notamment citer en Belgique :
• un code d’éthique de la publicité,
• un code de la publicité écologique,
• un code Febiac pour la publicité automobile,
• un Belgian pledge pour la publicité alimentaire à destination des enfants : c’est une actualisation de celui-ci que le secteur propose.
• …
Et, pour le contrôle : l’indétrônable Jury d’éthique publicitaire (JEP) fondé en 1974.
Il est aujourd’hui largement reconnu que le système d’autorégulation entraîne des difficultés résultant :
• du manque d’indépendance,
• de lʼabsence de débat contradictoire permettant d’entendre les plaignants,
• de lʼabsence de caractère contraignant.
Reconnaitre l’impasse et agir politiquement
Cette stratégie consistant à prendre les devants et à proposer l’auto-régulation est payante pour le secteur. Il n’est pas inutile de le rappeler : aujourd’hui, seule la publicité pour le tabac est interdite en Belgique ainsi que celle sur les médicaments sous prescription ; une régulation de la publicité pour les jeux de hasard est en cours. Les publicités pour tous les autres produits sont libres ou auto-encadrées, et elles circulent donc sans contrainte. Leurs effets négatifs, nombreux et bien documentés, peuvent ainsi jouer à plein.
Canopea plaide, à l’instar de nombreux spécialistes du secteur de la santé et de la nutrition, pour une intervention ferme des autorités politiques et pour l’interdiction de la publicité pour la malbouffe à destination des jeunes (les moins de 18 ans au minimum).
(…) « Le marketing des aliments malsains vise de manière disproportionnée à atteindre les enfants défavorisés issus de groupes raciaux, ethniques et/ou socio-économiques particuliers, ce qui exacerbe les inégalités en matière de santé et de nutrition et viole le droit à la non-discrimination ». (Rapport du CSS)
Monsieur Magnette, président du PS, a, il y a peu, plaidé en ce sens. La décision du ministre de la santé, monsieur Vandenbroucke, de ne pas signer le plan va, elle aussi, dans le bon sens. Mais la société civile attend des actions de régulation à la fois plus fermes et plus concrètes. Les autorités politiques de la ville de La Haye montrent par exemple la voie dans un secteur également crucial, le climat, en interdisant la publicité pour les produits à haute teneur en carbone. La justice vient de soutenir cette initiative responsable en rejetant les recours intentés.
Contact presse
Alain Geerts, +32 479 497 656
En savoir plus :
Dossier sur la régulation de la publicité commerciale
Publicité et santé : sortir du déni
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