Fin octobre le rapport d’Oxfam Climate plunder rappelle une vérité terrible… Ce sont les plus riches de la planète qui sont responsables des changements climatiques. Les chiffres du rapport sont sans appel… Un humain parmi les 10% les plus riches émet 27X plus de Gaz à effet de serre en moyenne qu’un autre parmi les 50% les plus pauvres ! Mais qu’est-ce que cela veut dire pour la Belgique ?
Est-ce que la richesse condamne à l’extrême pollution ?
Ce rapport d’Oxfam pose beaucoup de questions si l’on sait que les Belges sont classés dixièmes au niveau mondial en termes de richesse détenue par habitant… Plus précisément, 57% de nos compatriotes disposent d’un patrimoine de 185.000 € et de revenus mensuels (avant impôts sur le revenu, mais après cotisation sociale) de 3570€/mois1, seuil au-delà duquel on rejoint ces fameux 10% des plus riches du globe.
En Belgique, la question devient donc : est-ce qu’être ‘’riche’’ (par rapport au reste de la population mondiale) nous condamne à être un des super-pollueurs ? Une autre manière de poser la question est : peut-on être riche (encore une fois relativement aux autres humains) et décider de vivre bas carbone ?
La réponse est … Oui et non…
Ou plus précisément la réponse est ‘’jusqu’à un certain point’’. En fait, ‘’il est de plus en plus compliqué au fur et à mesure qu’on gravit les échelons de la richesse d’éviter de surpolluer’’.
Pourquoi ? Car notre empreinte carbone varie très fortement selon notre niveau de revenu… Avec un confortable revenu de 2500€ par mois net, l’auteur de ces lignes peut relativement facilement atteindre une empreinte carbone ‘’raisonnable’’ de 4-5 tonne2… Il ‘’suffit’’ de vivre dans un logement proportionné, bien situé, ce qui permet d’éviter la dépendance automobile, d’adopter un régime très peu carné, d’être un consommateur raisonnable et de prendre l’avion très (très) exceptionnellement. En regardant nos postes de dépense, on peut donc, jusqu’à un certain point, vivre très bien et ‘’bas carbone’’ même si on le sait, cela nécessite une vraie proactivité, car les forces du marché et les politiques publiques (fiscalité notamment) nous poussent généralement à faire plutôt l’inverse (le train est toujours bien plus cher que l’avion, et la fiscalité y est pour beaucoup ; les logements bien situés souvent plus chers… et même plus taxés ! La nourriture de qualité n’est pas spécialement mise en avant par la fiscalité alors que la malbouffe est omniprésente ; etc.)
Nos économies polluent…
Mais, il ne faut pas s’arrêter à nos dépenses de consommation, qui sont finalement la partie la plus maitrisable et seulement ‘’la face visible de l’iceberg’’ a fortiori si on est aisé…
Car en gagnant plus, on se met à avoir des économies, du patrimoine financier qui est forcément placé quelque part (même si c’est sur un compte courant…). Car nous sommes peu nombreux à garder nos économies sous nos matelas…
À la lecture des nombreux rapports existant sur cette question, on sent que le calcul de notre empreinte carbone financière reste assez difficile à évaluer. On sait juste que cela peut vite représenter davantage que l’empreinte carbone liée à ‘’la vie quotidienne ‘’ (se loger, se déplacer, manger, consommer…) … Voire beaucoup plus si on a un beau bas de laine… « 25 000 euros placés dans une grande banque française émettent en moyenne 12 tonnes d’équivalent CO2 par an » se risque à évaluer Oxfam France, soit à peu de chose près, l’équivalent de l’empreinte carbone moyenne d’un Belge… Je vous laisse faire le calcul de ce que génère comme émissions de carbone le patrimoine moyen d’un Belge…
Être riche et durable, un vrai défi…
Une certitude. Pour la majorité des Belges, leur impact en termes de carbone repose aussi (en grande partie) dans ce qu’ils font de leurs économies…
Encore une fois, disposer de beaucoup de ressources financières ne condamne pas forcément à la pollution extrême. Mais, a fortiori dans le système actuel, il est très difficile d’utiliser son argent pour ‘’faire le bien’’ (ou au moins, pour ne pas faire le mal). Sans une gestion très proactive de son argent, il sera en (grande) partie utilisé par les institutions financières qui le gèrent pour financer l’économie fossile… Ce qui fera exploser votre empreinte carbone ‘’épargne inclue’’.
C’est que le secteur bancaire et financier reste (très) frileux en matière d’écologie. Dernièrement, l’administration fédérale analysait ainsi les politiques climatiques des banques belges et montrait, par exemple, qu’un tiers de nos banques continuait à investir dans l’exploration pétrolière et gazière. En pratique, si un tiers des banques s’est fixé l’objectif de se décarboner d’ici 2050, le rapport montre qu’il est toujours, à ce stade, très difficile seulement de mesurer précisément la portée de cet engagement. Bref, le chemin est encore long (et la volonté semble au mieux ‘’variable’’)
On peut aussi s’orienter vers de la finance durable… Presque toutes les banques ont des offres à proposer à leurs clients… L’économiste Marek Hudon faisait récemment un état des lieux de la part de marché de la finance durable. Pour lui, il y a toujours une volonté de bien faire chez pas mal de Belges. Mais d’une part la finance durable croît moins vite que la finance tout court… En outre, le manque de transparence des fonds durables qui sont parfois douteux, voire du pur greenwashing a érodé la confiance… Au final, il estime que les fonds ‘’à impact’’, c’est-à-dire les investissements à la durabilité élevée, représentent 6-7 milliards € entre 2021 et 2024, une broutille par rapport au patrimoine des Belges.
Ajoutons que des exigences de rentabilité déraisonnables, voire délirantes, paraissent peu compatibles avec des activités économiques vraiment positives pour la planète (des projets poussés de circularité, d’agroécologie, des rénovations de bâtiment…). La financiarisation de l’économie est-elle compatible avec les limites planétaires ? Nous y reviendrons en conclusion.
Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, quand on a de l’argent à investir, il faut vraiment de la volonté pour ne pas détruire la planète… Et il est important de se rappeler que nos économies représentent une énorme partie de notre empreinte carbone.
Encore un plaidoyer pour l’écologie punitive ?
Et quoi ? Il faudrait dès lors s’appauvrir pour sauver la planète ? J’entends déjà siffler mes oreilles :‘’Revoilà nos bobos avec leur vieux dogme de la décroissance’’…
Non et oui à nouveau. Le discours ambiant face au bashing antiécologique nous amène souvent à porter un discours un peu simpliste sur la green economy. Selon ce discours, il suffirait d’investir massivement (dans la rénovation, le système électrique, des machines performantes, voire de l’IA ) pour résoudre la crise climatique (et environnementale). On pourrait ainsi en réorientant les investissements découpler la croissance économique (c’est-à-dire la richesse économique) et la destruction de la planète. L’abondance d’argent serait donc la solution environnementale. C’est la fameuse promesse de la croissance verte.
En pratique, cette vision semble bien simpliste au regard de l’histoire… Si ces dernières années, on est arrivé à relativement découpler les deux variables de la richesse et de la destruction environnementale (ce qui est une super nouvelle !!!), on est très (très) loin de le faire suffisamment…
En d’autres termes, nous ne pouvons pas faire l’impasse sur une réflexion plus profonde sur le modèle économique, y compris sur l’objectif collectif de richesse économique (comme je m’y attèle modestement dans ce billet) du moins, si nous sommes sérieux face à la crise environnementale.
Liberté, égalité…
Enfin cela amène une autre réflexion… Tous les progressistes qui font, aujourd’hui, du pouvoir d’achat le cœur de leur combat en Belgique devraient y réfléchir à deux fois, d’autant qu’ils savent parfaitement que le combat social n’est, depuis longtemps, plus une lutte pour avoir plus de gâteau, mais une lutte pour une meilleure répartition de celui-ci dans les limites des capacités planétaires. La transition juste est avant tout une bataille contre les inégalités, à la fois en Belgique, où la grande pauvreté subsiste (et est d’autant inacceptable au milieu de tant de richesse). Mais surtout au niveau international. À bon entendeur…
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