Retour sur la traque de l’ambroisie à feuilles d’armoise, une plante exotique envahissante
Les espèces exotiques envahissantes engendrent des impacts multiples sur la biodiversité, l’environnement et les activités humaines. Parmi elles, certaines sont particulièrement surveillées en raison des problèmes majeurs qu’elles causent. En Wallonie, l’ambroisie à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia) fait partie de ces espèces suivies de près. En effet, cette plante exotique envahissante, encore relativement rare dans la région, est connue pour ses conséquences économiques (en tant qu’adventice de cultures), mais surtout pour les allergies respiratoires ou cutanées qu’elle provoque…
Une plante venue d’ailleurs, mais déjà bien installée en Europe
Originaire d’Amérique du Nord, l’ambroisie à feuilles d’armoise est une plante annuelle de la famille des Astéracées. Introduite accidentellement en Europe il y a plus de 100 ans, elle n’y est devenue problématique que depuis quelques décennies, notamment dans la vallée du Rhône en France, dans le Nord de l’Italie ou dans certains pays de l’Est de l’Europe, comme la Hongrie ou la Serbie. Dans les zones agricoles contaminées, elle cause d’importantes pertes de rendements dans les cultures de printemps, particulièrement dans les cultures de tournesols ou de soja. Mais c’est avant tout son impact sanitaire qui est préoccupant : son pollen émis massivement en été déclenche des allergies sévères chez les personnes sensibles.
Particulièrement allergisante, l’ambroisie peut aussi rendre une personne allergique après des expositions répétées à son pollen. En France, on estime que 5% de la population a des symptômes au contact du pollen d’ambroisie, comme une rhinite, une conjonctivite ou des réactions cutanées. Avec la progression de l’invasion, cette proportion pourrait atteindre 15%, voire 20% à l’horizon 2050. Enfin, sa floraison tardive par rapport aux autres plantes allergènes prolonge considérablement la saison des allergies, déjà bien fournie. Autant dire que sa rareté en Wallonie était jusque-là rassurante. Malheureusement, la situation évolue…
Une progression inquiétante en Wallonie
Dès 2020, l’Observatoire wallon des Ambroisies a initié la surveillance de cette plante afin de cartographier et gérer ses populations. Si la région est loin des niveaux de contamination du sud de la France, certaines populations locales sont préoccupantes : elles regroupent parfois plusieurs milliers d’individus ! Mais la gestion de l’ambroisie comporte quelques contraintes. D’une part, bien que la majorité des graines dans le sol meurent les premières années, certaines peuvent rester viables pendant plusieurs dizaines d’années. D’autre part, l’ambroisie peut se montrer très discrète et une plante suffit pour imposer plusieurs années de gestion avant sa disparition. Un plan de gestion cohérent nécessite donc plusieurs années de surveillance, même après la disparition apparente de la plante.
Alors qu’une vingtaine de populations étaient connues en 2020, c’est plus de 150 populations qui sont gérées et surveillées sur l’ensemble de la région depuis 2025, à l’exception notable de la haute Ardenne. Si, jusqu’ici l’Observatoire wallon des Ambroisies a réussi à éradiquer complètement près de 50 populations, il apparait clair que l’ambroisie s’implante progressivement dans nos paysages.
Les mangeoires pour oiseaux, un moyen d’envahir efficacement nos jardins !
Parmi les voies d’introduction documentées, on retrouve les mélanges de fleurs et le transport de terres contaminées en graines. Cependant, la majorité des populations wallonnes se sont établies via une source bien définie : les mélanges de graines pour oiseaux ou volailles. Ces graines, issues de champs de tournesols souvent envahis par l’ambroisie, servent de nourriture pour nos oiseaux, mais introduisent aussi involontairement l’ambroisie en bordure des poulaillers et sous les mangeoires.
Bien qu’une réglementation européenne tente de limiter ces contaminations, l’ambroisie reste bien présente dans ce secteur. D’après une étude de l’Observatoire wallon des Ambroisies en 2021, un tiers des mélanges trouvés dans le commerce contenait des graines d’ambroisie, bien qu’en dessous du seuil européen (50mg/kg). De même, l’AFSCA enregistre un taux de contamination similaire en 2023 et 2024, mais avec environ 10% de lots exclus du marché, car au-dessus du seuil européen. Il est donc primordial de surveiller les zones où les oiseaux sont nourris, sous peine de favoriser non seulement l’ambroisie, mais également d’autres espèces exotiques envahissantes également contaminantes !
Un rôle clé pour les citoyens dans la lutte contre l’ambroisie
L’Observatoire wallon des Ambroisies vise à gérer l’ensemble des populations présentes en Wallonie. Cependant, avec des milliers de jardins, champs, et bords de rivières à couvrir, il est impossible de tout surveiller sans l’aide des citoyens. C’est pourquoi l’Observatoire s’appuie sur les sciences participatives : chacun peut contribuer au recensement et à la gestion de la plante.

Les données actuelles sont probablement sous-estimées, mais votre implication peut faire toute la différence. Signaler une observation d’ambroisie, c’est contribuer directement à la préservation de la santé publique et de l’environnement !
J’ai trouvé de l’ambroisie, que faire ?

Si vous pensez avoir trouvé de l’ambroisie, vérifiez d’abord qu’il s’agit bien de cette plante et non d’une espèce ressemblante, comme l’armoise commune ou la tanaisie. Vous trouverez des critères d’identification détaillés sur le site http://ambroisie.wallonie.be.
En cas de doute, contactez l’Observatoire par mail (owa@uliege.be) ou enregistrez votre observation via une plateforme participative comme Observations.be ou iNaturalist. Ces outils, disponibles gratuitement sur smartphone, permettent un signalement rapide sur le terrain. Une fois la plante signalée, l’Observatoire vous recontacte et se charge de la gestion et du suivi annuel des populations !
Auteurs : Adrien Delforge, Arnaud Monty (ULiège)
Crédits photographiques : Observatoire wallon des Ambroisies
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