Qualité de l’eau : Demande urgente de mesures ambitieuses pour un droit menacé

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Ce samedi 22 mars est la Journée mondiale de l’eau. Contrairement à 2,2 milliards de personnes, nous avons la chance, en Wallonie, de pouvoir ouvrir le robinet et avoir un accès quasi illimité à l’eau potable, et ce, à un prix aujourd’hui raisonnable. Mais la diffusion à large échelle de polluants chimiques dans notre environnement menace chaque jour davantage ce droit. Des actions politiques sont nécessaires et urgentes.

Nos eaux sont polluées, notre approvisionnement en eau est menacé », a résumé, le 5 février dernier, lors d’une conférence de presse sur un xième rapport, la nouvelle Commissaire européenne à l’environnement, Jessika Roswall.

Le constat est alarmant – pourtant la sonnette d’alarme ne semble pas faire réagir. 40 % de nos ressources en eau sont en mauvais état à cause de concentrations en pesticides ou en nitrates trop élevées. Un problème environnemental bien sûr, mais aussi de santé publique, puisque ces pesticides peuvent causer différents types de cancers, altèrent la fertilité des hommes et des femmes, interfèrent avec nos fonctions hormonales, produisant ainsi des effets délétères sur nos organismes. Et ce risque est encore accru chez les enfants, dont l’organisme immature en ce qui concerne les mécanismes de détoxification, concentre davantage ces substances toxiques.

L’utilisation à grande échelle de pesticides est un des principaux facteurs de dégradation de la qualité de l’eau, en témoignent les cartes de pollution des eaux de Wallonie. Les herbicides, insecticides et fongicides épandus sur les cultures s’infiltrent dans le sol et rejoignent les nappes phréatiques. Une fois dans les eaux, certaines de ces molécules s’accumulent, et parfois se dégradent en d’autres molécules encore plus toxiques ou persistantes. C’est, entre autres le cas des pesticides Pfas qui se métabolisent en TFA et que l’on retrouve aujourd’hui en quantité importante dans la grande majorité des eaux de distribution en Wallonie, comme attesté par un récent monitoring réalisé à la suite de la publication de données exploratoires de la société civile.

Or, si la vente de pesticides en Belgique stagne, ce n’est pas le cas pour les pesticides Pfas dont les ventes ont au contraire augmenté ces dernières années, particulièrement entre 2021 et 2022 en grimpant de 20 %.

Un mal nécessaire pour la souveraineté alimentaire de la Wallonie ? Pas vraiment, puisqu’en Wallonie les pesticides incriminés sont utilisés principalement sur les cultures de pommes de terre, de betteraves sucrières ou de maïs : toutes des cultures dédiées très majoritairement à l’exportation et à l’alimentation du bétail.

A l’opposé du principe du pollueur-payeur

Face à la dégradation de la qualité des eaux brutes, les producteurs d’eau sont tenus de réaliser des investissements massifs pour repotabiliser l’eau avant de l’injecter dans les réseaux de distribution… Le coût de ces investissements est directement répercuté sur les citoyens dont les factures d’eau augmentent. On est donc à l’opposé du principe du pollueur-payeur qui suppose que ce soient les industries qui ont mis ces substances chimiques sur le marché qui soient financièrement responsables de leur élimination.

Les consommateurs et consommatrices d’eau sont aujourd’hui victimes d’un système qui leur échappe, mais dont ils et elles font les frais. D’où la question : quelle protection existe aujourd’hui pour nos eaux souterraines ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, concrètement, aujourd’hui, aucune ! En effet, il n’y a pas de restriction d’utilisation des pesticides à proximité des captages d’eau. Des initiatives volontaires contractualisées et financées sur argent public, existent. Mais, force est de constater qu’elles sont insuffisantes face à l’ampleur de la contamination. La seule solution consiste à arrêter la pollution à la source, en limitant l’utilisation de pesticides aux abords des zones de production d’eau potable, tout en prévoyant un accompagnement des exploitants impactés vers des modes de production agricole alternative, sans polluant chimique. Ces solutions existent. Des agriculteurs biologiques s’y attellent tous les jours en Wallonie et ailleurs. Et, il n’est pas inutile de le rappeler d’autant que la Journée mondiale de l’eau coïncide avec la Semaine pour les Alternatives aux Pesticides qui débute le 20 mars. Absence de pulvérisation chimique ne rime pas avec absence de production ou absence de rendement.

Pour la santé de toutes et tous, protéger les captages d’eau potable des polluants chimiques doit être une priorité. Nous appelons nos dirigeants politiques à mettre fin au désastre en cours et à s’atteler à la protection de ce bien fondamental qu’est l’eau. Des dispositifs réglementaires existent, le gouvernement Wallon a les cartes en main.

Carte blanche parue sur le site du Soir le 22/03/2025 -Par Agathe Defourny, pour Canopea; Virginie Pissoort, pour Nature & Progrès; Gaëtan Seny, pour Natagora; Céline Bertrand, pour la Société Scientifique de Médecine Générale.

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