Cet automne, le sang de sept dirigeants de mutuelles belges et d’organisations environnementales a été testé pour y détecter la présence de PFAS. L’analyse a révélé la présence de divers PFAS chez chacun d’entre eux, ce qui indique une exposition généralisée, indépendamment de leur situation personnelle. Une coalition de mutuelles et d’organisations environnementales appelle le gouvernement belge à mettre en place de toute urgence une interdiction européenne et un plan national de suppression progressive.
L’analyse sanguine, réalisée à partir d’une prise de sang au doigt, révèle la présence de différents PFAS chez les sept dirigeants. Le fait qu’aucun d’entre eux n’en soit exempt souligne l’ampleur de l’exposition à ces « produits chimiques éternels », qui pénètrent dans l’organisme par l’air, l’eau et les aliments pollués. Une coalition regroupant les dirigeants de mutualités ainsi que d’ONG environnementale (voir liste ci-dessous) a uni ses forces pour réaliser ces analyses. « Les résultats sont clairs », déclare Benjamin Clarysse, de Bond Beter Leefmilieu. « Chaque personne testée présente au moins 3 des 13 substances PFAS étudiées dans son sang. Chez certaines personnes, on a même détecté 6 substances différentes. Cela montre que personne n’est à l’abri et qu’il est urgent de prendre des mesures collectives pour mettre fin à cette exposition. Compte tenu des risques pour la santé, toute exposition aux PFAS doit être évitée. »
Ont participé à cette campagne : Luc Van Gorp (président du Fonds de santé CM), Xavier Brenez (directeur général des Mutuelles indépendantes), Bart Dewael (président des Mutualités libérales), Anne Verheyden (secrétaire générale des Mutualités neutres), Paul Callewaert (secrétaire général de Solidaris), Ignace Schops (président de Bond Beter Leefmilieu) et Roland de Schaetzen (président de Canopea).
Risques pour la santé
Les « PFAS » sont un groupe de plus de 10 000 substances chimiques, principalement utilisées pour rendre les produits résistants à l’eau, à la chaleur ou aux adhérences. On les retrouve ainsi dans les pesticides et les mousses extinctrices, mais aussi dans des produits de consommation courante tels que les imperméables, les poêles antiadhésives, les cosmétiques et les emballages alimentaires. Cependant, ces « produits chimiques éternels » ne se dégradent pas ou très lentement, s’accumulent dans l’environnement et dans l’organisme, et présentent des risques pour la santé, tels que des perturbations hormonales.
Le PFOS et le PFOA, deux composés appartenant à la famille des PFAS, sont classés comme « substances extrêmement préoccupantes ». Deux des personnalités testées présentaient dans leur sang des concentrations de ces composés PFAS supérieures à celles jugées sans danger par les scientifiques. Ces composés peuvent notamment affecter notre système immunitaire, augmenter le taux de cholestérol et provoquer certains types de cancer. De nombreux autres PFAS nécessitent encore des recherches supplémentaires en matière de santé. Il n’existe actuellement aucun traitement permettant d’éliminer les PFAS de l’organisme.
Il est temps d’élaborer un plan national de suppression progressive de ces substances dangereuses.
La coalition des mutuelles belges et des organisations environnementales a formulé plusieurs exigences claires. La Belgique doit notamment voter en faveur d’une interdiction européenne de tous les PFAS. Le gouvernement fédéral doit élaborer de toute urgence un plan concret visant à remplacer et à supprimer progressivement les PFAS sur son territoire. Ces exigences ont également été soutenues par plus de 27 000 citoyens.
Comment les dirigeants réagissent-ils à leurs résultats ?
Luc Van Gorp, président de la Mutualité chrétienne (CM/MC):
« Mes résultats sont certes restés en dessous du seuil pouvant nuire à la santé, mais j’ai tout de même été très surpris de constater la présence de substances PFAS dans mon sang. Je ne vis pourtant pas dans une région connue pour être un foyer de PFAS. Cela montre une fois de plus à quel point le problème des PFAS est répandu. Une politique énergique est nécessaire pour limiter l’exposition aux PFAS et protéger ainsi notre santé ».
Paul Callewaert, Secrétaire Général de Solidaris :
“C’est effrayant de voir ses propres taux de PFAS. Même si toutes les conséquences des PFAS dans notre corps ne sont pas encore connues, il est clair que tout le monde peut en avoir dans le sang. Pour l’instant, personne ne sait comment les éliminer, il n’y a donc qu’un seul remède pour éviter que les conséquences médicales ne s’accumulent : une interdiction des PFAS à la source.”
Xavier Brenez, Directeur Général des Mutuelles indépendantes :
« Il est grand temps de s’attaquer aux PFAS. La révision du règlement REACH représente une occasion unique de mieux protéger notre santé et notre société. »
Bart Dewael, directeur général de la Ligue des mutuelles libérales :
« Personne ne semble échapper aux PFAS, et c’est particulièrement préoccupant. Seule une politique ambitieuse au niveau européen et belge peut protéger notre santé. »
Ignace Schops, président de Bond Beter Leefmilieu :
« Nous avons uni nos forces à celles des mutuelles, car la suppression progressive de ces substances est urgente, tant pour l’environnement que pour la santé. Chaque jour, les effets nocifs des PFAS deviennent plus évidents, et personne ne semble immunisé. Éviter toute exposition est la seule solution. C’est pourquoi il est urgent d’élaborer un plan national de suppression progressive des PFAS ».
Roland de Schaetzen, président de Canopea :
« Cela fait des années que je veille à consommer des produits les moins nocifs possibles, notamment en mangeant des légumes issus d’un potager en permaculture. Malgré tout, mon sang est quand même contaminé. Se protéger efficacement de la contamination aux polluants éternels ne peut donc pas se faire à l’échelle individuelle. Des mesures politiques fortes doivent être prises sans attendre. »
La coalition souligne que les résultats obtenus auprès de sept personnes ne permettent pas de tirer des conclusions pour l’ensemble de la société ni sur les habitudes de vie ou la santé des personnes testées. Pour cela, des recherches approfondies sur la santé et les sols sont nécessaires. Les différences sont notamment dues à des différences d’exposition tout au long de la vie. Étant donné que les PFAS s’accumulent dans l’organisme, les personnes âgées sont, par exemple, plus susceptibles d’avoir des valeurs plus élevées.
Crédit photographique : adobe stock
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