Sus à l’impôt !!! 

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« La Belgique est le pays le plus imposé du monde », « avec nous au gouvernement, aucune nouvelle taxe », … Vous connaissez la rengaine, non ? La Belgique serait un royaume de percepteurs d’impôts qui ponctionneraient allégrement le fruit du dur labeur des travailleurs pour assister une classe de fainéants qui ne veulent rien foutre dans la vie ! Un discours entendu et réentendu 1000 fois… Est-ce cependant vraiment le cas ? Prenons les choses différemment : l’impôt, c’est aussi et surtout ce qui nous permet de financer notre sécurité sociale et de multiples services utiles à la société, au vivre ensemble et à un développement le plus inclusif et durable possible ! Si on voit les choses de manière positive, oui, on peut le dire, l’impôt, ça nous enrichit 😉 

Cette Racine est le premier épisode d’un Manuel pour un budget juste et durable.  

« L’impôt, ça nous enrichit ! », c’est le slogan d’une des dernières campagnes des Equipes Populaires dans leur bimestriel « Contrastes » (disponible via ce lien). Un remarquable numéro spécial qui est accompagné d’une série de 8 cartes postales qui permet de visualiser tout ce que les impôts permettent de financer : soins de santé, éducation, culture, transports publics, sport, accueil des aînés, services à la population (pompiers, police, …) ou encore propreté publique. Tous des services assurés par la collectivité qui ne sont rendus possibles et accessibles à tous que par un subventionnement public, découlant directement de nos impôts. 

Vu comme ça, l’impôt n’est pas quelque chose qui nous accable et nous prive de ressources, plutôt une manière de vivre ensemble et de construire un projet de société inclusif, solidaire et durable. Le terme « imposition » est, de sa nature, particulièrement perçu négativement. Non, nous ne sommes pas imposés par le haut, il s’agit bien là d’une construction démocratique, au fil du temps, de notre vivre-ensemble. Le terme « contributions », bien plus répandu dans le passé, représente davantage cet état d’esprit : en transférant une part de nos revenus vers le trésor public, nous contribuons à un projet de société qui bénéficie à l’ensemble des concitoyens ! 

Les contributions, ça sert à quoi ? 

Nous avons la chance, en Belgique, de vivre dans une société qui protège énormément contre les aléas de la vie. Le chômage, par exemple, vous permet de bénéficier d’allocations si, par malheur, vous veniez à perdre votre emploi. A la fin de votre carrière, vous pourrez même bénéficier d’une pension qui vous permettra de profiter un peu de la vie. Vous tombez malade ou souffrez d’une grave maladie chronique ? Pas (trop) grave, vous pourrez bénéficier d’un accès aisé aux soins de santé (hôpitaux, consultation de médecins, médicaments). Tout ça est, en effet, pris en charge par la collectivité et financé par nos contributions. Et ce n’est pas tout, notre système offre une multitude d’autres services pour lesquels vous ne devrez pas (ou peu) payer : l’éducation de vos enfants sera (quasiment) gratuite, alors que les subventions des clubs de sport par l’Etat vous permettront de les mettre à l’activité parascolaire sans vous ruiner. Idem pour la culture, assister à un concert ou à une pièce de théâtre est accessible à une large part de la société, grâce aux fonds publics qui y sont alloués ! 

On le voit donc, les contributions nous permettent de financer énormément de choses. Si l’Etat n’intervenait pas dans ces secteurs, nos vies seraient bien différentes. En effet, nous devrions reposer sur des biens et services fournis par le secteur privé, pour un coût et une couverture bien différente ! Imaginons, par exemple, un pays où les contributions sont bien moindres qu’en Belgique : Premièrement, les salaires des travailleurs seraient bien plus élevés ! Tout le monde serait gagnant ? Pas si vite ! Le travail des Equipes Populaires nous montre que, sans nos contributions au financement public : 

  • Donner la vie à l’hôpital coûterait environ 2.500€ (en supposant qu’il n’y ait aucune complication…), alors que le même coût n’est que de 400€ en Belgique. A titre comparatif, aux USA, un accouchement coûte… 30.000€ dans le secteur privé !  
  • Les 12 années d’enseignement obligatoire (primaire + secondaire) coûteraient environ 56.000€. Pour rappel, en Fédération Wallonie Bruxelles, la gratuité est garantie (ou devrait l’être) pour l’enseignement obligatoire. Et je ne vous parle pas des USA, où les étudiants dans les universités doivent régulièrement s’endetter pour plusieurs années afin de s’inscrire dans certaines filières ! 
  • Le coût des transports en commun augmenterait de 3 à 4 fois ! Prendre le train pour un trajet Liège-Bruxelles, par exemple, coûterait environ 60€, ce qui est bien plus élevé que son prix actuel. Sans compter que, si les forces du marché devaient s’appliquer dans ce cas, de nombreuses lignes et dessertes disparaitraient simplement, par manque de rentabilité. Un système totalement privé ne s’attarderait, en effet, que sur des lignes économiquement rentables. Au Royaume-Uni, le rail est d’ailleurs en train de se faire renationaliser, après 30 années passée dans le giron privé… CQFD? 
  • La logique du système privé, si elle s’appliquait à d’autres secteurs, aurait des effets tout aussi délétères : propreté publique et ramassage des déchets, interventions des secours ou des forces de l’ordre, culture, … 

Ces contributions, en plus de financer de nombreux services et de protéger des aléas de la vie, permettent aussi de gommer partiellement les nombreuses inégalités qui s’observent dans des économies soumises aux lois du marché. Ces inégalités découlent du fait que tout le monde ne commence pas son parcours avec les mêmes armes et les mêmes opportunités, sans oublier que de nombreuses discriminations (raciales, de genre, …) émaillent notre système économique. Le beau discours méritocratique actuel a du plomb dans l’aile, mettant sérieusement à mal les rouages de notre ascenseur social… Il s’agit de la fonction redistributive de l’Etat, un des fondements de l’action publique selon la théorie économique. Et, oui, en Belgique, l’Etat remplit plutôt bien cette fonction (pour le moment…), au vu de notre faible taux d’inégalité. Mais attention, spoiler pour les épisodes à venir, cela n’est vrai que pour certains revenus ! 

Faire un budget, sans toucher aux taxes…  

Le débat budgétaire actuel au niveau fédéral semble tourner autour d’un seul débat : peut-on faire des économies et rééquilibrer les comptes sans toucher aux rentrées de l’Etat, sans nouvelles taxes ? Encore une fois, ce débat est idéologiquement orienté : on ne parle ici que des montants qui seront prélevés dans la poche des honnêtes travailleurs, pas de ce que ces montants permettront d’accomplir ! C’est un peu comme si on se présentait chez un banquier pour demander un emprunt de 500.000€, sans spécifier à quoi cela servirait. Peu de chances que notre banquier accepte, vous en conviendrez. Tout comme nos contribuables, que le discours ambiant dépeint déjà à toutes les sauces comme étant accablés par une pression fiscale insoutenable !  

Le débat est donc biaisé à la base. « Pas de nouvelles taxes », c’est une manière de compliquer sérieusement le débat budgétaire. Il ne reste plus qu’à rogner dans les dépenses pour espérer atteindre l’équilibre. Difficile de croire (ou de faire croire) que tout l’argent public est mal dépensé, au vu des paragraphes ci-dessus…  On pourrait probablement être un peu plus efficace au niveau de l’utilisation des deniers publics, en effet, mais difficile de penser que cela suffirait à combler le déficit actuel et à rembourser une partie de la dette publique. Il convient donc de faire des choix politiques, qui ne doivent pas tomber dans la facilité et les jugements hâtifs, mais résulter d’un débat sur la société que nous voulons pour le futur… Gros débat en vue pour le prochain épisode de « Racines » ! 

« Pas de nouvelles taxes », c’est aussi fermer la porte à une refonte globale de notre système fiscal. En effet, on parviendra difficilement à alléger les charges sur le travail sans en créer de nouvelles, par exemple sur les revenus du patrimoine ou du capital (pour lesquels les inégalités sont bien plus importantes que les inégalités de revenus du travail). Or, tous les experts s’accordent sur le fait qu’il est nécessaire de revoir notre fiscalité dans son ensemble, pour s’adapter aux réalités du XXIe siècle ! Autre gros débat en perspective qui sera également ouvert lors d’un prochain numéro ! 

Le niveau de contributions belge est important, oui, mais elles permettent de financer une multitude de services à la société, qui fait de la Belgique un endroit où la qualité de vie est parmi les plus élevés de la planète ! On ferait bien de rappeler plus souvent cet état de fait, plutôt que de nous concentrer uniquement sur ce que cela nous coûte individuellement. J’ai encore l’innocence de croire que notre bien-être est avant tout collectif, que nous apprécions davantage ce que l’on a quand on sait que nos voisins ne manquent pas de tout. Et ça, c’est un service qui ne pourra jamais être rempli par les lois du marché qui gouvernent notre système économique ! Augmenter les impôts n’est donc, à mes yeux (et aux yeux de beaucoup d’économistes je pense), pas une hérésie, y compris dans un pays comme la Belgique. Ce qui importe, c’est que nos contributions participent à un projet de société enthousiasmant, inclusif et juste, tout en étant orienté vers le futur pour permettre d’assurer la pérennité de ce système pour les générations futures.  

Prochain numéro de notre manuel budgétaire : “Budget : Et si on sortait des clichés ?” 

Crédit image illustration : Adobe Stock

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